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JOURNAL DE BORD CANNES 2017, Saison 4 Épisode 11

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Festival de Cannes 2017, Saison 4 épisode 11

Au petit matin de l’avant-dernier jour, c’est D’après une histoire vraie, le nouveau Roman Polanski, qui est présenté hors compétition au festival, comme pour éviter un nouveau scandale après la polémique des César. Son nouveau film n’est autre qu’une adaptation par Olivier Assayas et lui-même du best-seller éponyme de Delphine de Vigan.

2,5 STARS MOYEN

affiche d'apres une histoire vraie cliff

SYNOPSIS: Delphine est l’auteur d’un roman intime et consacré à sa mère devenu best-seller. Déjà éreintée par les sollicitations multiples et fragilisée par le souvenir, Delphine est bientôt tourmentée par des lettres anonymes l’accusant d’avoir livré sa famille en pâture au public. La romancière est en panne, tétanisée à l’idée de devoir se remettre à écrire. Son chemin croise alors celui de Elle. La jeune femme est séduisante, intelligente, intuitive. Elle comprend Delphine mieux que personne. Delphine s’attache à Elle, se confie, s’abandonne. Alors qu’Elle s’installe à demeure chez la romancière, leur amitié prend une tournure inquiétante. Est-elle venue combler un vide ou lui voler sa vie ?

Le postulat ? Après la parution de son dernier roman, Delphine, une écrivain notoire, a cessé d’écrire. Ce mutisme vient d’une fragilité qui se trouve amplifiée par des lettres anonymes l’accusant d’avoir blessé sa famille à travers son précédent livre. Une femme nommée « L » surgit alors dans sa vie. Et bientôt, L prend la main pour que l’auteure écrive le roman qu’elle veut lire, même si cela doit faire du mal à certains. Elle commence à brider la romancière, qui se laisse faire, et exploite alors sa fragilité, la coupant de tous ses proches et de ses lecteurs jusqu’à prendre sa place. Dans le rôle de Delphine, Emmanuelle Seigner. Dans la peau de L, la française Eva Green.  Rencontre inégale quoiqu’ intéressante entre son propre Ghost Writer, le Misery de Rob Reiner et Swimming Pool d’Ozon. Voilà comment on pourrait résumer, en quelques mots, le nouveau Polanski.

D’après une histoire vraie est en effet un film plutôt mineur pour le réalisateur franco-polonais, qui lui permet seulement d’offrir, avec 2 ou 3 degrés de lecture possibles, un thriller miroir et méta à son Ghost Writer. En s’attardant sur quelques thèmes et motifs qui lui sont chers, comme la figure du double (dans la diégèse et de manière extra-diégétique), le fameux syndrome de la page blanche, et ce qui peut provoquer l’inspiration chez une romancière en « panne », Polanski renoue avec ses chimères d’antan, brouille les pistes et invite le spectateur, parfois finement, parfois assez lourdement, à interpréter quantité de signes, d’indices et de symboles pour délivrer in finale un propos attirant sur l’identité, les affres du processus créatif et la confusion toujours frappante entre réel et fiction. Roman Polanski manque hélas cruellement d’ambiguïté, d’ironie trouble et d’anxiété diffuse pour convaincre pleinement dans sa réflexion, mais sa tentative reste curieuse par moments, notamment par l’inquiétante étrangeté et le sentiment d’oppression qu’elle suscite parfois, rappelant alors ses premiers chefs d’œuvre (Le Locataire et Rosemary’s Baby).

Si D’après une histoire vraie manque un peu le coche, c’est aussi faute à des interprétations très inégales. Emmanuelle Seigner est vraiment catastrophique, à la fois mal dirigée – surjouant l’impuissance de Delphine – et complètement miscastée en romancière à succès (on y croit pas une seconde!), tandis que de son côté, Eva Green s’avère un peu plus convaincante, irradiant l’écran de sa beauté fascinante et tirant son épingle du jeu avec des scènes d’une cocasserie surprenante, même si son personnage pâtit hélas d’une écriture caricaturale et creuse. Mauvaise surprise également côté mise en scène : s’il fait illusion au départ avec son ambiance travaillée, D’après une histoire vraie s’avère par la suite formellement décevant, avec son image terne assez moche, son rythme en dents en scie, son découpage inadapté, ses effets spéciaux qui frisent le grotesque (le jaillissement du visage d’Eva Green depuis une page Facebook), sa composition musicale dispensable (Alexandre Desplat en pilotage automatique) et ses quelques scènes totalement ringardes et risibles (les cauchemars de l’héroïne atrocement filmés). Incompréhensible au regard de la carrière de Polanski !

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Suite du programme avec le rattrapage de Bushwick, second film du duo Cary Murnion et Jonathan Milott après le succès de Cooties, petit film d’horreur produit par Elijah Wood. Film d’action financé en totalité par Netflix, Bushwick a divisé la croisette lors de sa projection à la Quinzaine des Réalisateurs.

2 STARS PAS GENIAL

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SYNOPSIS: En sortant du métro pour se rendre chez sa grand-mère avec son petit-ami, Lucy (Brittany Snow) se retrouve dans les rues de Bushwick, un quartier de Brooklyn, plongé dans un véritable bain de sang. Dans un contexte de schisme avec l’Union, des milices texanes envahissent en effet NYC pour en faire leur base d’opérations sur la Côte Est et s’en servir d’outil de négociations. Face à ce chaos, Lucy se réfugie dans le sous-sol de Stupe (Dave Bautista), un robuste vétéran, qui l’aide à traverser, à contre-coeur, les quelques rues de Bushwick. Bémol de l’affaire ? Le bloc, composé en majeure partie de minorités, se révolte et commence à flinguer à tout va. Lucy & Stupe tentent alors de se frayer un chemin en pleine guerre civile pour survivre.

Situé quelque part entre le mauvais remake de L’Aube Rouge par Dan Bradley et la saga The Purge de James DeMonaco, Bushwick est un film-concept aux fausses bonnes idées (l’enchaînement de plusieurs plans-séquences successifs pour filmer l’action), qui devient hélas rapidement complaisant à l’égard de l’ultra violence qu’il prétend dénoncer au fur et à mesure qu’il progresse. Son désir de délivrer un message de sensibilisation sur l’oppression des communautés les plus défavorisées réalisée par les blancs privilégiés du gouvernement doublée d’une charge acerbe contre la politique actuelle des USA est tout à fait louable, mais Buchwick traite tellement salement les minorités dans le film qu’on se demande bien quelles étaient finalement les réelles motivations des réalisateurs ?

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Ajoutez à cela un budget mal ajusté aux ambitions affichées, responsable de SFX parfois assez hideux (effets de flamme et explosions), ainsi qu’une mise en scène souvent incohérente – on devine toujours les coupes des plans-séquences et on a du mal à percevoir la spatialisation de l’action – et vous obtiendrez une authentique déception. Reste Dave Bautista, dont la prestation subtile et étonnante en ex-Marine, convainc et nous ferait presque oublier les vilains défauts du métrage.

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Enfin, séance spéciale au Cinéma de La Plage avec la projection d’Un 32 Août sur Terre, premier film réalisé en solo de Denis Villeneuve (le québécois qui a conquis Hollywood en un temps record) et présenté par Pascale Bussières, sa comédienne principale.

Romance lunaire singulière, Un 32 Août Sur Terre est imparfait mais possède en son sein les prémices de ce qui fera le sel du cinéma de Denis Villeneuve : scénario simple mais à l’écriture carrée et propre, discours incarné sur la maternité, puissance formelle et émotionnelle démentielle.

Une œuvre à découvrir !

 

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