Critiques Cinéma

120 BATTEMENTS PAR MINUTE (Critique)

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120 bpm cliff afficheSYNOPSIS: Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale.
Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.

Sélectionné pour la première fois au festival de Cannes, Robin Campillo, qui avait reçu un prix à la Mostra de Venise 2013 pour son précédent film (Eastern Boy), réveille la croisette et les consciences avec un film éminemment politique, une tragédie comme le cinéma français nous en offre très peu. Qu’ils traitent le sujet métaphoriquement comme Mauvais Sang de Leos Carax , frontalement comme Les Témoins d’André Téchiné ou d’une façon volontairement provocante et polémique comme  Les Nuits Fauves  de Cyril Collard, les films français traitant du SIDA sont assez peu nombreux pour que la présentation de 120 Battements Par Minute soit un petit événement.  Le film de Robin Campillo réussit le miracle de concilier le collectif et l’intime, l’urgence et l’émotion, de saisir avec la même acuité le zeitgest de son époque (le début des années 90 et la lutte contre une maladie dont on prononce encore le nom du bout des lèvres) et la psyché de ses personnages. Romantique et politique à la fois, 120 Battements par Minute est de ces grands films dont on ressort bouleversé, en ayant le sentiment qu’il fera de nous une meilleure personne, plus consciente des problèmes de notre société , plus attentive aux autres.

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Le prologue nous plonge directement au coeur de l’action, des enjeux de la lutte de ces militants d’act up que l’on découvre derrière un rideau, sur le point de rentrer sur la scène et d’interrompre une conférence de l’Association Française de Lutte contre le Sida. Le combat de ces hommes et femmes, aux profils divers, séronégatifs, séropositifs et parfois même à un stade très avancé de la maladie, est  de ceux dont on sait qu’ils seront longs et d’abord incompris ou au mieux reçus avec indifférence. Il s’agit d’exister aux yeux du grand public, jusque là endormi par des pouvoirs publics qui n’ont pas pris la mesure de l’ampleur de l’épidémie qui est en train de faucher une partie de sa jeunesse. Campillo qui fut le scénariste d’Entre les Murs de Laurent Cantet, opte pour un dispositif proche du documentaire pour capter ces actions militantes puis les débats qui suivent lors des réunions hebdomadaires qu’organise Act Up pour parler de ses actions récentes et envisager les prochaines. Dans ces réunions, la parole est libre et le débat parfois très vif entre des militants qui s’accordent sur la lutte mais peuvent se diviser sur les moyens. Campillo réussit à trouver le regard et le ton justes pour que le spectateur se sente complètement impliqué dans ces débats posant des questions essentielles comme celles de la légitimité d’une certaine forme de violence pour parvenir à ses fins, l’articulation entre le dialogue et la lutte avec les pouvoirs publics et les grands groupes pharmaceutiques …  Dans ce dispositif, le tempérament d’Adèle Haenel crève immédiatement l’écran, ses prises de parole enflammées, son regard enfiévré abolissent la frontière entre fiction et documentaire. Comme tous les autres acteurs de ce film, mais c’est sans doute pour elle que le défi était le plus grand, elle s’efface totalement derrière un rôle qu’elle fait sien et dans lequel elle met ses tripes et ses valeurs. Ces réunions hebdomadaires sont le dispositif central du film, le rythmant, apportant un contrepoint et un éclairage aux différentes actions que Campillo met en scène avec la même « urgence  » documentaire (au siège d’un grand laboratoire, dans une école …). Elles permettent  également d’introduire progressivement les personnages du film qui se définissent d’abord par leur lutte, qu’ils soient directement touchés ou non par la maladie.

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Le collectif prime sur l’intime et c’est progressivement que Campillo va resserrer ce cadre sur ses personnages et même introduire du romantisme et de la tragédie. A mesure que le récit avance il se concentre sur les destins individuels et en particulier celui de Sean (Nahuel Pérez Biscayart) , un des premiers militants d’Act Up, membre de la commission des prisons, atteint du VIH, dont la joie de vivre et l’énergie impressionnent.  Son destin rencontre celui de Nathan (Arnaud Valois), nouveau militant, séronégatif, qui est dans la même position que le spectateur. D’abord totalement investi pour les autres, au service du collectif dans un combat pour une cause qui dépasse son propre sort, puis touché dans sa chair, confronté à la maladie de celui qu’il aime. Dans la sensualité dans une longue, très dialoguée et très belle scène de sexe, comme dans la radicalité la plus crue face à la maladie, Campillo fait preuve d’un engagement qui force l’admiration. Il nous a d’abord documenté, intéressé et éveillé notre conscience pour ensuite mieux nous faucher, comme Nathan et Sean, nous confronter intimement au VIH, avec une radicalité extrêmement impressionnante et jusqu’au boutiste, très rarement vue dans le cinéma français, qui ferait presque passer Philadelphia (Jonathan Demme) pour un  drame édulcoré. La mécanique bien qu’assez visible n’en est pas moins redoutablement efficace, justement parce que si l’intention se devinait, Campillo nous rattrape par le col et n’édulcore, ne concède rien quand il s’agit d’aller au bout de son propos et de son récit. Sans musique, dans de longues scènes qui peuvent rappeler le dispositif d’Haneke dans Amour (mais avec l’humanité en plus, le film d’Haneke étant, à nos yeux, juste froid comme la mort), 120 Battements par Minute nous cloue au siège, nous pousse à ne pas détourner les yeux, à ressentir viscéralement, ce qu’est cette maladie. Implacable mécanique, éprouvant dispositif, que certains jugeront et leur avis est recevable, un peu lourd, mais impressionnant et sûrement nécessaire. 120 Battements par Minute nous fait vivre en quelques 135 minutes, une expérience qui vaut tous les éloges et rend même, soyons sincères, très compliqué de garder une distance critique suffisante, tant on en sort chamboulé.

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Titre Original: 120 BATTEMENTS PAR MINUTE

Réalisé par:  Robin Campillo

Casting :  Adèle Haenel, Arnaud Valois, Nahuel Perez Biscayart

Genre: Drame

Date de sortie : 23 août 2017

Distribué par: Memento Films Distribution

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EXCELLENT

 

 

 
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