Critiques Cinéma

LETO (Critique)

SYNOPSIS: Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s’échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme la belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique.

Assigné à résidence par le gouvernement russe pour une histoire de détournement de fonds publics, le réalisateur Kirill Serebrennikov paye en réalité son aversion pour le pouvoir en place. Artiste aux multiples casquettes (directeur de théâtre, réalisateur de TV et de cinéma), le metteur en scène revient au Festival de Cannes pour la seconde fois après sa sélection dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes de 2016 avec son film Le Disciple qui traitait d’un jeune homme qui, après une crise mystique, tente de remettre en cause le style de vie de sa communauté. Dans Leto, Serebrennikov s’attaque à une période, en l’occurrence les années 80, où une scène rock underground commençait à émerger. Il prend pour figure la vie de Viktor Tsoi, mort à 28 ans dans un accident de voiture. A l’aune des années 80, le gouvernement russe n’a plus sa grandeur d’antan.  Malgré la volonté de contrôler encore la vie des citoyens à travers la télévision et la police, la jeunesse sent un commencement de liberté. Elle le concrétise en allant à des concerts où des personnalités comme Mike chante le rock de ses idoles (David Bowie, Lou Reed) en crachant au micro le quotidien de la jeunesse russe fait de désespoir, d’alcoolisme et de nihilisme. Mais cette jeunesse cherche avant tout la liberté dont ont été privée ses ainés. Elle veut pouvoir s’habiller comme elle le souhaite, se laisser pousser les cheveux, ressembler à des beatniks tout droits venus du méchant occident et ne pas aller combattre dans des guerres idéologiques (nous sommes à l’époque où l’armée cherche des recrues pour aller combattre en Afghanistan). Le réalisateur arrive parfaitement à retranscrire cette époque de manière à la fois poétique (les magnifiques chansons acoustiques de Tsoi) mais également de façon très kitsch (le clip multicolore au cours d’une scène) Son film célèbre magnifiquement le pouvoir de création de la jeunesse et l’aberration de brimer cette volonté de liberté. Ainsi Leto nous encourage à vivre pleinement sa vie et réaliser ses rêves.

L’autre force du film est de parfaitement mélanger les instants poétiques purs avec la rage inhérente de cette scène underground.  Cette poésie fonctionne évidemment grâce à une magnifique bande son (les amateurs de T-REX, Bowie et des Clash seront ravis), à l’utilisation du noir et blanc qui nous rappelle constamment que malgré certaines avancées, la Russie était encore loin d’être synonyme de liberté et enfin grâce à un superbe casting. Le plus touchant est probablement le personnage de Mike interprété par Roman Bilyk dont on comprend que sa passion pour la musique ne lui permet plus de consacrer du temps aux relations humaines et notamment sa petite amie et son fils qu’il délaisse jusqu’à encourager un triangle amoureux. Il nous interroge sur la force que peut prendre une passion dans la vie d’un homme et la mélancolie qui en découle. Viktor Tsoi est joué par l’acteur allemand Teo Yoo qui matérialise parfaitement le passage de témoin entre le punk enragé de Mike et le début du romantisme de la période qui s’ouvre avec la future chute du Mur de Berlin. Enfin la témoin privilégiée de ces deux artistes, de ces deux amours, la jeune Natacha interprétée par Irina Starshenbaum a ce vent d’innocence et de beauté qui colle parfaitement au contexte du film.

Il est très intéressant de voir un film russe d’une tel dynamisme comparé au film Faute d’amour de Andreï Zviaguintsev présenté l’année dernière en compétition  et qui repartit avec le prix du Jury et qui lui aussi touchait juste. Mais là où le spectateur sortait du film de Zviaguintsev avec un profond goût amer, Sebrennikov appelle la jeunesse à prendre son destin entre ses mains et à continuer à créer en mettant la liberté au-dessus de tout. Un message adressé à la jeunesse mais également une mise en garde au gouvernement de Vladimir Poutine à l’heure où la politique de la pensée refait son apparition.

Titre Original: LETO

Réalisé par: Kirill Serebrennikov

Casting :  Teo Yoo, Irina Starshenbaum, Roman Bilyk…

Genre: Drame, Musical, Biopic

Sortie le: 05 décembre 2018

Distribué par: Kinovista / Bac Films

CHEF-D’ŒUVRE

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