Critiques Cinéma

BUG (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

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SYNOPSIS: Agnès vit seule dans un motel désert. Elle est hantée par le souvenir de son enfant, kidnappé plusieurs années auparavant, et redoute la visite de son ex-mari, Jerry, un homme violent récemment sorti de prison. Dans cet univers coupé du monde, Agnès s’attache peu à peu à un vagabond excentrique, Peter. Leur relation tourne au cauchemar lorsqu’ils découvrent de mystérieux insectes capables de s’introduire sous la peau. Ensemble, ils vont devoir découvrir s’il s’agit d’une folie partagée ou d’un secret d’Etat… 

Capter ce qui se passe dans la tête d’une personne rongée de l’intérieur par ses peurs, envahie par des montées d’angoisses incontrôlables qui finissent par altérer sa perception de la réalité, impose à un metteur en scène de représenter, nous faire ressentir, ce qui échappe à notre raison et ne peut donc se transmettre par les seuls dialogues d’un personnage, que l’on ne percevrait que comme « dérangé », hors de notre réalité, si la mise en scène n’est pas elle même contaminée par sa paranoïa. Pour ne pas rester spectateur d’un tel récit et ne pas avoir le sentiment d’assister à un « freak show » malgré tout le mal que pourra se donner l’acteur interprétant un tel personnage, il faut que le film nous bouscule, trouble nos repères, crée un malaise de nature à nous faire lâcher prise. Avant d’adapter la pièce éponyme de Tracy Letts, William Friedkin avait déjà brillamment évité tous les pièges du « freak show » dans lequel aurait pu tomber l’Exorciste et n’a cessé de mettre en scène des personnages habités, évoluant parfois aux frontières de la folie, prêts à tout sacrifier pour mener à bien une quête qui confine à l’obsession (Popeye dans French Connection, Jackie Scanlon dans Sorcerer, Steve Burns dans Cruising, Richard Chance dans Police Federale Los Angeles). Lui-même passionné et excessif (en atteste sa biographie et les anecdotes sur ses tournages), il a pour ces personnages, qu’il perçoit proche de lui, une affection particulière qui lui permet de les représenter avec beaucoup de justesse.

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On comprend donc parfaitement ce qui a pu lui donner l’envie d’adapter la pièce de Tracy Letts après avoir assisté à l’une de ses représentations, dans laquelle Michael Shannon interprétait déjà le rôle de cet homme (Peter) consumé de l’intérieur par une paranoïa extrême qui va contaminer progressivement et insidieusement sa compagne. Bug est un récit sur la paranoïa d’un homme dont les dernières digues, lui évitant jusqu’alors de perdre définitivement contact avec le monde réel, cèdent une à une sous nos yeux. Mais c’est aussi le récit d’une relation toxique, d’une femme fragilisée par une séparation douloureuse et la perte d’un enfant qui va se perdre dans les méandres de l’esprit malade de celui qui va entrer dans sa vie au moment où celle ci perdait sens et saveur. C’est là que Bug fait preuve d’une redoutable efficacité et dépasse le cadre du film sur la maladie mentale de son personnage. Par le personnage d’Agnès (Ahsley Judd), comme par sa mise en scène, il nous implique dans le  processus de dégradation mentale de Peter qui, tel un poison, se diffuse dans la mise en scène de Friedkin et dans l’esprit jusque là sain d’une personnalité fragile.

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Friedkin nous enferme dans la chambre de ce motel pour un huis clos qui flirte avec le fantastique et le body horror. N’étant pas réputé pour faire dans la demie mesure, le metteur en scène de L’Exorciste ne reste pas aux portes de la folie de son personnage, pour l’observer pudiquement par la fenêtre. Il entre dans son esprit malade et nous installe au milieu d’une chambre dans laquelle ce couple finit par s’isoler du monde, se disloquer mentalement jusqu’à s’infliger des sévices  qui feraient frisonner Pinhead (Hellraiser) de plaisir. Dans ses excès complètement assumés et, à nos yeux, justifiés, Bug évolue sur un fil très fragile sans toutefois perdre l’équilibre grâce au soin pris par le scénario, comme par Friedkin, pour rendre « crédible » et contagieuse cette descente en chute libre dans la folie. C’est là une recette éprouvée dans le cinéma de genre: contaminer le réel, prolonger le plus possible la suspension d’incrédulité du spectateur.

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La folie de Peter n’est pas donnée pour acquise dès le début du récit où il apparaît comme un marginal, un peu perturbé certes, mais suffisamment stable émotionnellement pour qu’Agnès accepte de l’héberger et voit rapidement en lui celui qui pourra l’extraire de sa solitude. A mesure que son obsession pour les insectes se mue en paranoïa, Friedkin distille le poison de la folie dans sa mise en scène, en s’appuyant notamment beaucoup sur sa bande son (bruitage d’hélicoptère matérialisant la peur d’une intervention de l’armée pour venir le récupérer, bruitage d’insectes de plus en plus présent en fond sonore). Peter est prisonnier de sa folie et le spectateur, comme Agnès , se trouve enfermé entre ces 4 murs, comme prisoenfermés dans un esprit malade. On ne sait que peu de choses sur Peter qui pourraient nous permettre de comprendre l’origine du mal, d’identifier un trauma probablement survenu alors qu’il était soldat, bien qu’il soit possible de s’interroger sur sa santé mentale avant son incorporation. Friedkin ne creuse pas particulièrement cette thématique qui aurait fait de Bug un cousin hard core du chef-d’oeuvre d’Adrian Lyne (L’Echelle de Jacob, 1990), le sous texte politique l’intéresse moins que l’observation de la progression du mal et son mécanisme de transmission sur une personnalité fragile.

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Le spectateur est ici convié à une expérience traumatisante et éreintante, libre de voir dans le portrait de cet homme, un discours sur l’armée américaine et les soldats atteints d’un syndrome post traumatique, ou de simplement y voir un très brillant exercice de style, dans la lignée de celui auxquels se livrèrent Lodge Kerrigan (Clean/Shaven, 1993) ou Gerald Kargl (Schizophrenia, 1983). Michael Shannon est véritablement possédé par son rôle, comme Peter Green ou Erwin Leder. D’abord intriguant, puis dérangeant et enfin vraiment effrayant lorsqu’il part dans des monologues paranoïaques sans fin, les yeux fous, entraînant dans son sillage une Agnès paumée dont toutes les blessures (la disparition mystérieuse de son fils, sa misère affective) sont ainsi mises à nues. Le voir convulser, se frapper, se taillader est encore plus perturbant que voir le démon prendre le contrôle du corps de Regan (l’Exorciste). Le mal est plus insidieux, se glisse sous la peau, s’empare de votre esprit, se transmet et ne se guérit pas par l’intervention d’un prêtre.  La peur de sombrer dans la folie suite à un événement traumatique ou une mauvaise rencontre avec une personnalité toxique est plus prégnante que celle de se retrouver aux prises avec le démon. Le démon de Bug est le même que celui du livre de Hubert Selby Jr (Le Démon, 1976), il sommeille en nous et se nourrit des blessures, frustrations, accidents de la vie pour, un jour peut être, prendre le contrôle de son hôte.

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Titre Original: BUG

Réalisé par: William Friedkin

Casting : Michael Shannon, Ashley Judd, Harry Connick Jr ….

Genre: Drame, Horreur

Sortie le: 21 février 2007

Distribué par: Metropolitan FilmExport

4,5 STARS TOP NIVEAU

TOP NIVEAU

 

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