Critiques Cinéma

CARGO (Critique)

4 STARS EXCELLENT

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SYNOPSIS: Un père s’aventure dans la nature australienne dans l’espoir de trouver un gardien pour sa fille alors qu’une mystérieuse épidémie décime peu à peu la population.

Passer du court au long métrage est un exercice souvent périlleux, tant le format du premier peut permettre de tirer le meilleur parti d’un pitch malin sans en atteindre les limites que l’on ne devine pas encore, quand le passage au second les mettra cruellement en lumière. Dans des genres différents, l’exercice a été brillamment réussi ces dernières années par Neil Blomkamp (Alive in Joburg / District 9), Adam Sandberg (Dans Le Noir), Andrés Muschietti (Mamma) ou encore très récemment Xavier Legrand (Avant que de Tout Perdre / Jusqu’à la Garde). Le court métrage Cargo, qui s’est distingué en 2013 dans le plus grand festival mondial de courts métrages (le Tropfest) et a cumulé des millions de vues lors de sa diffusion sur Youtube, reposait sur un pitch très simple: un homme reprend conscience après un accident de voiture. Sa femme s’est transformée en zombie et la morsure qu’il découvre sur son bras le condamne au même sort. Il ne lui reste alors que quelques heures pour mettre son fils à l’abri. Condensé sur 7 minutes, le résultat était très convaincant et avait suffisamment marqué les esprits pour permettre à ses réalisateurs Ben Howling et Yolanda Ramke de trouver le financement pour passer au long métrage. La grande force de ce pitch est d’adosser son récit à un compte à rebours qui en nourrit sans cesse l’intérêt et d’aborder le genre ultra balisé du film de zombies par l’intime, par la thématique la plus immédiatement compréhensible et impliquante pour le spectateur: le sacrifice pour un être cher.

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A la trame de leur court métrage, Ben Howling et Yolanda Ramke ont ajouté un deuxième récit de survie qui se déroule en parallèle de celui d’Andy (Martin Freeman): celui d’une jeune aborigène essayant de sauver son père, ou plutôt ce qu’il reste de lui depuis qu’il s’est transformé en zombie. Ce récit de survie qui se déroule dans les paysages hautement cinégéniques de l’Outback australien (nous renvoyant à des films cultes du cinéma australien comme Wake In Fright ou encore Walkabout) embrasse le genre du film de zombies sans toutefois en prononcer le mot. Les zombies ne sont pas ici de simples antagonistes, une menace anonyme au service d’un récit privilégiant le frisson et la peur viscérale au drame, comme c’est le plus souvent le cas dans le genre du film de zombies. La peur naît bien sûr de la menace immédiate qu’ils représentent pour Andy et son enfant mais surtout de la compréhension de leur condition: des hommes et des femmes, des parents condamnés à l’errance et à se nourrir de chair humaine. Ce récit a ainsi plus de cœur que de tripes et décontenancera ou ennuiera celui qui viendrait y chercher d’haletantes courses poursuites conclues par des « headshots » sur une meute de zombies affamés. Ils sont même traités plus comme des victimes que comme des menaces, à tel point que le principal antagoniste du film est un homme raciste et violent qui les tuent pour récupérer leurs bijoux, se rêvant en homme riche et puissant si ce monde se reconstruit un jour.

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Celui qui doit échapper à cette menace n’est pas taillé pour l’aventure, n’est pas un héros bodybuildé de film d’action mais un « family guy » formidablement interprété par Martin Freeman. Il trouve là un rôle sur mesure dans lequel la justesse et la sobriété de son jeu font mouche dès les premières minutes et créent une empathie pour son personnage qui tire constamment le film vers le haut. Son parcours et son combat seront le notre dans un monde ravagé par ce mystérieux virus contre lequel il n’y a pas de remède et guère plus d’espoir. Le récit reste ainsi collé au destin d’Andy et de cette jeune arborigène, ne s’attarde pas à expliquer l’origine et l’étendue de ce virus, à vouloir contextualiser ce qui se joue sous nos yeux et parle à notre cœur plus qu’à nos tripes . L’intime est toujours privilégié au spectaculaire. Dans le cahier des charges du film de zombies, Howling et Ramke nous ont épargné les habituelles interventions de militaires, les plans sur des villes ravagées et les hordes de zombies dévorant leurs victimes. La seule issue pour les infectés est de mettre leur famille à l’abri dans les 48 heures qu’il leur reste avant de ne plus être eux mêmes, le suicide est ensuite leur seule issue, des kits ayant même été fabriqués et distribués par les autorités. Cargo se place par ailleurs dans la lignée des films australiens qui réhabilitent la culture arborigène et porte un vrai discours sur le traitement qui leur a été réservé. Dans ce monde de désolation, ce sont eux qui sont les plus adaptés à la survie, eux qui représentent le seul espoir restant à des hommes et des femmes désemparés face à cette menace, forcés de vivre au milieu de cette nature pour protéger leur famille. Le film fonctionne ainsi sur une note d’intention très claire: privilégier les personnages et le propos à l’action attendue dans ce genre. La mise en scène est certes peut être un peu trop en retrait, un peu trop à l’économie pour emmener le film encore plus haut, même si plusieurs scènes sont très émouvantes et nous resteront longtemps en mémoire. La simplicité, l’émotion et la sincérité de ce Cargo en font d’ores et déjà l’un des plus beaux films de zombie de ces dernières années, une vraie proposition, nouvelle et forte dans un genre pour lequel une certaine lassitude s’était pourtant solidement installée.

CARGO AFFICHE CLIFF AND CO

Titre Original: CARGO

Réalisé par: Yolanda Ramke, Ben Howling

Casting : Martin Freeman, Anthony Hayes, Susie Porter..

Genre: Thriller, Epouvante-Horreur

Sortie le: 18 mai 2018

Distribué par: Netflix France

4 STARS EXCELLENT

EXCELLENT

 

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