Critiques Cinéma

Cinéfils (Chronique) #5

Au fil des visionnages ou des revisionnages, réflexions sur le cinéma d’hier, d’aujourd’hui ou de demain

Samedi 3 février 2018

Wonder Wheel

WONDER WHEEL AFFICHE CLIFF AND CO

Formellement élégant et doté d’un charme pittoresque, avec un somptueux éclairage, Wonder Wheel m’a paru, dans le fond, assez redondant avec les précédentes moutures de Woody Allen. Mais c’est loin d’être désagréable tout de même, et le casting est impeccable, avec une mention spéciale pour Juno Temple. On retrouve dans Wonder Wheel le personnage féminin un peu naïf de Whatever Works, le cynisme de Blue Jasmine, et, de loin, la toile mafieuse d’arrière plan de Cafe Society.

The Shadow

THE SHADOW AFFICHE CLIFF AND CO

The Shadow prouve qu’Alec Baldwin aurait fait un bon Batman à l’époque (premier choix du studio avant que Tim Burton ne le refuse pour jeter son dévolu sur Michael Keaton). Le film possède quelques maladresses (notamment des choix narratifs hasardeux), mais aussi un charme pulp attractif, une ambiance mystique géniale, un chouette (super) héros, des scènes d’action solides et une réalisation carrée et inspirée. En fait, il ne lui manque pas grand-chose pour emporter le morceau, sans doute un propos plus construit et un peu plus de scènes/plans stylés impliquant le personnage du Shadow. Maintenant il faudrait que je rattrape un jour Ricochet (du même Russell Mulcahy), dont la réputation est plutôt robuste, et avec des artisans talentueux au générique : écrit par Steven E de Souza, produit par Joel Silver et composé par Alan Silvestri. C’est dommage que Russell Mulcahy se soit perdu vers la fin des années 90. Il partait pourtant pas mal avec Razorback Highlander et The Shadow. Ce dernier est un peu l’ancêtre de Doctor Strange dans la manière du personnage d’hypnotiser le peuple, de manipuler les sciences occultes/la magie noire, l’ouverture à l’Asie, la vibe mystique, le super-héros à cape. Pour l’anecdote, L’impasse et The Shadow partagent le même directeur photo (Stephen H. Burum), les mêmes producteurs (Michael et Martin Bregman), le même scénariste (David Koepp), le même superviseur musique (Jellybean Benítez), et la même actrice principale (Penelope Ann Miller).

Dimanche 4 février 2018

Horse Soldiers

horse soldiers affiche cliff and co

Bêtement réactionnaire et impérialiste, Horse Soldiers, sous Peter Berg en puissance, semble écrit par un joueur primitif de Call of Duty, avec des punchlines virilisées d’un autre temps et des scènes de guerre répétitives. Featuring un William Fichtner chauve, des Skittles et même Taylor Sheridan dans un petit rôle. C’est un film belliciste et dangereux. Comment peut on produire une daube pareille en 2018 ? Nicolai Fuglsig n’est même pas en capacité d’offrir une bonne topographie de ses scènes d’action, on ne comprend rien à qui se trouve où et qui veut aller où.

Lundi 5 février 2018

The Cloverfield Paradox

the cloverfield paradox affiche cliff and co

The Cloverfield Paradox est effectivement un film très moyen. Ni bon, ni mauvais, juste un produit édulcoré, sans âme, témoin de son époque, qui cherche à manger à toutes les sauces (Alien, Gravity, Interstellar, Cube2 … et donc la saga Cloverfield). C’est un film spatial ultra basique donc, fait de rebondissements tristement prévisibles et d’une intrigue insipide en pilotage auto, et en malus, un raccrochage de wagons à la saga Cloverfield via un arc terrestre superflu (qui sent les reshoots à plein nez). Il y a même un peu de Sunshine d’Alien La Résurrection et de Lost dans ce The Cloverfield Paradox mais le scénario est trop fragile, trop bancal. Il aurait fallu que les artisans de Bad Robot chapeautent le projet de plus près. L’ambiance Lostienne, évidente avec l’arc du personnage central interprété par Gugu Mbatha-Raw, est cool, mais c’est, hélas, du sous-Lost. C’est aussi trop peu rigoureux en termes techniques, et l’écriture manque de relief et de profondeur. Des scènes d’action ineptes, un jargon scientifique mal ou lourdement employé, plusieurs perso-fonctions interchangeables et/ou à la vacuité impressionnante. Au final il y a un gros gâchis de potentiel. Je pense que Paramount aurait dû préserver l’IP Cloverfield en vendant seulement le projet God’s Particle à Netflix, quitte à retoucher un peu le film en post-production. Ils se retrouvent un peu coincés avec la marque Cloverfield maintenant. C’est dommage que l’opération « pub » d’hier soir ne soit en définitive qu’une grossière sortie technique Paramount déguisée en événement par Netflix et que ce soit arrivé avec ce film là, alors qu’il y avait de quoi monter quelque chose de grand. La (probable) stratégie de Paramount, consistant, à travers une logique principalement commerciale, à éviter une déculottée critique tout en amortissant les frais de production, s’avère payante. Mais du côté de Netflix, rien n’est moins sûr par contre, disons que ce n’est pas avec ce film que la plateforme va se débarrasser de son étiquette ingrate de « poubelle des studios ». J’aime l’idée que Paramount/Netflix aient cherché à dynamiter les codes  » marketing » en innovant dans leur stratégie mais je doute que The Cloverfield Paradox soit un Game Changer, il l’aurait peut-être été si le film avait été incroyable. On verra comment est la réception critique (les premiers retours semblent mitigés outre Atlantique) et publique (le film va probablement fonctionner mais satisfera-t-il les abonnés Netflix ?). En tout cas, le rafistolage de God Particle (titre de départ) à la saga Cloverfield me semble encore plus précaire et superflu qu’avec 10 Cloverfield Lane (pour connaître l’ampleur des dégâts, il faudrait savoir à quel moment de la production cette idée est survenue ?). Il faudra aussi suivre de près la poursuite de l’entente Paramount/Netflix sur Overlord (estampillé  Cloverfield 4 il y a quelques jours si l’on en croit le site Deadline) après The Cloverfield Paradox.

Mardi 6 février 2018

Cinquante Nuances plus Claires

50 nuances plus claires affiche cliff and co

Cinquante Nuances plus Claires va toujours plus loin dans l’opulence, l’arrogance, le dédain, l’infect, la nocivité, la toxicité, la perversion. Abomination totale sur le couple et les enjeux amoureux. Et dire que la salle a applaudi à la fin.

Mercredi 7 février 2018

Empire State

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Empire State est le premier film de Dito Montiel que je découvre. J’aime le personnage central qui doute, mais ça reste un polar très basique dans son approche formelle et le traitement de son sujet. The Rock est ultra sous exploité, campant une version DTV basique de son rôle des Fast & Furious. C’est un choix de carrière tellement incompréhensible pour lui que ça en est à se demander s’il n’avait pas perdu un pari ou s’il ne devait pas un service au réalisateur. Et Liam Hemsworth a beau essayer très fort, il n’atteindra probablement jamais le charisme de son frère Chris.

Le 15h17 pour Paris

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Contre toute attente, c’est plutôt pas mal Le 15h17 pour Paris, exploration humaniste de l’héroïsme ordinaire qui sublime le quotidien et s’inscrit dans la continuité de Sully. Les 3 (non)acteurs américains sont excellents. Moins important que le diptyque Mémoires De Nos Pères / Lettres d’Iwo Jima, moins classieux que Sully … et probablement mineur dans la filmographie d’Eastwood mais cohérent avec ses dernières œuvres.

Revenge

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Vu Revenge de Coralie Fargeat : basique dans le fond, ne révolutionnant pas le genre et plombé par quelques invraisemblances, mais plutôt efficace dans la forme avec son esthétique soignée, son sound design bien travaillé et sa bonne tension. La tentative est honorable, avec quelques bonnes idées de mise en scène (notamment un jeu jouissif de set up / pay-off). Featuring une scène survitaminée qui sort tout droit de Ghost Rider 2 et une Matilda Lutz bien badass.

Vendredi 9 février 2018

Brigsby Bear

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Revu l’exceptionnel Brigsby Bear, dont la profondeur et la richesse du propos (sur le pouvoir fédérateur de la fiction, la construction identitaire par la fiction…) continuent de me fasciner, m’éblouir et m’émouvoir. Grand film qui sera à coup sûr dans mon top 10 annuel. L’idée qu’on puisse trouver sa propre vérité à travers la fiction, qu’on puisse se construire (développement/liens sociaux/expérimentations..) par ce biais, c’est un thème qui me touche beaucoup. Et l’ode résolument optimiste au communautarisme (sous toutes ses formes, jusque dans la célébration du financement participatif) fait son petit effet. J’avais pas capté la première fois au ciné la troublante ressemblance physique entre Mark Hamill et Greg Kinnear dans le film, comme pour complémenter l’apport des pères substitutifs de James. Le fait qu’on ait du mal à « dater » Kyle Mooney (difficile en effet de lui donner un âge au départ) contribue à renforcer l’intensité du drame présent en arrière-plan (traumatisme/résilience). La réflexion sur la création est drôle, méta, émouvante et profonde, allant toucher les spectateurs-wannabe artistes dans leurs aspirations et leurs désirs.

Samedi 10 février 2018

There Will be Blood

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Le choix du muet, les premières notes musicales stridentes et inquiétantes, l’or noir tendue vers les cieux par un Daniel Day-Lewis quasi possédé, le côté mystique … l’ouverture de There Will Be Blood est accrocheuse et fascinante. Film toujours aussi magistral, cruel et magnifique qui traite de la famille, de la religion, du rêve américain et de la crise économique avec intelligence et finesse. Il se profile comme une évocation virulente du rêve us (l’appât du gain constant et la jalousie maladive) et de l’individualisme (self-made man qui échoue). La réalisation et la BO sont puissantes et la performance de Day-Lewis est totalement habitée. Les hommes se consument comme le pétrole dans le film et la dernière demi-heure est follement intense. Daniel Day-Lewis y incarne une sorte de Méphistophélès pour lequel concernant la voix il a confie s’être inspiré du timbre de celle de John Huston dans Chinatown. Nolan et Tom Hardy ont peut-être soutenu les mêmes références pour la voix de Bane dans The Dark Knight Rises. Le duel père-fils du dernier acte est ahurissant, mélange de cruauté misanthrope et de dérèglement humain. PTA joue à fond sur la représentation collective des mythes américains et sur le pouvoir évocateur de ses images; un certain nombre de plans restent d’ailleurs facilement en mémoire.

Dimanche 11 février 2018

Million Dollar Baby

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Revu Million Dollar Baby, toujours problématique pour moi. En dépit d’une photo somptueuse, jouant pertinemment sur l’ombre et la lumière, en dépit d’une Hilary Swank au top, de thèmes bien traités (trauma, vieillesse, relation père-fille, rédemption grâce à la religion, culpabilité…), en dépit d’une écriture plutôt fine et d’une réalisation carrée, en dépit de tout ça, je reste peu convaincu par le récit, voulu poignant, mais qui ne m’embarque jamais, ne me transporte pas comme il le devrait (sans que je sache réellement expliquer pourquoi). J’aime toutefois la manière dont Clint Eastwood dresse son mélodrame (sur la construction d’une relation père-fille inévitablement mise à mal par la suite), déguisé en (faux) film de boxe. Je me faisais la réflexion par ailleurs que si le coach Frankie avait eu un passif de dépendance à l’alcool dans Million Dollar Baby, il aurait été un personnage typiquement Zemeckisien. C’est sûr que le travail de Stern sur la lumière est prodigieux dans Million Dollar Baby, contribuant à la construction des personnages et à l’évolution de leurs rapports (intimes ou distants)

Le Labyrinthe: Le Remède Mortel

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Très honorable conclusion d’une modeste saga, Le Labyrinthe : Le Remède Mortel tire profit de chaque dollar du budget alloué à travers de solides scènes d’action, qui ont plutôt de la gueule, et un récit efficace à défaut d’être réellement original. Si Wes Ball avait emprunté la scène de la vitre qui se craquelle de Jurassic Park 2, il pioche cette fois dans le premier volet en reprenant la séquence palpitante des raptors qui font irruption dans la cuisine. Le film a beau duré 2h21, je n’ai pas vu le temps passer, c’est diablement bien rythmé et prenant, même si les rebondissements restent archi prévisibles. La scène d’action d’ouverture ressemble à celle de Fast Five, et le morceau de bravoure avant le dernier acte reprend un gimmick de … Opération Espadon de Dominic Sena.

Cinéfils #4 à lire ici

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