

SYNOPSIS : Marseille, 1815. Mercédès Herrera est prête à tout pour l’homme qu’elle aime, Edmond Dantès, un marin promis à un avenir brillant. Mais leur bonheur est cruellement brisé par une trahison impitoyable. Edmond, accusé à tort, est arraché à Mercédès et jeté dans les profondeurs du Château d’If, sans espoir de retour. Dévastée mais déterminée, Mercédès se lance dans une course effrénée pour le sauver, mais Edmond est tué lors de leur tentative d’évasion et elle-même se retrouve enfermée, condamnée à languir dans une cellule voisine de celle qui a abrité l’amour de sa vie. Dans ce gouffre de douleur, tout semble perdu. Mercédès n’a désormais plus qu’un but, prendre sa revanche sur ceux qui ont détruit sa vie : Fernand, son propre cousin, secrètement amoureux d’elle ; Danglars, un manipulateur ambitieux ; et surtout Héloïse de Villefort, la femme implacable du procureur de la ville…
Après le triomphe phénoménal du Comte de Monte-Cristo porté par Pierre Niney, revenir aussi rapidement à l’univers d’Alexandre Dumas pouvait légitimement susciter quelques interrogations. Opportunisme ou véritable désir de proposer autre chose ? Dès ses premiers épisodes, La Comtesse de Monte-Cristo apporte une réponse plutôt convaincante. Car si elle ne renie jamais l’œuvre dont elle s’inspire et en conserve même une bonne partie de la mécanique romanesque, elle choisit de faire bifurquer l’histoire connue pour placer Mercédès au centre du récit.
On pourrait presque parler d’une uchronie littéraire, ou plus précisément d’une réécriture contrefactuelle de Dumas. La série part d’une histoire profondément ancrée dans l’imaginaire collectif pour en modifier la trajectoire et se demander ce qu’elle pourrait devenir en changeant son personnage central. Une idée finalement assez simple, mais qui permet de donner à Mercédès une place, une puissance et une modernité qu’elle ne possédait évidemment pas de cette manière dans le récit originel.
Et pour incarner cette nouvelle héroïne, Audrey Fleurot trouve un rôle qui lui va particulièrement bien. Après le phénomène HPI, elle change totalement de registre. Sa Mercédès est déterminée, virulente, parfois dure, très loin de l’exubérance et de la fantaisie de Morgane Alvaro. C’est pourtant également un personnage étonnamment moderne pour une fiction historique, une femme qui refuse la place que son époque voudrait lui assigner et qui prend progressivement possession de son propre récit.
Autour d’elle, TF1 déploie une distribution comme la chaîne sait régulièrement en réunir : Thierry Godard, Kad Merad, Zabou Breitman, Éric Elmosnino, Denis Lavant et bien d’autres viennent peupler un récit particulièrement riche en personnages. Cette profusion pourrait facilement devenir étouffante. Elle participe au contraire à l’ampleur romanesque recherchée par la série, même si elle demande parfois un peu d’attention pour ne pas perdre le fil des relations qui unissent tout ce petit monde.
Mais ce qui frappe peut-être le plus dans La Comtesse de Monte-Cristo, c’est son ambition formelle. La production ne cherche jamais à dissimuler les moyens mis à sa disposition. Elle les montre, et elle a bien raison. Les décors sont magnifiques, les costumes rutilants, la musique ample et particulièrement efficace, et surtout la photographie est parfois absolument splendide. Ciels d’un bleu presque irréel, profondeur des couleurs, jeux de lumière, silhouettes et reflets : certains plans pourraient presque être isolés tant leur composition est travaillée.
La mise en scène de Djibril Glissant et Leonardo D’Antoni ne se contente d’ailleurs pas du classicisme attendu d’une grande fresque historique.. La série ose régulièrement s’en éloigner à travers des séquences plus théâtrales, fantasmagoriques ou presque picturales. Elle joue avec les décors, les représentations mentales, les ombres, les couleurs et une forme d’artificialité revendiquée. Des partis pris assez audacieux pour une grande fiction destinée au public de TF1, et qui donnent à l’ensemble une véritable personnalité visuelle.
Cette ambition renvoie aussi à toute une tradition française du grand cinéma populaire d’aventures. On pense parfois à Vidocq, aux Mariés de l’an II et, plus largement, à ce cinéma de cape et d’épée qui a longtemps fait partie du patrimoine populaire français. La Comtesse de Monte-Cristo n’est pourtant pas une succession de duels et de cavalcades. Elle retrouve plutôt le goût de l’apparat, des grandes destinées, des salons, des costumes, du romanesque et du spectacle qui caractérisait ce cinéma-là. Avec quelques touches de comédie qui viennent ponctuellement alléger un récit restant avant tout dramatique.
Tout n’avance pourtant pas à la même vitesse. Les premiers épisodes installent beaucoup de choses avec une réelle efficacité, avant qu’un quatrième épisode davantage mezza voce ne ralentisse légèrement le mouvement. La série prend alors davantage son temps, installe ses personnages, laisse monter les tensions et retarde encore certains enjeux que l’on attend forcément de voir pleinement se déployer. Rien de véritablement problématique : malgré cette baisse de régime relative, le récit demeure fluide et ne donne jamais la sensation de piétiner.
C’est peut-être là que réside pour l’instant la principale limite de cette nouvelle variation autour de Monte-Cristo. Si la forme est parfois très audacieuse et si le changement de personnage central modifie profondément le regard porté sur l’histoire, la mécanique romanesque reste, elle, très familière à qui connaît bien Dumas et ses nombreuses adaptations. La série ne cherche pas à dynamiter Le Comte de Monte-Cristo. Elle préfère en déplacer le centre de gravité et observer ce que cette histoire devient lorsqu’elle est vécue par une femme.
Quatre épisodes sur huit ne permettent évidemment pas de juger la totalité du voyage. Ils suffisent en revanche à constater que La Comtesse de Monte-Cristo est une production historique particulièrement ambitieuse, superbement réalisée et photographiée, portée par une distribution impressionnante et par une Audrey Fleurot qui trouve ici un personnage à la mesure de son statut actuel.
Revenir à Monte-Cristo aussi peu de temps après un immense succès cinématographique était un pari. Plutôt que d’essayer de faire oublier Dumas ou ses précédentes adaptations, la série choisit de jouer avec leur souvenir. Raconter autrement une histoire que tout le monde croit déjà connaître : voilà peut-être sa meilleure idée.
Crédits : TF1
Catégories :Critiques Cinéma









































































































































