Critiques Cinéma

ZOE (Critique)

3 STARS BIEN

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SYNOPSIS : Une femme travaillant dans un laboratoire voit sa vie bouleversée lorsqu’elle tombe amoureuse d’un collègue qui met au point des compagnons synthétiques.

Drake Doremus a démontré tout au long de sa filmographie qu’il est le cinéaste du sentiment amoureux, qu’il s’agisse de traiter de sa naissance, comme de la façon dont il évolue et s’étiole. Il a en lui cette sensibilité extraordinaire pour capter le feu intérieur qui consume ses personnages, le frisson des premiers pas, l’alchimie qui se crée entre deux êtres et s’impose à eux mais aussi l’apparition des premiers doutes, la douleur de se sentir rejeté.. Il redonne ses lettres de noblesse à la romance, genre souvent déconsidéré par une partie de la critique ou des cinéphiles qui ont tendance à le mettre de côté, à le penser destiné à un certain public. Peut-être est-ce aussi symptomatique de notre époque rongée par le cynisme et une incapacité totale, voire un refus conscient, de se connecter à ses émotions et aux autres. Dans une société où les gens ne savent plus communiquer entre eux, ne veulent plus prendre le risque d’aller vers l’autre et, ce faisant, de s’exposer à souffrir, les androïdes pourraient représenter le compagnon idéal, celui qui sera à votre écoute, sera le réceptacle conciliant de nos angoisses. C’est le point de départ du nouveau film de Drake Doremus qui continue là son exploration de l’évolution des relations amoureuses dans nos sociétés où la technologie offre l’illusion de pouvoir vivre une vie affective sans entraves et sans souffrances.

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Après avoir imaginé une société qui pense que le bonheur passe par le contrôle total de ses émotions (Equals), puis s’être penché sur la possibilité de vivre une relation amoureuse à l’époque des applications de rencontres qui encouragent le zapping amoureux (Newness), Drake Doremus transpose ses thématiques dans un univers de science fiction voisin de celui des récents Her (Spike Jonze) et Ex Machina (Alex Garland).  En vérité, la comparaison ne doit pas aller plus loin, tant ce cadre n’est qu’un décor ou prétexte à traiter de la romance entre Cole (Ewan McGregor), inventeur et patron de la start-up qui commercialise ces compagnons idéaux et Zoé (Léa Seydoux), sa collaboratrice. Comme contaminé par son sujet, Zoé est le premier film de Drake Doremus dans lequel le lâcher prise est incomplet, retenu par le sentiment de rester en surface d’une histoire qui survole des thèmes et des personnages qui auraient mérite d’être plus creusés. Alors qu’il se dégageait une certaine noirceur de ses précédents films, celui-ci semble ne pas aller au bout de ses intentions et être entravé par le parti pris d’adopter un ton plus léger, de se concentrer sur une romance moins incarnée, moins fiévreuse, passée au filtre de l’univers SF aseptisé du film.

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Comme une relation amoureuse qui s’étiole lentement lorsque cesse d’opérer la magie des premiers instants, le charme du film n’opère réellement que durant sa première partie, portée notamment par l’interprétation d’Ewan McGregor qui apporte charisme et profondeur à un personnage dont il faut bien reconnaître qu’il est un peu sous-écrit. Outre que Léa Seydoux n’a pas exactement en elle la candeur et la douceur que requiert son personnage, il est difficile de ne pas songer aux actrices qui l’ont précédées devant la caméra de Drake Doremus et, de fait,  ne pas imaginer qu’elles auraient été plus convaincantes. Si elle fait partie d’une start-up qui délivre de l’amour sur commande, elle-même n’a pas trouvé l’âme sœur et le récit ne fait pas longtemps mystère de l’identité de celui vers lequel son cœur la mène. Le propos de Doremus n’est pas de nous décrire ce futur ou d’ouvrir une réflexion sur la place de ces androïdes à l’apparence parfaitement humaine, capables de ressentir des émotions et conçus aux seules fins de devenir le conjoint idéal de son acquéreur. L’amateur de science fiction en ressortira avec un sentiment de frustration mais ici, il est surtout à nouveau question de la façon dont on il est possible de vivre une relation amoureuse dans nos sociétés et ce futur est assez plausible pour qu’on en accepte les règles sans qu’il ne soit nécessaire de s’y attarder.

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Zoe ouvre ainsi beaucoup de thématiques qu’il n’explore pas, certains personnages sont même introduits mais restent au stade de l’esquisse, notamment cet androïde prostituée, ou encore l’androïde de nouvelle génération créé par Cole, dont on ne parvient jamais vraiment à comprendre le rôle dans le récit. De même, de très belles idées ne sont pas assez développés comme la commercialisation d’un pilule qui permet à des couples de retrouver le frisson des premiers jours, de revivre le sentiment amoureux dans son état le plus pur: celui des premiers instants. La magie de Doremus n’opère que par instants, au détour de quelques scènes dans lesquelles on retrouve toute sa sensibilité mais elle est, au final, diluée dans un récit qui aurait gagné à être épuré et met du temps à redémarrer après une révélation qui aurait pu, au contraire, l’emmener vers une plus grande émotion. Doremus est peut être passé à côté d’un bien plus grand film mais nous ne ferons pas la fine bouche devant les quelques moments de grâce qu’il nous offre.

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Titre Original: ZOE

Réalisé par: Drake Doremus

Casting : Ewan McGregor, Léa Seydoux, Christina Aguilera …

Genre: Romance, Science Fiction

Sortie le: 20 juillet 2018

Distribué par: NETFLIX

3 STARS BIEN

BIEN

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