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A LA VIE ! Trouver la juste mesure (Critique Fiction Unitaire)

SYNOPSIS : Fabienne, directrice d’une maternité, femme brillante mais alcoolique dans le déni, voit sa vie exploser le jour où un accident provoqué en état d’ivresse la force à franchir la porte des Alcooliques Anonymes. Là, elle croise Manon, ancienne coiffeuse brisée par la mort de son fils. Et Lucas, jeune surfeur sûr de lui, persuadé de maîtriser l’alcool alors qu’il court à sa perte.

« À la vie ! » raconte comment les valeurs de solidarité et de partage permettent de sortir de ses addictions et de renouer avec la vie.

Parler d’alcoolisme sans verser dans le pathos, sans juger ceux qui en souffrent et sans réduire la maladie à une simple question de volonté : c’est le principal mérite d’À la vie !. Louis Choquette aborde un sujet particulièrement dur avec une retenue qui n’interdit ni l’émotion ni quelques respirations plus légères. Et si le téléfilm n’échappe pas à certaines limites, elles tiennent moins à ce qu’il raconte qu’au temps dont il dispose pour le raconter.

Même s’il flirte parfois avec des profils un peu archétypaux — le jeune dans le déni, la femme qui a tout perdu, la quinquagénaire en reconstruction —, À la vie ! possède une vraie vertu de sensibilisation. Il montre l’alcoolisme comme une maladie qui traverse les âges et les milieux, avec le déni, la honte, l’isolement, la perte des liens familiaux, la précarisation et les difficultés immenses de l’abstinence.

Et surtout, arrêter de boire n’y constitue jamais une fin en soi. L’abstinence ne rend pas immédiatement ce qui a été perdu, n’efface pas les erreurs commises et ne restaure pas miraculeusement la confiance. C’est l’une des idées les plus justes du scénario : reconnaître sa maladie et cesser de boire ne représentent pas l’aboutissement du parcours, mais son commencement. Derrière l’alcool restent des relations à reconstruire, une place à retrouver et cette difficulté quotidienne à vivre sans ce qui était devenu une béquille.

Le film est également pertinent lorsqu’il élargit son regard à l’entourage. Car l’alcoolisme déborde nécessairement celui ou celle qui boit. Les proches souffrent, culpabilisent, cherchent la bonne attitude, oscillent entre aide, colère et impuissance. À la vie ! montre assez justement qu’aimer quelqu’un ne signifie pas nécessairement savoir comment l’aider, et encore moins pouvoir accomplir le chemin à sa place.

La relation qui se noue entre Fabienne et Samir, interprété avec une formidable humanité par Mathias Mlekuz, apporte de son côté une douceur bienvenue. Le personnage n’est jamais utilisé comme une solution miracle aux problèmes de Fabienne. Il est d’abord une présence, quelqu’un qui sait tendre la main sans donner de leçon. Leur relation permet ainsi au récit de respirer et de laisser entrer un peu de légèreté sans rompre avec la gravité du sujet.

Julie de Bona est une nouvelle fois excellente. Son personnage aurait facilement pu devenir celui sur lequel le scénario concentre toute la souffrance du récit. La comédienne évite cet écueil en donnant à Manon une fragilité qui ne se transforme jamais en démonstration permanente. Certaines scènes disent avec beaucoup de simplicité l’emprise de la dépendance et cette contradiction terrible qui consiste à souffrir de l’alcool tout en ne sachant plus comment vivre sans lui.

Muriel Robin trouve avec Fabienne un personnage qui lui permet de passer de l’autorité à la fragilité sans rupture artificielle. Là encore, le scénario évite de transformer l’abstinence en absolution immédiate. Fabienne reste une femme avec ses failles, ses maladresses et les conséquences de ce qui l’a précédée. Muriel Robin joue précisément ces différentes nuances, sans chercher à solliciter constamment l’émotion du téléspectateur.

Nathan Japy, qui incarne Lucas, convainc également dans un rôle volontairement plus ingrat. Le personnage est parfois particulièrement imbuvable, si l’on ose dire, mais ce comportement permet justement au film de montrer une autre facette de la maladie : celle du déni, de la banalisation de la consommation et de la difficulté à entendre ceux qui tentent d’alerter.

La mise en scène de Louis Choquette participe beaucoup à l’équilibre général. Elle ne cherche jamais à attirer artificiellement l’attention sur elle-même et sait s’effacer derrière le sujet et les interprètes. Ce choix de sobriété convient particulièrement à une histoire qui aurait facilement pu être surchargée d’effets destinés à accentuer l’émotion. Le réalisateur préfère faire confiance aux situations et aux comédiens, et le film évite ainsi presque toujours la sensiblerie appuyée.

Reste une frustration qui devient progressivement sensible : 90 minutes sont sans doute trop courtes pour raconter pleinement trois trajectoires aussi lourdes. Ce n’est pas qu’À la vie ! manque de profondeur dans ce qu’il veut raconter. Il manque parfois de temps pour laisser cette profondeur s’installer.

C’est particulièrement sensible avec Lucas. Son parcours aurait mérité davantage d’espace pour prendre toute son ampleur et certaines étapes importantes s’enchaînent rapidement alors qu’elles auraient gagné à infuser davantage. Mais cette impression vaut également pour Fabienne et Manon. En multipliant les personnages, leurs proches, leurs blessures et les conséquences de leur dépendance, le scénario se retrouve parfois contraint de faire entrer au chausse-pied des destinées qui auraient probablement gagné à se déployer sur une durée plus importante.

C’est peut-être là que la comparaison avec Garance, le film de Jeanne Herry consacré lui aussi à l’alcoolisme, devient éclairante. En choisissant de suivre une seule trajectoire sur plusieurs années, celui-ci dispose mécaniquement d’un espace différent pour observer ce qu’une dépendance détruit et ce qu’une reconstruction exige. À la vie ! fait un autre choix : trois personnages, trois âges, trois rapports à la maladie. Son approche est plus panoramique, avec une véritable volonté de sensibilisation, mais elle paie parfois cette ambition par une nécessaire compression.

Cette réserve n’enlève pourtant rien à la pertinence du regard porté sur l’alcoolisme. À la vie ! ne présente jamais la dépendance comme une faiblesse morale. Il insiste au contraire sur la nécessité de reconnaître une maladie, sur l’importance de l’entraide et sur la difficulté d’une abstinence qui se construit au quotidien. Les Alcooliques anonymes occupent ainsi une place centrale sans que le film ressemble pour autant à un objet institutionnel ou à un long message de prévention.

C’était sans doute le principal piège d’un tel sujet : vouloir tellement sensibiliser que la fiction finisse par disparaître derrière le message. Louis Choquette et ses scénaristes Sylvie Audcoeur et Martyne Visciano parviennent dans l’ensemble à l’éviter. L’émotion existe parce que les personnages existent, et non parce que la réalisation ordonne au téléspectateur de pleurer avec eux.

Le sujet aurait mérité davantage de temps, certains destins aussi. Mais en évitant presque toujours le didactisme pesant et le larmoyant, en faisant confiance à ses interprètes et en regardant ses personnages sans les juger, Louis Choquette signe un téléfilm de sensibilisation humain et réussi. Trop à l’étroit dans son format, sans jamais être à l’étroit dans son sujet.

Crédits : TF1

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