Critiques Cinéma

GAME NIGHT (Critique)

 3 STARS BIEN

SYNOPSIS: Pour pimenter leur vie de couple, Max et Annie animent un jeu une nuit par semaine. Cette fois ils comptent sur Brooks, le frère charismatique de Max, pour organiser une super soirée à thème autour du polar, avec vrais faux malfrats et agents fédéraux ! Brooks a même prévu de se faire enlever…. sauf qu’il reste introuvable. En tentant de résoudre l’énigme, nos joueurs invétérés commencent à comprendre qu’ils se sont peut-être trompés sur toute la ligne. De fausse piste en rebondissement, ils n’ont plus aucun point de repère et ne savent plus s’il s’agit encore d’un jeu… ou pas. Cette nuit risque bien d’être la plus délirante – et la plus dangereuse – de toute leur carrière de joueurs… 

Les grands studios américains n’aiment rien de plus que de trouver une formule qu’ils peuvent décliner en autant de succès. Depuis plusieurs années, nombre de comédies américaines prennent ainsi un malin plaisir à entrer dans les paisibles banlieues résidentielles, si emblématiques de l’American way of life, pour consciencieusement retourner leur image si policée, montrer leurs habitants sous un jour peu flatteur et les entraîner dans une série d’aventures qui les dépassent totalement. Réalisé par les scénaristes des deux Comment tuer son boss, qui sont entre temps passés à la réalisation avec le très oubliable (pour être aimable) Vive Les Vacances, Game Night ne se cache pas d’exploiter ce nouveau filon de la comédie américaine qui, s’il fait recette au box office, n’a jusqu’à présent pas produit beaucoup de films que l’on aura plaisir à revoir. Game Night a au moins pour lui d’avoir une approche originale, de jouer très explicitement avec ses personnages et proposer une sorte de relecture de The Game de David Fincher, version comédie de banlieue dans un habillage de thriller nocturne. Le concept intéressant et ludique, bénéficiant d’une mise en scène très soignée épousant totalement les codes du thriller, a néanmoins du mal à tenir sur la durée, souffrant notamment du syndrome du film tombé amoureux de son high concept et se perdant autant dans sa volonté d’enchaîner les gags dont quelques uns très faibles, que les twists (que l’on voit venir de très loin) dans le but de mettre le spectateur dans la même situation que les personnages.

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Game Night, a pourtant pour lui de pouvoir se reposer sur un casting plutôt réussi et d’avoir en fil rouge un propos qui n’est pas inintéressant sur le couple, les participants à ce jeu de rôle qui va mal tourner étant venus avec leur époux/conquête du moment et leurs problèmes/jalousies/doutes revenant comme un fil rouge tout au long de cette nuit qui va les mettre à rude épreuve. Brooks (Kyle Chandler, une nouvelle fois excellent) est le maître du jeu, le Conrad de ce récit (Sean Penn dans The Game), le frère du héros (Max) qui revient dans sa vie pour le pousser à participer à un jeu beaucoup plus dangereux et « réel » que ses habituelles et pantouflardes soirées de jeux de société. De leur rencontre à leur demande en mariage, Max (Jason Bateman) et Annie (Rachel McAdams) avançaient jusqu’alors sur les cases de leur vie de couple comme sur un gigantesque plateau de jeu. C’est toute leur vie qui semble construite comme un jeu sans fin et leur première confrontation avec le réel, le premier défi auquel ils échouent est celui de devenir parents. C’est précisément à ce moment que Brooks, le frère auquel tout réussit et vis à vis duquel Max nourrit un grand complexe d’infériorité, fait son apparition, faisant basculer sa vie et le film de la comédie potache à la comédie noire. Dans son prologue puis son exposition rapide des participants à ce jeu, Game Night convainc d’abord par une écriture qui va à l’essentiel, entièrement au service de l’heure d’action et de fun que le film propose.

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Jason Bateman est dans ses petits chaussons dans un rôle qui ne le sort guère du pilotage automatique sur lequel il semble s’être mis de comédies en comédies qu’il enchaîne à un rythme soutenu. Il fait le job et son talent n’est pas en cause mais il est difficile de ne pas se laisser gagner par un certain sentiment de lassitude à le voir ainsi évoluer dans sa zone de confort. Heureusement, le choix de Rachel McAdams dont on n’avait pu qu’entrapercevoir jusqu’alors les talents dans ce registre plus léger, se révèle très judicieux. A défaut d’être toujours très juste ou tout du moins de pouvoir relever le niveau d’un gag trop paresseux, elle a le charme et le timing qui sied parfaitement au film dans sa volonté d’aller très vite et d’enchaîner les situations rocambolesques comme un cousin cocaïné d’After Hours. Le couple qu’elle forme avec Jason Bateman porte le film sur ses épaules quand les deux autres couples sont essentiellement réduits au rôle de faire valoir malgré quelques scènes réussies dans lesquelles ils font avant tout rire à leur dépens: le couple en apparence parfait, le copain beau gosse et simplet (qui a dans son sourire la lumière qu’il n’a pas dans son cerveau) et sa conquête du moment qui le fait paraître tel qu’il est. Jesse Plemons dans le petit rôle du voisin pot de colle que Max et Annie font tout pour duper s’impose quant à lui comme un véritable « scene stealer », un freak dont on ne sait d’abord pas s’il faut s’en méfier ou avoir de la compassion.

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Le film repose sur un jeu de faux semblants permanent qui amène autant à s’interroger sur la réalité du danger auquel sont exposés les joueurs, que sur le masque social derrière lequel chacun se cache, que ce soit pour duper les autres ou pour se rassurer en projetant l’image de celui qu’il voudrait être. De ce point de vue, le scénario de Mark Perez est assez habilement construit, même s’il tombe dans le piège d’une multiplication inutile des twists et son propos très clair. On ne peut que regretter qu’il assaisonne ce récit de gags bas de gamme qui tombent à plat, comme s’il craignait de voir le soufflet retomber et de perdre les spectateurs venus voir une de ces comédies qui veulent provoquer un rire par minute. Game Night souffre par ailleurs d’une  mise en scène qui privilégie le rythme des scènes, l’enchaînement des situations et empêche de véritablement entrer dans ce récit. John Francis Daley et Jonathan Goldstein se comportent quelque part comme des guides touristiques débordés ou trop exaltés qui, voulant tout montrer à leurs clients, iraient trop vite à chaque étape, pied au plancher, de sorte qu’à la fin de la visite, vous avez l’impression de ne jamais avoir pu « ressentir » l’histoire des lieux visités. Ce rollercoaster comique pour efficace qu’il soit, peine ainsi à s’incarner véritablement et c’est aussi frustrant que rageant quand on perçoit que la qualité du scénario de Mark Perez aurait mérité un meilleur traitement. Game Night réussi ainsi simplement à être une bonne comédie sur laquelle on ne zappera pas si on retombe dessus au gré d’une diffusion tv mais qui échoue malheureusement assez largement à rivaliser avec des comédies noires devenues cultes comme L’Ultime Souper ou même Very Bad Things.

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Titre Original: GAME NIGHT

Réalisé par: Jonathan Goldstein et John Francis Daley

Casting :  Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler…

Genre: Comédie, Thriller

Sortie  le: 18 avril 2018

Distribué par: Warner Bros France

3 STARS BIEN

BIEN

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4 réponses »

    • Merci camarade 🙂 En effet, les quelques gags qui tombent à plat et le parti pris d’aller tout le temps pied au plancher m’ont un peu gâché le plaisir. Dommage parce que le pitch est excellent et la facture visuelle inhabituelle et top pour une comédie.

  1. (evilashymetrie) Vu hier soir et j’ai franchement pris plaisir à suivre cette folle nuit bordélique. J’ai trouvé le film fort drôle, et j’ai apprécié que son high concept soit pleinement utilisé, pour le coup. Aussi, je ne partage pas ta déception, loin s’en faut ! Je dirais même que, pour le coup, si je craignais un VERY BAD TRIP bis (je n’ai jamais rigolé devant un film de cette trilogie), la surprise n’en a été que plus grande. Et puis, y a des idées de mise en scène (le plan séquence chez Danny Huston avec l’oeuf de Fabergé) et des idées zarbs (le voisin, génialissime et inquiétant), bref, y a tout pour enchanter. Et j’aime Rachel, voilà, c’est dit. LOVE

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