

SYNOPSIS : Justine débarque à Singapour bien décidée à se réinventer avec sa famille. Dans cette cité ultramoderne où les buildings côtoient la mangrove, elle découvre la communauté uniformisée des expatriés français et Élisa, un électron libre qui la fascine instantanément. Lorsqu’un meurtre frappe ce cercle hautement fermé, Justine et Adam Wong, l’inspecteur en charge du dossier, se retrouvent plongés dans une course contre la montre.
Singapour. Ses buildings vertigineux, ses piscines suspendues au-dessus de la ville, son climat tropical, son sentiment de sécurité absolue et cette communauté d’expatriés français qui semble avoir trouvé là un paradis loin de tout. Pourtant, dès ses premières minutes, Singapura prend soin de fissurer la carte postale. Derrière les façades impeccables se cachent des couples qui vacillent, des blessures intimes, des rapports de domination et des secrets qui ne demandent qu’à remonter à la surface.
Créée et écrite par Elsa Marpeau, d’après son propre roman L’Expatriée, et réalisée par Danielle Arbid et Lucie Borleteau, la série de Canal+ choisit de ne pas se précipiter. Sur les deux premiers épisodes que nous avons pu découvrir, Singapura avance lentement, parfois même très lentement, préférant installer son atmosphère et ses personnages plutôt que de faire immédiatement tourner à plein régime sa mécanique de thriller.
Justine, incarnée par Naïlia Harzoune, arrive à Singapour avec Simon et la fille de celui-ci. Journaliste, elle découvre rapidement un univers d’expatriés français où le confort matériel se conjugue à une forme d’entre-soi. Derrière les grandes baies vitrées, les piscines et les réceptions se dessine une société avec ses codes, ses rapports de classe et ses domestiques parfois traités avec un mépris à peine dissimulé. Une formule entendue au cours du premier épisode résume parfaitement l’envers de cette carte postale : « Bienvenue dans l’enfer climatisé.«
La série prend surtout le temps d’installer une galerie de personnages majoritairement féminins et de laisser progressivement apparaître leurs différences, leurs failles et leurs éventuels traumatismes. Chacun semble avoir quelque chose à cacher ou, tout au moins, une part de son histoire qu’il n’est pas prêt à dévoiler. Singapura fait ainsi le choix d’une narration étirée, qui préfère observer les comportements et laisser monter les interrogations plutôt que de livrer immédiatement les clés de son intrigue.
Le casting constitue à ce titre l’un des principaux atouts de ces premiers épisodes. Naïlia Harzoune confirme, rôle après rôle, l’étendue d’un talent qui ne cesse de s’affirmer. Elle retrouve ici Danielle Arbid, qui l’avait déjà dirigée dans 66-5, autre Création Originale CANAL+, et donne à Justine suffisamment de retenue et de présence pour en faire un point d’ancrage naturel dans cet univers qu’elle découvre en même temps que nous. Ariane Labed impose une énergie plus imprévisible, tandis qu’India Hair enrichit encore une galerie féminine remarquablement distribuée. Cédric Kahn se révèle très prenant, donnant à son personnage une densité et une ambiguïté qui passent autant par les silences et les regards que par de brusques variations d’attitude. L’apparition d’Hippolyte Girardot complète efficacement une distribution solide.
Singapura refuse pourtant encore d’abattre véritablement ses cartes. Après deux épisodes, de nombreuses pistes sont ouvertes. La série observe les couples, les rapports sociaux, les différences de classe et les non-dits, tout en laissant progressivement se dessiner la dimension thriller de son récit. Mais celle-ci ne prend jamais totalement le dessus. Singapura reste avant tout une série atmosphérique, qui laisse infuser sa tension plutôt que de multiplier artificiellement les rebondissements.
Cette lenteur demande néanmoins une certaine disponibilité au téléspectateur. Tout ne passionne pas avec la même intensité et certaines séquences peuvent donner l’impression que la série retarde volontairement le moment où ses différentes lignes narratives vont commencer à converger. La maîtrise des fins d’épisodes permet néanmoins de rester accroché au mystère qui se déploie progressivement, chaque nouvel élément venant alimenter les interrogations et relancer l’intérêt.
Soji Arai constitue également l’une des belles surprises de ces premiers épisodes. Le comédien impose immédiatement une présence singulière et un charisme évident, qui suffisent à donner du relief à chacune de ses apparitions sans jamais avoir besoin d’en faire trop.
Le cadre participe également à l’identité de Singapura. Tout commence par la promesse d’un endroit où tout serait confortable, agréable et surtout parfaitement sécurisé. Mais cette tranquillité affichée contraste rapidement avec les tensions, les comportements et les rapports humains que la série laisse apparaître. « L’enfer climatisé » évoqué au début résume finalement assez bien ce décalage entre l’image du paradis et ce qui se joue derrière.
Après deux épisodes sur six, difficile pourtant de savoir exactement ce que la série veut devenir. Thriller ? Portrait corrosif d’une communauté expatriée ? Chronique de personnages enfermés dans un univers privilégié mais profondément dysfonctionnel ? Récit dans lequel les secrets intimes finiront par rejoindre des enjeux plus larges ? Probablement un peu de tout cela. C’est à la fois ce qui entretient la curiosité et ce qui l’empêche encore de pleinement convaincre : elle cache son jeu et prend le risque de faire patienter longtemps avant que ses différentes lignes ne commencent réellement à se resserrer. Après deux épisodes, la série reste donc une proposition intrigante, imparfaite et encore difficile à cerner. On attend que Singapura nous montre encore ce qu’elle a vraiment dans le ventre.
Crédits : Canal+
Catégories :Critiques, Festival de la Fiction TV de la Rochelle 2026, Séries









































































































































