Critiques Cinéma

RAISON ET SENTIMENTS (Critique)

SYNOPSIS : Après la mort de son mari, Mme Dashwood et ses trois filles, toujours célibataires, se retrouvent dans une situation précaire. En effet, elles sont privées d’héritage puisque le domaine familial, Norland Park, revient de droit à John, fils de M. Dashwood issu d’un précédent mariage. La veuve et ses trois filles, Elinor, Marianne et Margaret n’ont d’autre choix que de quitter la région et de s’installer dans le modeste Barton Cottage. Un changement particulièrement douloureux pour Elinor, l’aînée, qui, bien malgré elle, s’est éprise du fringant et stoïque Edward Ferrars, beau-frère de John, venu récemment leur rendre visite à Norland. Marianne tente de consoler sa sœur du mieux qu’elle peut, mais elle fait à son tour une rencontre des plus inattendues avec le séduisant – et célibataire – John Willoughby. Et bien que les deux jeunes gens tombent follement amoureux l’un de l’autre, Elinor redoute que Marianne soit trop impulsive et néglige ainsi le très droit colonel Brandon qui ne cache pas ses sentiments pour sa sœur. Face aux tumultes de l’amour, aux épreuves de la vie et aux injonctions de la société, Elinor, prudente et rationnelle, et Marianne, fougueuse et passionnée, s’affrontent souvent, comme seules deux sœurs peuvent le faire. Et pourtant, leurs liens inébranlables leur permettent de braver toutes les tempêtes et, surtout, d’espérer un avenir heureux…

La passion du public pour les romances en costume ravivée, il n’était qu’une question de temps avant que les plus gros classiques du catalogue de Jane Austen ne reviennent une énième fois sur nos écrans. 2026 en aura plusieurs au rendez-vous d’ailleurs : Orgueil et Préjugés (avec Emma Corrin et Jack Lowden) en mini-série sur Netflix en fin d’année, et Raison et Sentiments (dont il est question aujourd’hui) au cinéma avec Daisy Edgar-Jones, Esmée Creed-Miles et George MacKay. Héritière d’une série d’adaptations derrière elle (dont la version la plus connue et populaire d’entre tous, le long-métrage d’Ang Lee en 1995 avec Emma Thompson, Kate Winslet, Hugh Grant et Alan Rickman), cette nouvelle interprétation du roman d’Austen est aujourd’hui conduite par la réalisatrice britannique Georgia Oakley, déjà largement remarquée et reconnue avec son premier long-métrage Blue Jean en 2022.

Raison et Sentiments raconte les frasques sociales et romantiques de la famille Dashwood après le décès du père, laissant derrière lui sa femme, leurs trois filles (Elinor, Marianne et Margaret) et une maison bien trop grande qu’elles vont bientôt devoir quitter faute de moyens. Mais, toutes deux en âge de se marier, Elinor et Marianne vont connaître chacune à leur façon des péripéties amoureuses pas évidentes : la première tombe amoureuse du charmant Edward Ferras, lequel est censé épouser une jeune fille d’une famille riche selon le souhait de sa mère ; la seconde est présentée au peu bavard mais séduisant Colonel Brandon, mais se lance dans une romance enflammée et immédiate avec le charismatique John Willoughby. Lorsqu’elles se retrouvent toutes deux séparées de leurs bien-aimés respectifs (envoyés à Londres pour diverses raisons), les deux sœurs font face de manières bien opposées au chagrin…

Il est certes absurde de demander à un film de justifier son existence-même, mais s’il devait le faire, ce Raison et Sentiments 2026 marque son coup dès l’ouverture grâce à une esthétique renversante. En faisant appel au directeur de la photographie français Arnaud Potier, Georgia Oakley compose une adaptation débordante de délicatesse et de naturalisme. Les personnages se baladent à la fois dans de grandes étendues de nature regorgeant de vie et entre les murs de maisons tantôt chaleureuses tantôt blafardes et écrasantes au fil du récit. La photographie du film tend à mettre nos héroïnes au centre de l’image autant qu’elles le sont dans leurs histoires, donnant à ce Raison et Sentiments 2026 une poésie réaliste d’une douceur hypnotisante, profitant autant de ses images picturales que de l’écriture redoutable du scénario de Diana Reid. En son centre, ce sont les sœurs Elinor et Marianne qui propulsent le récit. La première (la « Raison » du titre) voit l’amour comme un acte implicite, une tempête intérieure qui doit parfois s’éteindre lorsqu’elle ne s’aligne pas avec le monde extérieur. La seconde, beaucoup plus impétueuse (les « Sentiments »), ne suit que son instinct, dans l’espoir de tomber dans un grand tourbillon d’amour quitte à s’y noyer. Leurs deux visions de la romance, opposées au possible, offrent notamment à ses deux comédiennes centrales des partitions de luxe où elles brillent de mille feux.

On connaissait déjà le talent évident et la sensibilité profonde de Daisy Edgar-Jones (on va aller revoir Normal People, où elle est absolument dévastatrice, pour la 100ème fois), elle porte sa Elinor avec une précision chirurgicale, scrutant la moindre de ses pensées et de ses doutes sans qu’elle n’ait besoin de dire un seul mot – sa performance est merveilleuse de retenue et d’intensité ; et la vraie grande surprise du film se trouve du côté d’Esmé Creed-Miles, sensationnelle Marianne, pleine de vie et aux émotions virevoltantes, qui trouve son apogée dramatique dans les séquences du troisième acte qu’elle partage avec sa sœur. Les deux comédiennes imprègnent le récit d’une alchimie bouleversante – qui ne peut être que magnifiée par la bande-originale composée avec grand soin par Roger Goula. En s’offrant un des classiques de Jane Austen, la réalisatrice Georgia Oakley s’empare d’une grande production avec grand talent, une romance traditionnelle dépoussiérée et chargée de symbolisme qui trouve sa profondeur dans son esthétique léchée et son énergie dramatique. Aussi porté par les performances toutes aussi habiles de George MacKay, Frank Dillane, Herbert Nordrum, Fiona Shaw, Caitriona Balfe et Bodhi Rae Breathnach, cette version 2026 a l’étoffe des grandes adaptations, une petite merveille sublime et bouleversante qui s’impose sans pathos débordant ni lecture simpliste du matériau de base. Car dans son étude du chagrin, du devoir, de la sororité et de l’amour comme façon d’échapper à sa condition, Raison et Sentiments coche toutes les cases du genre tout en s’ouvrant aux néophytes, et parvient avec une grande justesse à trouver une place propre sans se heurter à ses précédentes adaptations. On peut changer de médium, de générations et de contexte social : si talent il y a, alors la sensibilité trouvera toujours son chemin – et Georgia Oakley aura été, de manière évidente, la bonne personne pour accomplir cette mission.

Titre Original: SENSE AND SENSIBILITY

Réalisé par: Georgia Oakley

Casting: Daisy Edgar-Jones, Esmé Creed-Miles, Caitriona Balfe…

Genre: Drame, Historique, Romance

Sortie le: 23 septembre 2026

Distribué par : Universal Pictures International France

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