Critiques Cinéma

EN GUERRE (Critique)

SYNOPSIS: Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi. 

Depuis qu’ils ont uni leurs destinées artistiques le réalisateur Stéphane Brizé et Vincent Lindon ont tourné ensemble à quatre reprises: Mademoiselle Chambon (2009), Quelques heures de printemps (2012), La loi du Marché et donc cet En Guerre, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2018, là même où Vincent Lindon avait remporté en 2015 le Prix d’Interprétation pour La loi du marché. Leur collaboration a donné naissance à quatre œuvres assez semblables dans l’état d’esprit, qui est de parler du monde d’aujourd’hui, des problématiques sociétales qui influent sur l’intime avec la force brute d’un cinéma vérité qui, si il emprunte par moments au documentaire, n’en reste pas moins de la fiction. En Guerre est peut-être la représentation de ce désir artistique la plus radicale tant ce nouveau film tourné sur le vif nous donne la sentiment de suivre un reportage sur le destin d’une usine et de ses 1100 salariés qui se battent avec l’énergie du désespoir pour éviter la fermeture du site sur lequel ils travaillent, ce qui les conduirait à une mort professionnelle certaine. En Guerre nous raconte la lutte de ces syndicalistes pour faire entendre leurs voix auprès des plus puissants qui les ont bernés, les négociations infructueuses, les faux espoirs, les dissensions internes, la force des convictions contre le renoncement et l’abattement, autant de paramètres qui nous plongent au cœur du monde du travail contemporain, celui des David contre Goliath, où l’utopie doit souvent céder la place à une réalité qui n’a que faire des contingences humaines.

S’il emprunte le sillage tracé par La loi du Marché, En Guerre est encore plus noir et désenchanté dans son approche. Là où Thierry avait un ultime espoir de reprendre pied dans le monde du travail, Laurent semble se raccrocher uniquement à son combat pour espérer survivre. Il est fait mention à plusieurs reprises que la région où se situe l’usine du film, si cette dernière ferme, n’offrira à personne la possibilité de retrouver un emploi. Les zones sinistrées par le plein emploi, le peu d’aides (si ce n’est symbolique), apportées par les pouvoirs publics, les politiques qui se lavent les mains de situations qu’ils ne considèrent pas de leur ressort lorsque cela les arrange, les compromissions des uns face à l’incorruptibilité des autres, En Guerre brasse les thématiques sans jamais perdre de vue le centre névralgique de son récit. Que ce soit le traitement médiatique de la situation (le film commence par un reportage sur une chaine d’information presque anecdotique qui va peu à peu se muer en sujet majeur dans les JT nationaux), la dissection des points de vue des personnages du côté des ouvriers mais aussi du patronat, sans jamais juger ni les uns, ni les autres, mais en montrant la situation dans sa complexité et son dénuement, tout cela fait que Stéphane Brizé raconte l’époque dans toute sa crudité avec la force brute d’un cinéma vérité qui secoue et qui remue en osant dire des choses essentielles!

En focalisant son film presque exclusivement sur les réunions syndicales les négociations et le retentissement médiatique donné à leur combat, le risque que Stéphane Brizé ne nous perde en route était grand. Mais en évitant le sensationnalisme, en restant au plus près de ces hommes et de ces femmes qui transpirent le réel, en ne dramatisant pas son histoire plus que nécessaire et en n’ayant recours à aucun artifice pour provoquer l’empathie, le réalisateur signe un film choc, aride, qui pourra laisser de marbre ceux qui ne jurent que par des rebondissements à foison, mais qui force le respect.

Montage irréprochable, économie de dialogues pompeux ou inutiles, En Guerre s’appuie aussi sur le charisme et le naturalisme des acteurs non-professionnels que Brizé a placé aux côtés de Vincent Lindon. Si son personnage de La loi du marché prenait le temps de vivre ou de survivre grâce à sa famille, dans En Guerre, le temps semble compté et la vie privée de Laurent est à peine esquissée (tout juste semble t-il divorcé et sur le point de devenir grand-père) tant il est tourné uniquement vers son but de conserver son emploi mais pas uniquement le sien puisque tout son projet est de défendre bec et ongles les droits des autres salariés. La grande force du film est de nous plonger totalement dans ces réunions, au cœur de ces âpres négociations, le tout égrainé par une musique qui fait grimper la tension et ponctue le compte à rebours. Brizé rue dans les brancards, dégomme l’hypocrisie des grands groupes et de leurs représentants, les stratégies fallacieuses dont ils pensent qu’elles feront plier les plus faibles. Si le naturalisme du film et son zoom à l’os de la situation lui retire en puissance émotionnelle, Vincent Lindon, bloc brut de vitalité, capable d’affiner son jeu d’infimes nuances, bouillonne d’humanité dans cette histoire, qui montre les derniers soubresauts d’un combat avant de tout perdre. Pour peu qu’on y soit sensible, En Guerre se vit et se ressent viscéralement avant vous prendre aux tripes‬.

Titre Original: EN GUERRE

Réalisé par: Stéphane Brizé

Casting :  Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie …

Genre: Drame

Sortie le: 16 mai 2018

Distribué par: Diaphana Distribution

EXCELLENT

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