Critiques Cinéma

LE SERPENT AUX MILLE COUPURES (Critique)

SYNOPSIS: Un mystérieux fugitif se voit contraint de se barricader dans une ferme isolée en compagnie de la petite famille qui l’occupe. Ce qu’il fuit ? Un tueur à gages quasi inhumain, lancé à ses trousses pour lui faire payer le meurtre d’un parrain sud-américain… 

On sait qu’en France le film de genre a un mal fou à se faire un peu de place sur des écrans dévolus en nombre à la comédie facile. Pour que des projets différents puissent se monter et que des producteurs y mettent un tant soit peu de moyens, le chemin est long et sinueux tout comme il est compliqué de tenter de faire évoluer les mentalités d’un public nourri à un cinéma formaté qui contente les masses. Fort heureusement certains tentent encore de sortir des sentiers battus et de proposer un cinéma différent, viscéral, à la fois populaire et exigeant en tentant de capitaliser sur l’intelligence des spectateurs et une foi inébranlable dans le genre qu’il soit horrifique, policier, fantastique… Avec Le Serpent aux Mille Coupures, Eric Valette (Une affaire d’Etat, La Proie) propose un vrai polar nerveux et haletant où un saisissant Tomer Sisley (Largo Winch, Les Innocents) démontre une capacité à interpréter des personnages plus sombres et denses qu’on ne pouvait le croire. Eric Valette est de cette race de cinéastes qui ne font pas de concessions lorsqu’ils embrassent un genre soumis à des codes précis et avec ce film prenant, il invite à une relecture du polar rural, usant d’une percussion et d’une tension ainsi que d’un respect au matériau dont il se sert, qui confirme sa capacité à mixer l’exigence et les obstacles rencontrés pour monter de tels projets, qui plus est avec un budget serré.

Eric Valette qui dès son premier film, Maléfique s’était montré convaincant et n’a eu de cesse depuis, au fil de son parcours de démontrer sa pugnacité et sa détermination à creuser son sillon dans le genre, s’empare ici d’un bouquin de la série noire, adaptation du roman éponyme de DOA (qui signe le scénario et co-signe l’adaptation): Le Serpent aux Mille Coupures. A la fois vrai polar abrasif teinté d’une noirceur assumée de bout en bout et western urbain choc et violent comme le cinéma français put en produire à une époque où les chaines de télévision n’étaient pas encore majoritairement co-producteurs et que les décideurs ne se fiaient pas simplement aux relevés de statisticiens, Le Serpent aux Mille Coupures fait plaisir à voir tant il nous manque des films comme celui-ci, thriller flirtant presque avec le gore et ne renonçant pas à ses ambitions formelles ou narratives pour de mauvaises raisons. Tourné dans un coin de campagne, le film nous plonge dans un univers rural composé d’étendues de champs et de vignobles où des confrontations sanglantes propres aux westerns modernes ne semblent pas incongrues (l’ombre d’Extrême Préjudice de Walter Hill semble parfois planer sur le film). Avec ce récit d’un motard pourchassé par des mafieux et des trafiquants de toutes origines, Le Serpent aux Mille Coupures nous entraine dans une spirale d’affrontements extrêmement tendus et violents sans pour autant que le film renonce à être aussi un vrai divertissement qu’on suit avec plaisir, la main crispée sur son fauteuil dès que la tension grimpe d’un cran.

La réalisation d’Eric Valette est vraiment enthousiasmante tant il maitrise son découpage et sa manière de gérer l’action confirme ses qualités et son œil. Les fusillades sont réussies, les coups de feu claquent, les impacts permettent de s’immerger via l’écran et la crédibilité s’impose à nous, sans que nous ayons à l’intellectualiser. C’est un fait, cela fonctionne et on ne se pose pas la question du réalisme, qui peut parfois totalement nous sortir d’un film. L’alternance de séquences tendues, du déroulé de l’enquête puis la présentation successive des personnages permet au film d’être un vrai plaisir de spectateur et même si tout n’est pas parfait (certaines scènes notamment dans la ferme sont un peu trop étirées en longueur et la multiplicité des personnages fait que certains, bien que parfaitement caractérisés, semblent plus anecdotiques), on reste pourtant scotché du début à la fin, grâce à un récit accrocheur et un sujet maîtrisé. La distribution en grande majorité masculine est par ailleurs impeccable, de Tomer Sisley formidable en motard mystérieux quasi mutique à Terence Yin froid et pervers en passant par Stéphane Debac décalé et plein d’humour ou encore un Pascal Greggory perspicace et mordant… permettant de faire en sorte que Le Serpent aux Mille Coupures soit une vraie réussite, qui, sans pour autant signer le renouveau d’un genre désormais trop peu abordé en est une digne et efficace représentation.

Titre Original: LE SERPENT AUX MILLE COUPURES

Réalisé par: Eric Valette

Casting : Tomer Sisley, Terence Yin, Stéphane Debac…

Genre: Thriller

Sortie le: 05 avril 2017

Distribué par: New Story District

3,5 STARS TRES BIEN

TRÈS BIEN

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s