Critiques Cinéma

GUY (Critique)

SYNOPSIS: Gauthier, un jeune journaliste, apprend par sa mère qu’il serait le fils illégitime de Guy Jamet, un artiste de variété française ayant eu son heure de gloire entre les années 60 et 90. Celui-ci est justement en train de sortir un album de reprises et de faire une tournée. Gauthier décide de le suivre, caméra au poing, dans sa vie quotidienne et ses concerts de province, pour en faire un portrait documentaire. 

Soyons francs, Le Talent de mes amis, le premier long métrage d’Alex Lutz ne nous avait que modérément convaincus. Si ce n’est l’assurance d’une vraie patte, d’un regard sur le monde et ses contemporains, le film était par trop maladroit malgré le duo efficace composé par les deux complices du programme court Catherine et Liliane, Alex Lutz et Bruno Sanches. Autant dire que si Guy attisait notre curiosité ce n’était pas non plus mû par une attente démesurée que nous avons découvert ce second essai de l’humoriste. Présenté au Festival de Cannes 2018 dans le cadre de La Semaine de la Critique, Guy y a fait sensation et force est de constater que l’on ne s’attendait pas forcément à une réussite d’une telle ampleur. Car avec son deuxième film, Alex Lutz approche par moments de très près ce que d’aucuns appellent la grâce et avec l’air de ne pas y toucher il réussit un grand film sur la filiation tout en se fendant d’un hommage tendre et sincère à la chanson populaire dans une époque où il est de bon ton d’arborer son cynisme en étendard.

Avec ce faux-vrai biopic il crée un personnage de fiction dont on finit sincèrement par ne plus savoir qu’il n’est qu’une incarnation fantasmée de l’auteur réalisateur et avec lequel la frontière entre fiction et réalité devient extrêmement ténue. Bluffant de réalisme, interprété avec une désarmante conviction par un Alex Lutz exceptionnel, Guy Jamet est la synthèse de tous ces chanteurs de variété qui ont connu des succès publics marquants et qui, au soir de leur carrière et de leur vie d’homme sont considérés par certains comme des ringards et par d’autres comme les vestiges de la culture populaire dans ce qu’elle a de plus noble. Filmé en partie à la manière d’un mockumentaire sous le prétexte d’un documentaire sur le chanteur réalisé par un jeune homme qu’il ignore être son fils, Guy suit le parcours de ce chanteur, séducteur et talentueux, un vieux beau dont le charme, s’il est moins vivace que dans ses jeunes années a encore quelques beaux restes. Entre les images contemporaines et les interviews menées face caméra où l’humanité brute du personnage transpire de l’écran, des images d’archives créées spécialement pour l’occasion sont réellement fascinantes tant elles paraissent réelles et être extraites d’un film sur une de ces ex-idoles adulées.

Formellement autant que narrativement, Guy évite tous les écueils qui lui tendaient les bras. C’est un film à la réalisation léchée, à la photographie splendide avec un vrai point de vue et des idées de mise en scène en pagaille, qui, sous une apparence classique, fourmille d’inventivité. Au delà de tous ces points positifs, Guy possède aussi la vertu de nous faire aimer un personnage pas si aimable que ça au demeurant, un homme qui s’est construit une carapace pour grimper les échelons de la gloire et qui, au moment de faire le bilan, se libère de son carcan pour laisser s’échapper toute son humanité, chopant ça et là des instants vibrants d’émotion inattendus succédant à des sourires grappillés grâce à des postures, des tics, des dialogues, des regards, des silences, tout un ensemble, qui, mis bout à bout compose un bloc de vie irrésistible. Pour y croire à ce point, le maquillage devait être à la hauteur et il l’est tellement qu’on en oublie le comédien qui se cache sous ces couches de latex pour ne voir que l’icône Guy Jamet dont on se surprend à la fin du film à chercher la playlist sur son application musicale pour réécouter des tubes dont là aussi, on ne doute pas de la véracité. Autour de lui Alex Lutz a offert de jolis rôles à Tom Dingler (que l’on voit à peine mais qui a le talent d’être émouvant sans se montrer) ou à une Pascale Arbillot pétillante, tout en offrant des apparitions savoureuses et jamais gratuites à Dani, Julien Clerc, Nicole Calfan, Elodie Bouchez… En sachant allier à la fois la profondeur et la quintessence de la culture populaire, en racontant un homme dans tous les compartiments de sa vie, Alex Lutz réussit un deuxième film où, non content d’aligner une galerie de portraits plus vraie que nature, d’évoquer tout à la fois la vie, les souvenirs, les regrets et les remords, il impose sa patte d’auteur majuscule, à tel point que Guy enchaîne les tubes et s’impose du même coup comme un standard

Titre Original: GUY

Réalisé par: Alex Lutz

Casting: Alex Lutz, Tom Dingler, Pascale Arbillot…

Genre: Comédie dramatique

Sortie le: 29 août 2018

Distribué par: Apollo Films

EXCELLENT

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