Critiques Cinéma

Entretien avec Eric Valette (Le Serpent aux Mille Coupures) « Comme si le polar coréen s’invitait dans une chronique rurale… »

Eric Valette revient aux affaires six ans après La Proie son thriller nerveux avec Albert Dupontel. Le 5 avril son nouveau film, Le Serpent aux Mille Coupures, adaptation d’un roman de DOA (Editions Gallimard) sera sur les écrans. Avec un casting en grande majorité masculin (Tomer Sisley, Terence Yin, Pascal Greggory, Stéphane Debac), il livre un film dur et violent, sans concessions et à la liberté de ton totale. Et il redonne dans ce pays un peu de lustre au film de genre qui ouvrira, espérons-le une brèche dans laquelle s’engouffreront enfin d’autres cinéastes. Alors que Le Serpent aux Mille Coupures était présenté au Festival de Beaune la semaine dernière et que le film s’apprête à être livré au public frappé d’une interdiction aux moins de seize ans, nous avons rencontré un Eric Valette souriant et disponible. Morceaux choisis.

Qu’est ce qui fait que le projet ait mis autant de temps à se faire puisque vous en parliez déjà au moment de La Proie?

C’est le financement pour ce genre de film qui est difficile du fait de la radicalité du ton, comme il n’est pas fait pour passer en prime sur une chaine hertzienne. Ça coûte une partie du financement, il faut en avoir conscience et trouver d’autres solutions. Il y a eu beaucoup de problèmes pour trouver l’argent et ça s’est débloqué en 2014 avec l’arrivée d’un co-producteur, Alexis Dantec et sa boite The French Connection qui nous a amenés des capitaux belges et ce qui fait que le film a pu se faire. C’était un serpent de mer mais on était mûrs pour le faire en 2015.

Vous n’avez jamais cédé au découragement?

Non je ne lâche pas les affaires comme ça, j’ai des vertus de mule parce que je trouvais que c’était vraiment dommage de lâcher un tel projet qui est quand même très singulier dans le cadre du cinéma français et même dans le cadre du polar français qui est quand même très urbain en général.

Est-ce que ce qui vous intéressait notamment c’était de confronter les genres et d’apporter une épaisseur mythique aux personnages?

Il y avait cette volonté d’ancrer profondément le film dans un contexte géographique et sociologique précis parce que j’ai dans l’idée que plus une histoire a les deux pieds dans le réel, plus elle peut partir en vrille et plus on peut la faire délirer. Je trouvais qu’on pouvait pousser le côté iconique et mythique, un peu westernien de ces personnages en étant crédible sur le contexte. J’ai essayé de combiner les deux et du coup ça crée une vraie rencontre de genres. C’est un peu comme si le polar coréen s’invitait dans une chronique rurale (Rires)

Vous travaillez plus sur la tension que sur la violence graphique finalement?

C’est l’idée qu’il y a une espèce de mécanique très déterminée qui avance, qui avance et je pense qu’on a plus peur en tant que spectateur de savoir où est-ce que tout ça va aller que de savoir quand il y aura à nouveau quelque chose d’horrifique. Moi même les scènes horrifiques je ne suis pas du tout à l’aise avec ces scènes-là, je n’aime pas spécialement les tourner ni même les voir au cinéma mais elles sont dans le récit et il faut que je sois honnête avec elles et qu’elles aient une certaine forme d’élégance.

Il y a beaucoup de scènes de nuit dans le film. Quelles étaient vos intentions? Vous avez donné beaucoup d’indications à votre directeur photo?

Le directeur photo a une forte personnalité, c’est un gros bougon des Ardennes, il avait des idées très précises sur le grain qu’on voulait, les couleurs qu’on voulait. Je suis très client de ce qu’il fait. Je lui avais donné à regarder Memories of Murder et Sympathy for Mr Vengeance et on s’était beaucoup parlé des Chiens de Paille évidemment. C’est un film qui est tourné en numérique avec une Red Dragon mais c’est tourné à pleine ouverture pratiquement tout le temps avec beaucoup de filtres ce qui fait qu’il y a très peu de profondeur de champ et il y a un grain qui nait sur ces captures numériques et qui amène sur la texture de l’image un truc un peu seventies qui moi me plaît.

Quel a été l’impact sur l’histoire du changement d’époque entre le roman et le film ? (le roman se déroule juste après le 11 septembre 2001 NDLR)

Ça a eu avant tout un impact économique. Je ne vois pas l’intérêt d’aller cherches des voitures ou des costumes de gendarmes qui datent d’il y a quinze ans parce que tout ça a un impact économique et que je me dis qu’on fera des économies en étant contemporain. Et par rapport au public je trouve que c’est mieux de parler de ce qui nous environne directement. Et le hasard des évènements dramatiques, mais le fait que le « héros » soit perçu par les médias comme un terroriste prenait une assez grosse résonance dans le contexte français et ces scènes là devenaient plus intenses pour le spectateur.

Propos recueillis par Fred Teper

Interview menée conjointement avec Cécile Desbrun de Culturellement Vôtre dont l’entretien est disponible ici

Très grand merci à Nathalie Iund et Blanche-Aurore Duault

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