Critiques Cinéma

FAUTE D’AMOUR (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

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SYNOPSIS: Boris et Genia sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre. Ils préparent déjà leur avenir respectif : Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Genia fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser… Aucun des deux ne semble avoir d’intérêt pour Aliocha, leur fils de 12 ans. Jusqu’à ce qu’il disparaisse.

Andrey Zvyagintsev fait partie de ces réalisateurs qui sont devenus indissociables de leur pays de part le propos critique qui se dégage de leurs films s’attaquant aux injustices d’un système et à la corruption des élites censées veillées au bien du peuple. C’est ainsi notamment que les cinémas roumains et philippins connaissent actuellement un âge d’or qui, au delà de consacrer des cinéastes, œuvre pour que la situation de leur pays soit connu du plus grand nombre et puisse évoluer. Ces films reposent généralement sur la lutte d’un personnage « positif » aux prises avec les institutions, sur l’opposition peuple/ élite-gouvernement.  La particularité d’Andrey Zvyagintsev est qu’il ne se contente pas de dresser un portrait très sombre de la Russie et qu’il porte sur ses compatriotes un regard tout aussi critique et sans concession. Il ne s’agit pas tant pour lui de dénoncer les dérives d’un système à travers le chemin de croix d’un personnage vertueux mais plutôt de parler plus largement de l’état de décomposition morale de la Russie.

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Faute d’amour prend a rebours le film de fugue classique dans lequel le spectateur peut s’identifier et prendre fait et cause pour des parents brisés par la disparition de leur enfant tant aimé. Dans ce récit, peut-être encore plus que dans les précédents films de Zvyagintsev, les bons sentiments n’ont pas leur place, l’amour est non seulement absent mais semble même être un sentiment étranger à des personnages rongés par l’amertume et incapable d’un quelconque don de soi. Pour parler de Boris (Aleksey Rozin) et Zhenya ( Maryana Spivak) on pourrait même reprendre les paroles de la magnifique chanson de Serge Gainsbourg et parler d’anamour transitoire, tant l’un comme l’autre, dans leur relation passée comme dans leur nouvelle relation, paraissent incapables d’aimer vraiment. C’est dans ce contexte qu’intervient la disparition d’Alyosha (Matvey Novikov)enfant non désiré, devenu un poids pour ses parents alors qu’ils souhaitent construire leur nouvelle vie. Boris avec sa maîtresse qu’il a mis enceinte et Zhenya avec un riche quadragénaire qui peut lui offrir la vie dont elle a toujours rêvé. Une mère cupide et amère qui passe son temps sur son portable et son compte facebook, un père lâche et volage fuyant ses responsabilités, tous deux refusant par ailleurs d’assumer la responsabilité de la garde de leur fils, une grand-mère acariâtre et paranoïaque vivant recluse dans sa maison et incapable de la moindre empathie,  la famille russe vue par Zvyagintsev fait froid dans le dos. Ce portrait s’apparente à un constat renouvelé de film en film par un réalisateur que certains taxeront de misanthropie et auxquels d’autres reprocheront d’avoir la main très lourde.  Le trait est d’une grande noirceur mais d’une grande justesse et mis en scène avec une élégante gravité qui donne au film des allures de tragédie. Filmer la noirceur des sentiments ne condamne pas au misérabilisme, à une mise en scène corsetée  restant collée à ses personnages. Zvyagintsev ouvre son cadre autant qu’il resserre son propos. Il saisit l’immensité des paysages, des bâtiments parfois délabrés qui renvoient à la lente décomposition morale de la Russie, autrefois toute puissante et fière, aujourd’hui gangrenée par l’individualisme et l’amertume.

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Seule lueur d’humanité dans ce noir tableau, ces bénévoles qui aident les familles à retrouver les disparus et suppléant la police qui ne souhaite s’occuper que des affaires criminelles et laisse ces familles dans le dénuement le plus complet, apparaissant sous un jour guère plus flatteur que dans le précédent film de Zvyagintsev (Leviathan, 2014). Il est moins question de corruption et de violence policière ici mais le constat n’est pas moins dur. Quelque chose de pourri est en train de ronger le cour de cette Russie qui regarde vers de nouvelles conquêtes (le conflit ukrainien est évoqué en toile de fond à travers ces télévisions toujours allumées) quand elle est devenue aveugle à la souffrance de ses propres enfants. Boris incarne l’hypocrisie de la société russe qui dans le même temps est de plus en plus sous l’influence de l’église orthodoxe, favorisée par un pouvoir qui y trouve un grand intérêt. Lorsqu’il doit faire face à la volonté de divorcer de sa femme, il se soucie moins du sort de son fils que du sien, la société qui l’employant étant dirigée par un orthodoxe qui exige de son personnel qu’il soit baptisé et marié. Zhenya incarne l’autre versant de la société russe, superficielle, égoïste,  obsédée par l’apparence et l’argent, ravie de la promotion sociale que lui offre sa nouvelle relation. L’appartement de son amant est aussi froid et impersonnel, aussi ostensiblement grand (comme si la réussite se mesurait au nombre de mètres carrés de son domicile) que l’était celui du mari d’Elena dans le film éponyme de Zvyagintsev. On imagine sans peine que Zhenya serait capable comme Elena de tuer son mari si cela lui garantissait de ne pas être déclassée.

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La longue recherche d’Alyosha pourrait emmener ce couple vers une quête de rédemption mais, sans amour, sans moralité, il n’est pas question pour Boris et Zhenya de se remettre en question et de nourrir un sentiment de culpabilité. Cet enfant qui a soudainement disparu, sans explication, sans laisser aucun indice, a-t-il seulement réellement existé un jour pour ses parents? A part la raclée promise par son père et les reproches de sa mère qui l’emportera avec elle dans sa nouvelle vie, comme on emporte un objet, qu’a-t-il à gagner à être retrouvé? La noirceur totale du récit nous tient suspendu à son dénouement qui quel qu’il soit ne pourra pas être un happy end. Noir c’est noir, il n’y a pas d’amour mais il n’y pas non plus d’espoir dans le dernier film pamphlet de Zvyagintsev.

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Titre Original: LOVELESS

Réalisé par: Andrey Zvyagintsev

Casting : Alexey Rosin, Maryana Spivak, Marina Vasilyeva …

Genre: Drame

Date de sortie: 20 Septembre 2017

Distribué par: Pyramide Distribution

4,5 STARS TOP NIVEAU

TOP NIVEAU

 

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