Cinéfils

Cinéfils (Chronique) #6

Au fil des visionnages ou des revisionnages, réflexions sur le cinéma d’hier, d’aujourd’hui ou de demain

Dimanche 11 février 2018

Honeymoon

honeymoon affiche cliff and co

Honeymoon est un peu laborieux au démarrage, mais une fois que l’ambiance est installée, la sauce finit par prendre, avec un discours original sur le couple, où le conjoint demeure un étranger pour soi en dépit du sacrement du mariage. L’atmosphère progressivement dérangeante fait son petit bonhomme de chemin jusqu’à un final cruel et outrancier, mais assez captivant. Leigh Janiak se révèle particulièrement douée pour créer une ambiance mystérieuse et anxiogène. Simplement dommage que les deux comédiens principaux ne soient pas à la hauteur de la qualité du scénario.

Labyrinthe

Labyrinthe affiche cliff and co

Le très kitsch mais néanmoins attachant Labyrinthe, situé quelque part entre la rigueur d’Alice au pays des merveilles et l’heroic fantasy datée de L’Histoire Sans Fin, vaut surtout pour la prestation maniérée de David Bowie et les marionnettes pilotées par Jim Henson. C’est typiquement le genre de film que j’aurai aimé découvrir étant gamin. Le voir aujourd’hui, en 2018, procure un drôle de sentiment où on se concentre davantage sur les effets (analogiques/numériques) incroyablement vieillots que sur le récit ou les personnages.

Lundi 12 février 2018

Phantom Thread

Le meilleur dans Phantom Thread, ce n’est pas la pertinence de la mise en scène ou son côté vénéneux mais le total respect du processus créatif du personnage central – qui rend la performance de Daniel Day-Lewis forcément méta, lui qui prépare ses rôles avec une rigueur maximale. Le personnage de Woodcock, perfectionniste et rigide, est solidement caractérisé et développé; le film est étonnamment drôle (le mixage sonore est génial) et pervers. Encore une grande réussite pour PTA. La relation ambiguë entre Woodcock et Alma, c’est du pain béni pour PTA, qui était vraiment l’homme de la situation pour réaliser un film aussi soyeux et troublant. Comme souvent avec les films de PTA, Phantom Thread demandera et méritera plusieurs visions afin de décrypter tous les niveaux de lecture. L’impression d’avoir vu un film d’une richesse incroyable et de ne pas avoir été en mesure de saisir tout ce qu’il avait à m’offrir. La musique de Jonny Greenwood très présente, est sublime : composition raffinée et accrocheuse, à l’instar du film. Sa nomination à l’Oscar me paraît amplement méritée. La minutie du travail de PTA est irréprochable sur ce film : son souci permanent du détail, son approche quasi aussi obsessionnelle que ses personnages, sa fascination pour son (et ses) sujet(s).

Mardi 13 février 2018

Mille Mots

Mille mots affiche cliff and co

A l’instar de Click, le pitch SF est séduisant mais le traitement de cette comédie (salement moralisatrice) est catastrophique, simple prétexte à glorifier l’image de son acteur star, Eddie Murphy. Le film aurait presque pu compter dans ses rangs Christopher Walken (à la place de Cliff Curtis), comme ça il aurait complété, avec Click et Ma Vie de Chat, sa trilogie spirituelle de comédies nullissimes à pitch SF. Par ailleurs, Murphy a l’air mal à l’aise, Duke est agaçant au possible, Kerry Washington minaude terriblement, et il y a un caméo mal placé et pas drôle d’Alain Chabat (qui devait initialement réaliser le film pour finalement se contenter de le produire aux cotés de … Nicolas Cage). Tourné en 2008, mais sorti en salles en 2012 aux USA et dans le reste du monde après avoir essuyé des retours catastrophiques suite aux projections-tests et quelques jours de reshoots, ce fut un échec inévitable !

L’Homme de Rio

C’est vraiment trop bon L’homme de Rio de Philippe de Broca, adaptation officieuse mais classe de Tintin (L’album L’Oreille Cassée mais pas que), une aventure trépidante menée tambour-battant par Bébel, casse-cou/particulièrement impliqué, et un lot conséquent de scènes savoureuses. Un des fleurons de notre culture populaire, qui mérite amplement son aura de sainteté dans le milieu (Spielberg et Hazanavicius l’ont vu et aimé, c’est évident). Le film est égratigné par quelques mauvais raccords de montage et une intrigue progressant un peu trop grâce au fruit du hasard (Bébel qui tombe fortuitement sur les bandits à plusieurs reprises!) mais c’est du pinaillage à ce stade, le plaisir pris finit par l’emporter. Il faut aussi avoir en tête que l’intrigue des Tintin progresse souvent de cette manière là, le journaliste se trouvant souvent au bon endroit au bon moment (comme souvent au mauvais endroit au mauvais moment cela dit).

Le Retour du Héros

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Le Retour Du Héros alterne le pas drôle et l’irrésistible, dans une sorte d’hommage semi-réussi, semi-raté à … Oscar (d’Edouard Molinaro), avec, en bonus, un propos plutôt efficient, quoique très prévisible, sur l’héroïsme et le rapport à la fiction. Et Jean Dujardin est gentiment rigolo avec ses récits d’aventure mensongers à la Jack Sparrow. Il manque peut-être au film un petit grain de folie pour emporter complètement le morceau, mais c’est (déjà) une nette progression qualitative pour Tirard par rapport à son catastrophique Un Homme À La Hauteur.

Mercredi 14 février

When We First Met

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Excepté une jolie idée narrative vers la fin, juste avant l’épilogue, When We First Met, film Netflix Original qui vient de paraître, déçoit énormément avec son héros creepy (qui s’obstine à draguer une nana malgré son refus catégorique), ses personnages peu attachants et son intrigue éventée. C’est un film problématique dans ses ressorts romantiques, le personnage central faisant régulièrement fi du consentement de la fille. Heureusement qu’il y a Shelley Hennig, vraiment cool en girl next door.

Black Panther

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Un cran au dessus des dernières moutures Marvel, relativement éloigné de la traditionnelle formule et inventif dans l’action, Black Panther interroge, avec nuances mais sans creuser suffisamment en profondeur, les notions de patriotisme et de neutralité dans la lutte des classes. Le discours de Coogler, assez humaniste, sur le désir d’unifier les peuples est touchant mais peut-être pas suffisamment dense pour convaincre pleinement. Les références à James Bond, au Roi Lion et à Matrix Reloaded sont par ailleurs appréciables. Dommage que Coogler ne montre jamais frontalement les opprimés pour qui se bat ardemment l’antagoniste, cela aurait indéniablement renforcé la portée du message politique qu’il essaie d’installer. Les effets spéciaux ne sont vraiment pas à la hauteur pour une production de ce calibre, donnant l’impression d’un travail inachevé (faute à un calendrier trop serré?). C’est dommage car ça vient ternir la direction artistique relativement inspirée. Autre point positif : le casting, convaincant, impliqué, incarnant véritablement les personnages. Autre point négatif : la musique peu inspirée de Göransson, ne décollant jamais et trop vite oubliée après la séance. Mais le film possède une identité forte, on devine ce que Ryan Coogler veut raconter, et comment il veut le raconter, mais son discours manque d’enjeux, de dimensions, de sous-textes, et d’ardeur. Comme dans Star Wars The Last Jedi, le film y va de sa petite allusion végétarienne pour caresser les progressistes dans le sens du poil. J’ai du mal à croire à la sincérité de Disney là dedans, mais enfin pourquoi pas. Par contre, j’aime la manière dont Coogler utilise le mythe du Black Panther pour questionner l’appartenance d’un être à un peuple en rapport à un pays et sa légitimité à le représenter. Vraiment dommage que sa réalisation ne lui permette pas d’approfondir ces thèmes par la simple force évocatrice des images. Même s’il bénéficie de quelques plans iconiques et de passages généreux (notamment dans la façon de représenter l’imagerie africaine), manque au final de consistance et de robustesse dans sa mise en scène pour servir le propos.

Jeudi 15 février 2018

The Open House

Hormis quelques moments de frousse relativement efficaces vers la fin, quoique basiques dans leur conception, c’est tout naze The Open House. Ça ne raconte rien, les personnages sont inconsistants et c’est mal rythmé, se découvrant « horrifique » quelques minutes avant l’épilogue putassier. Et j’ai beaucoup de mal à adhérer au concept même de l’ »Open House », difficilement vraisemblable et casse-gueule – l’entièreté des ressorts horrifiques sont basés sur ce postulat peu plausible.

Nuit de Folie

Découverte du soir : Nuit De Folie (Adventures In Babysitting en version originale), premier film étonnant et assez jubilatoire de Chris Columbus, qui joue ici habilement sur le mélange des genres. Elizabeth Shue est chou, les péripéties prenantes, Rapp amusant, le ton surprenant. Le plus surprenant est le contraste entre la jovialité du début, qui annonce une espèce de comédie familiale Disney, et la noirceur de la suite, comme si la virée déjantée de Chris lui permettait de découvrir les vices cachés de l’Amérique. Mon passage préféré c’est lorsque Chris se trouve contrainte de chanter Babysitting Blues avec ferveur pour pouvoir sortir de la boîte de nuit. Sans doute pas anodin : la charte esthétique du film fait penser à l’imagerie de The Warriors (de Walter Hill), façon pour Columbus de dévoiler les travers de la ville (et de son pays). Dans son intrigue, ses péripéties et ses rebondissements, Nuit De Folie peut aussi se profiler comme une sorte de version PG-13 du After Hours de Scorsese. Et enfin, le film évoque aussi l’œuvre de John Hughes (Chicago, le coming-of-age des perso, le trope du Babysitting…). Chris Columbus a enchaîné une très bonne série avec les scénarios de Gremlins, Le Secret de la Pyramide, Les Goonies et la réalisation de cette Nuit De Folie qui est typiquement le genre de film que j’aimerai diffuser si une carte blanche (de programmation) m’était autorisée un jour dans un cinéma de quartier.

Vendredi 16 février 2018

Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles

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Découverte du soir, la pépite Le Petit Dinosaure Et La Vallée des Merveilles, film fertile, émouvant, débordant de vie et de bonté, avec des personnages attachants et un voyage métaphorique (déclinaison sur le thème du deuil) qui préfigure Le Roi Lion. C’est une réussite avec comme atouts dans ses manches de beaux décors, des dessins magnifiques, une animation juste et délicate, des scènes déchirantes (la mort de la mère de Petit Pied) ou impressionnantes (le gigantesque séisme, la découverte de la Grande Vallée).

Dimanche 18 février 2018

Moi, Tonya

Agréablement surpris par I Tonya, qui, sans être du Scorsese (ou même du David O’Russell) à la réalisation, marque des points avec son récit improbable, déjouant les codes du film sportif/du biopic, et son utilisation pertinente du patin à glace, comme allégorie d’empowerment. Sacré rôle pour Margot Robbie, qui assure vraiment le show et porte littéralement le film. Elle l’a aussi produit, ce qui témoigne de son implication totale. Ça m’a aussi fait penser à Whiplash par moments, surtout dans son traitement de la relation doloriste mentor/élève et dans la quête d’une prestation parfaite, quoique le film aborde davantage ce dernier point par le prisme du rêve américain. J’ai cru voir Tilda Swinton en mère de Tonya Harding, mais en fait non, c’est bel et bien Allison Janney et elle est excellente. Tonya Harding est un personnage féminin résolument « moderne », qui parvient à s’imposer sans jamais se soumettre. En ce sens, elle rappelle … Joy (le perso-titre du film sous estimé de David O’Russell).

L’Antre de la Folie

l'antre de la folie affiche cliff and co

Revu L’antre de la Folie : film apocalyptique exceptionnel de John Carpenter, qui, armé de références lovecraftiennes, sème le trouble chez le spectateur en confrontant, avec effroi, mythe et réalité. Sam Neill est immense dedans. La terreur, la paranoïa qui émane de ce film est incroyable et d’une efficacité redoutable. La réalisation de Carpenter est maîtrisée de A à Z et la BO est phénoménale. Particulièrement ingénieux de la part de Carpenter de jouer autant sur le pouvoir suggestif de ses images, comme pour appuyer le propos sur la fiction débordant la réalité. A noter la présence au générique de Wilhelm von Homburg, inoubliable Vigo des Carpates dans SOS Fantômes 2.

Lundi 19 février 2018

Layer Cake

L’intrigue de Layer Cake est alambiquée mais ce n’est jamais un obstacle à son appréciation; au contraire, cela sert le propos de Vaughn sur le milieu (« un problème en remplace un autre ») et le personnage (à la recherche de stabilité) qu’il dépeint. Daniel Craig y est excellent. Le récit est foisonnant, avec ouverture progressive de nombreux tiroirs au fur et à mesure que le film avance, mais tous les personnages n’ont hélas pas la même importance/utilité (Sienna Miller, inutile et sexualisée à outrance) à l’intrigue.

Cinéfils #5 à lire ici

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