Critiques Cinéma

CLIMAX (Critique)

SYNOPSIS: Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif. 

A l’instar de Love, Climax aura fait couler beaucoup d’encre avant même sa découverte en salles. Le mystérieux nouveau long-métrage de Gaspar Noé a en effet acquis une certaine notoriété sur la toile après parution en ligne il y a seulement quelques jours d’une première affiche, vraiment provoc’. Le buzz a enflé ensuite après l’apparition d’une rumeur selon laquelle le cinéaste franco-argentin aurait achevé le montage final de son film seulement 24h avant sa présentation officielle à la Quinzaine des Réalisateurs, au décours du festival de Cannes 2018. Ce qui est certain, c’est que Climax a attiré une foule ahurissante lors de sa grande première matinale au Théâtre Croisette, projection qui eut lieu en présence du cinéaste mais sans son jeune casting, que Noé excusera après la séance, lors du traditionnel Q&A, justifiant leur absence par leur ivresse monumentale de la veille (!). A l’arrivée, que vaut le film ?

 

Tout simplement une des meilleures expériences du festival, du moins une de nos préférées. Artiste toujours passionnant, qu’on aime ou qu’on déteste, Gaspar Noé a su se démarquer au fil de sa carrière en faisant preuve d’audace et d’expérimentations formelles, radicales, osées et toujours plus folles pour les uns, ineptes et un peu bêtes pour les autres. De notre côté, on penche encore aujourd’hui avec Climax pour la première option. Le ton du film est d’ailleurs donné dès l’ouverture, avec un premier plan fortement intriguant révélant une jeune femme ensanglantée étendue dans la neige, puis l’apparition à l’écran d’un texte explicatif indiquant que le récit qui va suivre est tiré d’un obscur fait réel. D’un postulat extrêmement simple – une école de Krump, le recrutement de danseurs d’origine ethnique diverse pour représenter une France multiculturelle, une répétition houleuse et l’histoire d’une fête qui dégénère en farandole collective puis en bad trip apocalyptique, faute à une sangria supposément trop chargée en drogues – et épaulé d’un dispositif redoutable (l’issue inéluctable de la trame passée la révélation de l’intro), Gaspar Noé tire ensuite un film vivifiant et étourdissant, une véritable transe en huis clos hallucinante d’intensité et de sensorialité. Une œuvre mega référencée (Suspiria, Salo ou les 120 journées de Sodome, Un chien andalou, Possession, Schizophrenia, Zombie …. dont Noé reprend d’ailleurs toutes les jaquettes de VHS au détour d’un long plan fixe) mais heureusement toujours empreinte du style unique du cinéaste.

Au niveau formel, Gaspar Noé bâtit en effet SON œuvre à l’aide des éléments constitutifs de SA patte, marquant une nouvelle fois au fer rouge les spectateurs avec une mise en scène proprement renversante. On est ainsi convoqués dans tous les sens, par tous les sens, happés par des images fascinantes et immersives, en symbiose totale avec des sons perturbants. La narration, maîtrisée dans l’ensemble, mêle des morceaux implicites avec des remarques plus explicites, soit sous forme de dialogues un peu puérils entre les personnages (sans doute ce qu’il y a de moins réussi dans le film, avouons-le), soit à l’aide d’aphorismes étranges sur la vie et la mort apparaissant en gros sur l’écran (une des marques de fabrique du cinéaste). Les effets de lumière stroboscopique concoctés par Benoît Debie (son chef opérateur attitré) sont ensorcelants, certains plans d’une beauté époustouflante (le 1er faux plan-séquence magique, les vues zénithales), les cadrages millimétrés, le montage rigoureux, l’atmosphère envoutante et troublante, bien alimentée par une musique démentielle, composée uniquement d’extraits connus, planants (Gary Numan, Giorgio Moroder) ou sur-stimulants (Thomas Bangalter, Aphex Twin, Wild Planet…). Face à la caméra, le jeune casting hétéroclite s’avère assez convaincant, Sofia Boutella en tête. La nouvelle reine hollywoodienne (depuis le succès commercial de Kingsman) revient en France et tire indéniablement son épingle du jeu, avec notamment une scène stupéfiante qui rapproche sa performance de celle, hystérique, d’Adjani dans le Possession de Zulawski.

Et si on applaudit la technicité virtuose de Noé, on saluera également le sous-texte  » politique « présent en filigrane de l’œuvre, celui d’un pays qui voit sa jeunesse entièrement anéantie par ses propres angoisses et sa paranoïa, représentée allégoriquement par cette sangria disposée sur une table où flotte un immense drapeau tricolore. D’autant plus croustillant que Noé revendique fièrement l’origine hexagonale du projet en conférence de presse. Climax ne réconciliera probablement pas les détracteurs de Gaspar Noé avec son cinéma, il risque même d’accroître le clivage. Une chose est sûre néanmoins : c’est une expérience immanquable en salles, un film qui rappelle indubitablement l’intensité de notre amour pour le septième art.

Titre Original: CLIMAX

Réalisé par: Gaspar Noé

Casting :  Sofia Boutella, …

Genre: Action, Comédie

Sortie le: 19 septembre 2018

Distribué par: Wild Bunch Distribution

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