Critiques Cinéma

GOOD TIME (Critique)

 

4 STARS EXCELLENT

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SYNOPSIS:  Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté.
Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline.

Au moment de découvrir le 4ème film des frères Safdie, il est absolument impossible à l’auteur de ces lignes de ne pas avoir à l’esprit et ressentir dans sa chair le choc de chacune des visions de leur précédent film,  Heaven Knows What (Made Love In New York), portrait déchirant  et sous influence (Cassavetes, Schatzberg) d’une jeune junkie consumée par ses addictions et un amour toxique pour lequel elle est prête à mourir. Dans le paysage qui tend à s’uniformiser du cinéma indépendant américain, les frères Safdie ont un regard sur leurs personnages et leur époque, un style électrisant qui les rend incontournables. Au delà de la révélation du talent de leurs metteurs en scène, Heaven Knows What avait révélé Arielle Holmes (le film est tiré de ses mémoires  Mad Love In New York City que Josh Safdie, bouleversé par son histoire, l’a incité à écrire) mais aussi Buddy Duress (lui aussi ancien toxicomane) que l’on retrouve avec un immense plaisir et beaucoup d’émotion au casting de Good Time.

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Disons le tout de suite si Good Time partage avec Heaven Knows What son goût  pour les personnages marginaux et fragilisés, les deux films émettent sur des fréquences différentes. Good Time est un pur shot d’adrénaline, une plongée électrisante dans la nuit New-Yorkaise, à travers un récit de braquage et de fuite condensé sur 24 heures. Pour bien apprécier Good Time, il faut même arriver à s’affranchir du souvenir d’Heaven Knows What. Oubliés Cassavetes et Schatzberg, ici les références sont plutôt à chercher du côté des années 80 et notamment d’After Hours (voire et la référence est certes moins prestigieuse de Recherche Susan Désespérément). Ce récit condensé, riche en rebondissements incessants et en rencontres improbables, embarquant avec lui de nouveaux personnages, au fil de la nuit et des mésaventures de son personnage principal, a une énergie et une excentricité qui le rapproche en effet de ces références.

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Connie (Robert Pattinson) est un anti-héros, un bras cassé au grand coeur et tout ce qu’il entreprend a pour but d’offrir une meilleure vie à  son frère handicapé mental, dont la première scène nous fait comprendre qu’il ne pourrait trouver sa place dans une. On retrouve une thématique chère aux frères Safdie qui dans leurs précédents films traitaient déjà du sacrifice que l’on peut faire pour les êtres qui nous sont chers et de leurs conséquences. Good Time lorgne d’abord du côté du polar urbain des années 70 et l’on pense notamment à Un Après-Midi de Chien, avec cet attelage entre un personnage qui s’improvise braqueur pour une noble cause (Connie veut aider son frère, Sonny veut offrir une opération à son amant) et un personnage plus lunaire dont la destination rêvée une fois le braquage commis peut prêter à sourire. Nick (Ben Safdie) rêve en effet de s’installer dans une ferme en Virginie, comme lui a promis Connie, quand Sal (John Cazale) répondait à Sonny qu’il rêverait de partir dans le Wyoming (« Is there any special country you wanna go to? » « Wyoming »).  Les masques très étranges qu’ils portent pendant ce braquage font quant à eux penser à ceux que portaient les personnages du très barré Trash Humpers d’Harmony Korine. On découvre les frères Safdie très à l’aise dans cet exercice, tout en conservant leur propre style, la scène de braquage puis la fuite étant filmée au plus près de ses personnages. Leur méfait commis , les deux frères n’étant pas des professionnels, ils enchaînent les déconvenues, filmées avec une énergie communicative, jusqu’à ce que Nick se retrouve à Rickers Island ouvrant là un nouveau chapitre du film qui se transforme en film noir survitaminé, maladroit parfois et souvent décalé, enveloppé par la musique de Oneohtrix Point Never  très présente et un mixage sonore volontairement agressif.

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Grâce au superbe travail de Sean Price Williams (le film est tourné en 35 mm) qui fut déjà leur directeur de la photographie sur Heaven Knows What, les frères Safdie nous entraînent dans une nuit New-Yorkaise organique, dans laquelle se reflète la lumière colorée des néons, qui ne semble devoir jamais se terminer et transforme la course contre la montre de Connie en cauchemar éveillé à la After Hours (Martin Scorsese). On découvre alors des facettes moins glorieuses de Connie qui se révèle capable de violences, de mensonges et de manipulation, mue par la seule volonté de réunir une somme d’argent pour payer la caution de son frère. Si l’on a suivi de façon un peu distante la carrière de Robert Pattinson, on sera extrêmement surpris de voir toute la  palette de son jeu qui nous permet de rester en empathie avec Connie quels que soient les moyens qu’il utilise pour arriver à ses fins. Il n’explose donc pas dans ce rôle mais livre une prestation impressionnante qui confirme tout le bien que l’on pense de lui depuis qu’il a entrepris de construire sa carrière avec le même flair et la même intelligence que le fit Johnny Depp en son temps, lorsqu’il devait lui aussi se décoller l’image d’un acteur à minettes. L’énergie du film ne retombe jamais et l’on accueille avec bienveillance les rebondissements même les plus farfelus et le sentiment un peu brouillon que laisse par instant le film, comme fragilisé par sa trop grande énergie. Lancé à pleine vitesse, le récit embarque une galerie de personnages improbables, notamment Jennifer Jason Leigh (qui interprète avec un plaisir visible la copine fortunée et naïve de Connie), Barkhad Abdi (Dash, un gardien de parc d’attractions), Taliah Webster (Crystal) et surtout le fantastique Buddy Duress, inoubliable interprète de Mike dans Heaven Knows What. Il apporte son mélange de sensibilité et de folie, de fragilité et de violence, faisant de Ray un personnage complètement décalé et fascinant. Pour autant, Good Time ne devient pas qu’un objet fun et barré, délicieusement coloré et porté par une des meilleures bandes sons de l’année, il ménage quelques surprises en cours de route. Sa la poignante conclusion vient par ailleurs confirmer que les frères Safdie s’ils expérimentent beaucoup, ont un style et un propos bien à eux qu’ils n’entendent pas renier.

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Titre Original: GOOD TIME

Réalisé par: Ben Safdie et Joshua Safdie

Casting : Robert Pattinson, Jennifer Jason Leigh, Barkhad Abdi

Genre: Policier, Drame

Date de sortie : 11 octobre 2017

Distribué par: Ad Vitam

4 STARS EXCELLENTEXCELLENT

 

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