Critiques Cinéma

DEADLINE (Critique Saison 1) Vis ma mort en soins palliatifs

SYNOPSIS : Marion, infirmière accro aux opiacés, rejoint une unité de soins palliatifs pour piller sa pharmacie et rembourser son dealer. Mais les patients, loin d’être dupes, la font chanter pour exaucer leurs ultimes désirs. Une thérapie de choc pour la junkie qui a perdu toute empathie.

Série entièrement écrite en binôme par Thomas Fecchio et Erwan Marinopoulos, déjà repéré pour un ton décalé. Pour l’auteur, le projet de Deadline n’est pas cette injonction moralisatrice à profiter de la vie, mais plutôt l’envie de filmer ce qu’il appelle une thérapie de choc. Tout de suite le décor est planté dans Deadline, notamment dans la rencontre des contraires, le miroir inversé et le croisement des névroses entre Marion et les patients de l’unité de soins palliatifs. Si certains stéréotypes sont fatalement assez incontournables, la série trouve rapidement son rythme sur la forme et son style sur le fond, notamment grâce une indéniable authenticité dans le propos et à quelques trouvailles scénaristiques audacieuses.

Deadline bénéficie d’un ton en propre, mixant des profonds et intenses moments d‘humanité dans toutes ses aspérités avec une ironie bien sentie et souvent décoiffante. Le rythme de 6×26 minutes, souvent prisé par les téléspectateurs avides d’immédiates sensations que nous sommes ravira à n’en point douter le plus grand nombre.

Deadline c’est quelques inattendus et beaucoup d’humanité. Aussi car l’imminence de la mort de chacun des patients nous rapproche toujours plus du sens de la vie. C’est dans doute en cet endroit que Deadline touche son Graal. Dans ce petit et humble traité anthropologique sur les obsessions, sur ce qui compte vraiment et sur l’absence de filtres, de freins, de limites, quand la grande faucheuse vous caresse le bout du museau d’un air rieur. Il est grand temps de se lâcher, car tout va compter bien plus vite que d’habitude. C’est alors beaucoup d’intensité, parfois de l’émotion, mais toujours des moments qui permettent à Deadline de se doter d’un dernier souffle particulièrement plaisant à contempler.

D’autant que dans Deadline, quand on ne va pas super bien, on meurt en gros dans le quart d’heure suivant. C’est un peu un « vis ma mort en soins palliatifs« . Sans être banalisée, c’est comme si la mort était moquée pour son insignifiance, tant elle est présente à chaque recoin de la caméra. Une provocation, un irrespect assez jubilatoire. Une dark comédie médical au ton rafraichissant. « Les médicaments, c’est comme les chocolats, c’est très dur de pas finir la tablette. » Marion est très souvent shootée à mesure de l’avancée des épisodes et nous amène avec elle dans des situations loufoques, surprenantes et dont ne se lasse jamais vraiment.

L’épisode 4 en particulier fait glisser la série sur une pente mélancolique, qui fonctionne carrément. Des séquences teintées de brutes émotions, et où la mort jusqu’à présent un peu snobée, redevient l’absolu drame des gens qui s’aiment. Le ton devient alors moins tranchant et plus poétique, sans jamais de niaiseries faciles ou autres cucuteries ultra prévisibles. Deadline ne se prend pas au sérieux, mais juste nous raconte des histoires qui nous accrochent.

C’est la force de Deadline, toujours une justesse dans les chemins que la série emprunte, qu’il s’agisse de nous faire rire ou pleurer. On ne rit pas aux éclats, on ne sanglote pas non plus lamentablement, juste on se saisit de tranches de vie et de mort, et on en sort évidemment conscients comme jamais de l’urgence de chaque moment. Tant demain, et plus que jamais demain dans Deadline, tout peut s’arrêter.

Au casting, Soko est juste impeccable dans le rôle de Marion. L’autrice compositrice interprète semble très proche de la psyché de son personnage. Une porosité qui humanise, donne vie à sa Marion, comme une rage en ancrage, qui nous lie d’amitié avec l’infirmière romantico-punk.

Le reste de la bande s’amuse tout autant, avec notamment une Caroline Anglade pleine de joyeusetés et de surprises. Léonie Dahan-Lamort clairement piquante, touchante et qui occupe sacrément l’espace. Et François Vincentelli absolument parfait en sorte de chef de meute des maitres chanteurs mourants. In fine, sans rein révolutionner, mais ce n’était pas non plus l’idée, Deadline fait preuve d’une incontestable audace et d’une fraiche modernité dans sa façon de se foutre de la mort, en nous offrant de la vie à plein tube, ça se regarde et se déguste avec peu de modération !

Crédits : Ciné+ OCS

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