Critiques

The Twilight Zone 2019 (Critique Épisode THE COMEDIAN – 1×01)

2,5 STARS MOYEN

twilight zone affiche cliff and co

SYNOPSIS: Sur les conseils d’un comique qu’il admire, rencontré après avoir essuyé un énième bide avec ses blagues politiques, Samir décide de raconter des anecdotes sur lui et son entourage, ce qui lui permettra de rencontrer le succès quitte à y perdre un peu plus que son âme…

Parmi tous les cinéastes qui revendiquent explicitement leurs influences et citent les films, réalisateurs, ou même séries télé qui ont nourri leur imaginaire durant leur enfance et forment la base d’une partie essentielle de leur univers, peu ont sauté le pas et pris le risque de se confronter directement à l’une de ces œuvres matricielles. En décidant de se mettre dans les pas de Rod Serling pour relancer sa série culte, à la fois comme producteur et scénariste (en collaboration avec Marco Ramirez et Simon Kinberg (capable du meilleur sur X Men Days of Future Past comme du pire sur Les Quatre Fantastiques), Jordan Peele se retrouve face à l’un de ses maîtres, mais aussi face à lui-même. Il lui faut respecter l’œuvre adaptée et ses grands marqueurs dont font partie le générique, les interventions/commentaires du narrateur, mais aussi rendre pertinent son propos, quand la série de Rod Serling tire une grande partie de sa force de la pertinence du commentaire social et politique contenu dans nombre de ses épisodes. Il lui faut aussi se démarquer dans un paysage télévisuel qui n’a rien à voir avec celui de la fin des années 50, limitant d’autant l’impact d’une nouvelle série qui pourrait notamment vite pâlir de la comparaison avec d’autres héritiers de la série de Rod Serling, notamment Black Mirror. Quelle que soit l’admiration que nous avons pour Jordan Peele, qu’il s’agisse de ses sketchs sur Comedy Central avec son comparse Keegan-Michael Key ou de ses deux longs métrages (Get Out, Us), la série de Rod Serling est un tel monument en terme d’écriture et de mise en scène, une telle référence pour des générations de spectateurs, qu’il était déjà assez clair qu’il serait difficile de faire preuve de la moindre indulgence.

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La première surprise, disons le, pas forcément très positive, vient du fait que Jordan Peele a opté, pour ce premier épisode, pour un format d’une cinquantaine de minutes, celui que la série originale n’adopta que le temps de sa 4ème saison. La très grande majorité des meilleurs épisodes de la série duraient environ 25 minutes et ce format est à nos yeux le mieux adapté, celui qui évite les redites, d’étirer son concept de base et qui a donc le plus d’impact. Une autre surprise vient du fait que le premier épisode soit inspiré de l’un des épisodes de The New Twilight Zone (Take My Life Please , 22 ème épisode de la 1ère saison), reboot de la série initié en 1985 par CBS, 10 ans après le décès de son créateur. Au delà de la qualité inégale de cette nouvelle version, hommage un peu opportuniste à Rod Serling, surfant surtout sur la (petite) vague initiée par le film à sketchs de 1983 (réalisé par Spielberg, Landis, Dante et Miller), cet épisode de moins de 15 minutes, ne paraissait pas être un choix évident pour inaugurer la série de Jordan Peele qui en reprend toutefois plus les thématiques (jusqu’où un artiste est-il prêt à aller pour réussir, quelle part de soi il doit abandonner/livrer au public) que la trame. On perçoit ce que Peele a pu y trouver d’intéressant mais, à l’instar des textes de son personnage principal, cet épisode a des allures de petite blague qui fonctionne la première fois mais qui, répétée, recyclée, finit par devenir lassante. Ce qui aurait pu fonctionner sur un format de 30 minutes, placé en milieu de saison, entre deux épisodes majeurs, paraît ici très léger pour lancer la série, être l’épisode qui doit donner le ton et de vraies indications sur la direction prise par Peele, lequel, avouons là aussi notre déception, a passé la main pour la réalisation de cet épisode (comme des suivants).

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Le choix d’Owen Harris que l’on connaît surtout pour avoir réalisé deux des meilleurs épisodes de la série Black Mirror (Be Right Back et San Junipero), n’est ceci étant pas réellement en cause dans la déception occasionnée par cet épisode. Il y a déjà toujours, à nos yeux, une grande difficulté à mettre en scène des personnages qui font du stand-up, à voir un personnage censé être drôle, déclenchant l’hilarité de la salle avec des vannes qui, devant notre écran, n’ont absolument pas le même impact. Cela est d’autant plus vrai, donc problématique dans cet épisode reposant sur un comique qui enchaîne d’abord les fours dans la salle où il se produit chaque soir, puis va cartonner à la moindre de ses blagues. Il s’agit certes d’un contexte bien particulier où le public est présenté comme une sorte d’ogre avide de la moindre anecdote personnelle, dont le rire a quelque chose d’hystérique et malaisant, mais cela crée aussi une distance avec le personnage de Samir (Kumail Nunjiani) et son histoire.

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L’idée de départ de cet épisode consistant à traduire littéralement le fait que ce que l’artiste livre au public ne lui appartient plus, en particulier ce qui relève de sa vie personnelle, est bien développée, plutôt pertinente et amusante mais s’épuise sur ce format de plus de 50 minutes. Elle aurait par ailleurs gagné à ne pas être aussi clairement explicitée par l’intervention « magique » d’un personnage (interprété par Tracy Morgan), dans une sorte de relecture du mythe de Faust, où Samir suit les conseils de ce comique qu’il admire et accepte consciemment le prix à payer pour obtenir le succès tant espéré, lui qui n’est jusqu’alors que la risée de ses collègues avec ses vaines tentatives de faire rire sur la question du 2ème amendement. On ne rentre jamais totalement dans cet épisode qui ne peut être jugé sans avoir en tête qu’il porte une bien lourde étiquette, que la comparaison avec ses illustres modèles est inévitable. On espérait une entrée en matière percutante et on doit se contenter d’un petit épisode amusant et pertinent mais bien trop long, pas très finement écrit, de ceux, encore une fois, pour lesquels on a plus d’indulgence quand ils arrivent au milieu d’une saison qui a ôté tous nos doutes sur la pertinence de ce reboot. Il faudra donc attendre les prochains épisodes pour savoir si Jordan Peele n’a pas été un peu présomptueux en s’imaginant pouvoir prendre le relais de Rod Serling.

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Titre Original: THE COMEDIAN

Réalisé par: Owen Harris

Casting : Kumail Nanjiani, Amara Karan, Diarra Kilpatrick, Tracy Morgan ..

Genre: Fantastique

Date de diffusion le:  1er avril 2019

2,5 STARS MOYEN

MOYEN

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2 réponses »

  1. Voilà qui confirme mes inquiétudes au regard de ce projet ambitieux. Malgré le talent évident dont a pu faire montre Peele à la télévision et aujourd’hui au cinéma, il semble que cette nouvelle Zone de l’entre-deux ne soit pas à la mesure de son modèle. Il faut dire que la recette de Serling tient aussi à la qualité de ses scénarios (portés entre autres par des plumes aussi prestigieuses que celles de Charles Beaumont ou Richard Matheson) et, comme vous lecrivez justement, par un contexte. Chaque épisode ne se valait pas, certes, mais chacun apportait son eau au moulin philosophique existentiel.
    Black Mirror à sans doute compris cela, d’où sa réussite et son succès d’audience.

  2. Pilote au scénario plat, dont la chute est grillée immédiatement après la révélation du ressort fantastique. La durée de cinquante minutes est incompréhensible, sinon pour correspondre aux standards de l’époque et faire « Black mirror ». Comme cela est très bien dit dans la critique, la qualité de ce pilote serait excusée en milieu de saison, mais le choix d’en faire le porte-drapeau de la série est un mauvais présage pour la suite.
    D’habitude, j’apprécie le travail de Peele (même si je le trouve un peu lourd en matière d’humour), mais là je ne vois qu’un rapport lointain avec sa production. J’aimerais bien connaître sa fonction exacte, car en l’état je convertirais plutôt sa paye pour embaucher de vrais scénaristes.

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