Critiques Cinéma

PREDATOR (1987) (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

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SYNOPSIS: Le commando de forces spéciales mené par le major Dutch Schaeffer est engagé par la CIA pour sauver les survivants d’un crash d’hélicoptère au cœur d’une jungle d’Amérique Centrale. Sur place, Dutch et son équipe ne tardent pas à découvrir qu’ils sont pris en chasse par une mystérieuse créature invisible qui commence à les éliminer un par un. La traque commence. 

Sorti dans le sillage de Rambo 2: La Mission (George P. Cosmatos, 1985) et Aliens (James Cameron, 1986), suites de deux des franchises les plus emblématiques de l’époque, Predator est la rencontre fantasmée de deux genres emblématiques du cinéma américain, dont le succès ne s’était toujours pas démenti à la fin des années 80: le film de guerre/commando et le film de monstres. Pour son deuxième film, John McTiernan orchestre ainsi la rencontre de la figure du héros d’action bodybuildé, symbole du cinéma américain des années Reagan, et du monstre venu de l’espace qui, depuis les années 50, est la représentation hollywoodienne, à chaque décennie, de la menace ultime pesant sur la société américaine (écologique, nucléaire, soviétique…). Predator est surtout l’acte de naissance d’un réalisateur qui a su dynamiter le cinéma américain de l’intérieur, en investissant son genre le plus populaire et commercial, pour en devenir l’un des maîtres, dont la plupart des films sont de telles références, que les suites dispensables et remakes improbables continuent encore de fleurir. Predator est de ces films qui reviennent régulièrement dans la conversation des cinéphiles et dans l’actualité, que ce soit pour revenir sur ses nombreuses anecdotes de tournage ou pour en louer les qualités qui résistent aux visionnages accumulés depuis sa sortie.

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Produit par Joel Silver qui venait de signer un probant succès avec Commando (Mark L. Lester,1985), Predator assume d’abord complètement sa fonction spectaculaire et divertissante, si bien que celui qui voudra s’arrêter à ce qu’il propose dans son premier tiers et à la caractérisation des personnages, sera légitime à le classer sur l’étagère des solides séries B (bénéficiant de budget de séries A) dont Silver se fit une spécialité. Le commando qui se constitue pour, pensent-ils alors, une mission de sauvetage dans une forêt d’Amérique Centrale, ne fait pas dans la géopolitique et le dialogue avec les autochtones. Dessinés à gros trait, les membres de ce commando répondent aux archétypes du genre de l’actionner de cette décennie qui transforme la guerre en un spectacle orchestré par des sur-hommes, une célébration de la puissance américaine. Chacun des membres de ce commando est parfaitement identifiable, a ses punchlines dévastatrices et peut être résumé en quelques lignes: l’indien qui communie avec la nature, le texan qui chique et n’envisage la guerre qu’en terme de body count, le nerd et ses plaisanteries embarrassantes…  Arnold Schwarzenegger (Dutch), Carl Weathers (Dillon), Jesse Ventura  (Blain) se sont énormément entraînés avant et pendant le tournage, de sorte qu’on a un peu le sentiment de voir un film dans le film,  un concours de l’homme le plus fort/macho du monde. La scène de retrouvailles de Dutch et Dillon  et leur fameuse poignée de main « over the top » (devenue un mème internet) symbolise ce côté too much parfaitement assumé par le film. John McTiernan filme par ailleurs complaisamment les corps bodybuildés de ses acteurs, au service d’un premier tiers du récit dont la fonction est d’embrasser sans retenue les codes d’un genre, de le pousser jusqu’aux limites de la parodie, pour mieux basculer dans la science-fiction, puis dans une action beaucoup plus viscérale, moins tonitruante, débarrassée des artifices derrière lequel le film, comme ses personnages se cachaient et faisaient les gros bras.

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Predator dans sa deuxième partie puis son duel final, devient alors une relecture des Chasses du Comte Zaroff (Irving Pichel et Ernest B. Schoedsack, 1932), dans laquelle s’affirme la mise en scène de John McTiernan qui développe là une thématique que l’on retrouvera dans la suite de sa filmographie. Face au Predator, le héros américain, sauveur de la nation et triomphateur en toutes circonstances, grâce à la supériorité militaire américaine, est mis à nu, l’homme renvoyé à son état de nature, les armes et la technologie de l’armée américaine ne pouvant rien contre cet ennemi qui a fait de cet environnement hostile son terrain de chasse. Ces sur-hommes, sûrs de leur force et de la légitimité de l’extrême violence dont ils font preuve sur le terrain de guerre, se retrouvent pris en chasse, deviennent le gibier d’un ennemi extraterrestre qui ne se laisse pas impressionner par ces démonstrations de virilité et de puissance militaire. Le soldat américain et ce qu’il symbolise, se trouve ici confronté à une menace qui ne s’embarrasse du concept de violence légitime, qui n’est motivée que par le plaisir de la chasse et de se mesurer à un ennemi qui peut lui offrir un défi intéressant.  De même que dans Die Hard, John MClane devra apprendre à se servir de son environnement pour échapper aux terroristes, la survie de Dutch et de son commando passe par leur capacité à faire face à un ennemi qui propose un combat inédit.

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Dans ce jeu du chat et de la souris, John McTiernan utilise son environnement avec la même science que l’antagoniste de son film, devenu à l’issue d’une pré production chaotique (Stan Winston ayant repris le projet en cours de route pour donner au Predator son aspect définitif) l’un des « monstres » les plus emblématiques du cinéma américain. Le film de guerre, le film de science fiction et même le film d’horreur se rencontrent dans cette jungle transformée en piège infernal. McTiernan joue parfaitement des apparitions de son Predator et des plans en vue subjective/vision thermique durant lesquels il observe ses proies que l’on sait vouer à disparaître les unes après les autres, comme dans un slasher, jusqu’à la confrontation finale avec le dernier survivant. Plus que Sylvester Stallone, l’autre super star d’action de cette époque mais qui assume aussi une certaine forme de fragilité, Arnold Schwarzenegger est sûrement l’acteur qui symbolise le mieux le sur-homme hollywoodien et le voir se confronter au Predator, devoir se servir de la ruse plus que de ses muscles apporte une dimension supplémentaire à ce long climax. Aminci (pas seulement pour le rôle mais aussi par rapport aux conditions très éprouvantes du tournage), il livre le combat le plus mémorable de sa filmographie. Là où d’autres metteurs en scène auraient eu une tendance à la surenchère, John McTiernan envisage ce dernier acte comme un survival, dans lequel sa caméra épouse cet environnement, dans lequel Dutch va devoir se fondre comme le Prédator. Sa mise en scène se concentre uniquement sur ce jeu du chat et de la souris, sur la transformation opérée par Dutch , la géographie des lieux pour créer une tension permanente magnifiquement soutenue par la composition d’Alan Silvestri. A la fin du film, la mue est ainsi complète, le héros bodybuildé débarrassé de son sentiment de supériorité et le genre du film  film de guerre « reaganien » transcendé, emmené vers son plus haut sommet et une réflexion totalement inattendue.

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Titre Original: PREDATOR

Réalisé par: John McTiernan

Casting : Arnold SchwarzenegGer, Carl Weathers, Bill Duke, Jesse Ventura, Shane Black …

Genre: Action, Fantastique

Date de sortie: 19 août 1987

Distribué par:  –

4,5 STARS TOP NIVEAU

TOP NIVEAU

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