Critiques Cinéma

ROLLING THUNDER – LÉGITIME VIOLENCE (Critique)

3,5 STARS TRES BIEN

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SYNOPSIS: Charles Rane est un vétéran de l’armée. Considéré comme un héros de guerre par sa ville, tout le monde lui offre pleins de cadeaux. Une bande de voleur y voit l’occasion de s’enrichir. Ils attaquent la maison de Charles Rane.

Un revenge movie où le vigilante a un crochet à la place d’une main écrit par Paul Schrader le scénariste de Taxi Driver, éclairé  par le directeur de la photographie de Blade Runner Jordan Cronenweth et qu’adore Quentin Tarantino ? C’est Rolling Thunder ! Prisonniers d’un camp Viets-cong de nombreuses années après la fin de la guerre du Vietnam le major Charles Rane (William Devane) et Johnny Vohden (Tommy Lee Jones) rentrent enfin dans leur ville natale du Texas, qui leur remet le prix d’un dollar en argent pour chaque jour passé dans le camp. Mais le retour au foyer est difficile : la femme de Rane a refait sa vie en son absence et il a du mal à tisser des liens avec son jeune fils qu’il a à peine connu. L’accueil du reste de la population de la ville qui le considère  comme un « perdant » ou un « tueur de bébé » n’est guère plus bienveillant. Lui même n’est pas vraiment revenu indemne de son expérience et revit les tortures endurées dans le camp. Quand des malfrats pénètrent chez lui pour récupérer la récompense offerte à son retour et parce qu’il refuse de révéler, même au prix d’une main broyée,  où se trouve l’argent  ces derniers assassinent sa femme et son fils. Après avoir  remplacé son membre perdu par un crochet il se lance dans la traque des assassins dans laquelle il va entraîner son ancien camarade qui a lui aussi le plus grand mal à se réadapter à la vie civile…Ce film resté culte par la violence de son final et le crochet de son héros a connu un regain de popularité ces dernières années après que Quentin Tarantino l’ai cité parmi ses films favoris (il donna même le titre du film à sa société de distribution vidéo). Produit à la fin des années 70 par le grand producteur Larry Gordon (Les Guerriers de ma nuit , Die Hard, Predator) le film est réalisé par John Flynn.

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Le nom de Flynn, décédé en 2007 est pourtant, en dépit d’une carrière en pointillé, resté dans les mémoires car il a signé de nombreux petits joyaux de séries B que les cinéphages de l’ère vidéoclubs n’ont jamais oublié. Dix ans après Rolling Thunder il signera un des meilleurs thrillers des années 80 Pacte avec un tueur (Best Seller) avec James Woods et Brian Dennehy (le sheriff de Rambo qui nous a quitté en 2020) ainsi qu’un film de prison solide avec Sylvester Stallone Haute Sécurité (Lock-Up). La fin de sa carrière se fera à la télévision après avoir réalisé un Steven Seagal pas déshonorant, l’ultra-violent Justice Sauvage (Out for justice). Dans Rolling Thunder il installe une ambiance moite et malsaine dans ce Texas interlope qui contribue à la réussite du film, sa mise en scène sèche et brutale en accentue la violence. Mais Rolling Thunder dépasse son statut de film d’exploitation grâce à la dimension dramatique qu’apporte Paul Schrader, scénariste de Taxi Driver. Il explore à nouveau ici les tourments psychologiques d’un vétéran en quête de rédemption qui trouveront leur catharsis dans un bain de sang comme dans le film de Scorsese. Schrader considère d’ailleurs Rolling Thunder comme un compagnon plus ouvertement populaire mais qui lui a permis d’explorer des choses qu’il n’avait pas abordées dans Taxi Driver en particulier les flashbacks sur le temps passé par Devane en captivité. Rolling Thunder s’inscrit donc dans cette vague du cinéma américain qui explore le retour difficile des vétérans abandonnés par leur pays où l’on retrouve des films comme le Coming Home de Hal Ashby, The Deer Hunter de Michael Cimino et aussi justement le Rambo de Ted Kotcheff. William Devane  est une de ces gueules de cinéma que tout le monde a vu au moins vu une fois dans une série ou un film tant sa carrière est longue et fournie. Dans Rolling Thunder  il incarne pour une rare fois le héros lui dont le sourire carnassier l’a souvent placé du coté des ordures. Ce sont ses caractéristiques qui apportent justement cette ambiguïté au personnage de Rane. Pour le spectateur actuel c’est une surprise de retrouver un Tommy Lee Jones jeune tant on a l’impression qu’il a toujours été vieux. Jones incarne ici un personnage paumé quasi-mutique qui ne parvient pas à chasser les spectres de la guerre. Il n’a aucune hésitation à abandonner sa famille, dans une scène qui respire le malaise , pour suivre son ancien compagnon d’armes dans sa virée vengeresse quand celui-ci débarque en uniforme au beau milieu du repas et assouvir des pulsions meurtrières. Les mots ne sont pas nécessaires, Johnny comprend instantanément que Charles est prêt pour sa mission de vengeance et qu’il va jouer son rôle dans celle-ci. 

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Cette séquence cruciale expose la thématique centrale de Rolling Thunder, ces hommes sont de fait revenus morts émotionnellement du Vietnam et n’éprouveront sans doute plus jamais de  plaisir en dehors de celui à infliger de la violence. Le seul moment où William Devane toujours impassible derrière ses lunettes miroir s’anime est quand il révèle à l’homme qui couche avec sa femme comment il a enduré la douleur et l’humiliation constantes. « Vous apprenez à aimer la souffrance », dit-il, demandant au nouveau compagnon de son épouse, choqué, de le frapper plus fort. C’est son empressement étrange qui laisse le spectateur troublé, nous alerte sur son acceptation d’actes si cruels. Cette séquence, la préférée de Paul Schrader, distingue le film de Flynn de la pure exploitation. Ainsi sa réaction au massacre de sa famille, froidement clinique avec son nouveau crochet qu’il aiguise pour  permettre un rechargement rapide de son arme démontre qu’il attendait qu’une occasion pour libérer ces pulsions de violence. John Flynn met en scène Rolling Thunder avec un naturalisme qui sert la simplicité de l’intrigue. La photographie du film est signée Jordan Cronenweth (Blade Runner) dont le fils Jeff est un collaborateur régulier de David Fincher, grand admirateur de son père avec qui il a travaillé sur Alien 3 au moment de sa mort. Après avoir subtilement construit l’ambiance et soigneusement développé ses personnages, dans la seconde moitié, Rolling Thunder devient un film de vengeance violent, aboutissant à un massacre au Mexique. Sans l’ambiance unique qu’il créée  – un mélange étrange d’horreur et de contemplation – le film ne serait qu’un film de vengeance de plus. Flynn laisse Devane faire le gros du travail de caractérisation, quand son personnage s’enfonce dans une spirale de violence. Même s’il commence à créer un semblant relation avec une « groupie » des prisonniers de guerre  qui a romancé sa situation au point de s’amouracher de lui (Linda Haynes), il ne peut pas vraiment s’y engager et la tient à distance, nouvelle preuve de sa mort émotionnelle. A mesure que l’intrigue avance l’ambiance du film devient de plus en plus étrange sans que la mise en scène ne souligne cette étrangeté ce qui la rend plus efficace. En conclusion Rolling Thunder (Légitime violence) film de vengeance moite et violent baignant dans une ambiance lourde est un bijou noir a redécouvrir.

rolling-thunder-cliff-and-coTitre Original: ROLLING THUNDER

Réalisé par: John Flynn

Casting : William Devane, Tommy Lee Jones, Linda Haynes…

Genre: Action-Thriller

Sortie le: 1977

Distribué par: –

3,5 STARS TRES BIEN

TRÈS BIEN

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