Critiques Cinéma

THE WITCH (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

the witch

SYNOPSIS: 1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…

Chaque année, le festival de Sundance a le mérite de mettre sous les projecteurs des films qui , pour certains, seront parmi les plus belles réussites de l’année, révélant des réalisateurs appelés à une brillante et passionnante carrière. Pour ne citer que les plus récents, on pense à Damien Chazelle (Whiplash), Benh Zeitlin (Beasts of the Southern Wild), Ryan Coogler (Fruitvale Station), Shane Carruth (Primer), Kenneth Lonnergan (You can count on me). The Witch et son réalisateur Robert Eggers auront sans conteste été les grandes révélations de l’édition 2015 qui leur décerna le prix de la mise en scène. Ne cessant depuis de faire parler de lui, notamment au festival de Gerardmer, il n’a en rien usurpé son excellente réputation. The witch s’avance comme un film d’horreur ayant pour cadre la sorcellerie mais s’avère heureusement bien plus complexe et intéressant que cela. Ne vous attendez pas au folklore habituel et à la recette classique d’un film où le « boogeyman » serait une sorcière poursuivant un à un les membres d’une brave famille de colons. La menace ne vient pas de l’extérieur, de cette forêt dans laquelle il ne faut pas s’aventurer et des sorcières qui y roderaient. Cette menace qui va se transformer en cauchemar, vient du puritanisme ou plutôt du fondamentalisme religieux qui pèse comme une chape de plomb sur la nouvelle Angleterre du 17ème siècle. Le récit a en effet pour cadre cette période durant laquelle se sont tenus de grands procès en sorcellerie, dont le plus célèbre d’entre eux, celui des sorcières de Salem (sujet de The crucible, pièce du grand Arthur Miller, dont les adaptations au cinéma n’ont malheureusement pas laissé un grand souvenir).

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Le film s’ouvre sur un bannissement, une excommunication, celle de ce père et de sa famille, sommés de quitter la plantation au sein de laquelle il vivait et travaillait, en raison d’une foi et de pratiques religieuses contraires aux lois de la Nouvelle Angleterre (Common Law). Sous le regard inquisiteur de l’assistance (on pense à la fameuse scène d’Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick, où Tom Cruise/Bill Hartford est démasqué), William (Ralph Ineson), de sa voix caverneuse, refuse de se plier aux règles qu’on veut lui imposer et accepte volontiers la sanction de ce « jury ». Le décor est ainsi posé dès cette magnifique première scène qui marque également les esprits par sa perfection formelle. L’expérience de Robert Eggers dans la création de costumes et de décors pour le théâtre se ressent dans un souci du détail qui confine presque à l’obsessionnel et qui, pour un premier film, avec un budget aussi modeste, est absolument exceptionnel. La même attention a été portée aux dialogues qui sont écrits dans « la langue » de l’époque, sans que cela ne nuise à leur compréhension.

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Si The Witch embrasse le genre avec une grande efficacité, il traite aussi du fondamentalisme religieux, de la façon dont il gangrène les sociétés, s’insinue dans les esprits des individus, qui pensent que tout ce qui leur arrive émane d’une forme de justice divine récompensant ou punissant leurs actions. L’équilibre de cette famille, contrainte de s’installer à la lisière d’une forêt, dans une cabane isolée, est d’abord menacé par la sexualité naissante de leur fille, Thomasin (Anya Taylor-Joy), et le trouble que cela provoque chez son petit frère Caleb (Harvey Scrimshaw). Le danger vient autant de « l’intérieur », du poison pour les consciences de ce fondamentalisme religieux, que de « l’extérieur » et de ces sorcières qui sont avant tout une projection de nos peurs et de nos fantasmes. Cela crée une tension et un malaise que Robert Eggers parvient à maintenir pendant tout le film. La menace n’étant jamais clairement identifiée, il arrive ainsi à nous faire frissonner avec le plan d’un lapin regardant fixement Caleb et son père. On se demande s’il s’agit il d’un tour de la sorcière rodant dans la forêt ou si notre peur n’est pas en train de nous faire fantasmer et délirer. On s’interroge aussi sur « black philip » ce bouc noir qui semblent avoir une bien étrange « influence » sur Jonas (Lucas Dawson) et Mercy (Ellie Grainger). On est plongé dans le film et dans ce récit qui nous enveloppent, nous emprisonnent comme dans un cauchemar qui ne nous laisse aucun répit. La claustrophobie et l’angoisse ressenties sont accentuées par la bande originale composée par Mark Korven qui est la plus dérangeante et la plus terrifiante qu’on ait pu entendre depuis une éternité. S’inscrivant dans la démarche de Robert Eggers, les instruments utilisés produisent un son collant parfaitement à cette époque, il s’agit principalement d’instruments à corde notamment une nickelharpa et un violoncelle. Quant aux chœurs qui font penser à des incantations satanistes, ils glacent le sang.

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La réussite de The Witch repose donc sur un travail formel totalement bluffant et sur une intelligence d’écriture que l’on ne rencontre que très rarement dans le genre, encore plus dans un premier film. Robert Eggers revient aux vieilles recettes d’un cinéma qui s’attache d’abord à son cadre et aux enjeux traversant le récit et motivant les personnages, plutôt que de chercher à faire sursauter ou crier autour de quelques scènes chocs et effets gores. Un grand film d’horreur n’est pas celui qui vous fera le plus crier pendant la séance mais celui qui aura réussi à s’immiscer dans votre inconscient, qui vous laissera dans un profond état de malaise à la fin de la séance et reviendra vous hanter pendant votre sommeil. Sans passer pour un hérétique, vous pourrez ranger The Witch sur la même étagère que des classiques comme The Omen, L’exorciste et Suspiria. C’est dire si The Witch est une formidable et glaçante réussite.

the witch

Titre Original: THE WITCH

Réalisé par: Robert Eggers

Casting :  Anya Taylor Joy, Ralph Ineson, Kate Dickie,

Harvey Scrimshaw, Ellie Grainger, Lucas Dawson…

Genre: Epouvante-Horreur

Sortie le: 15 juin 2016

Distribué par: Universal Pictures International France

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