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LE CHARLES (Critique Mini-Série Épisodes 1×01 – 1×02) Un thriller militaire d’une ampleur impressionnante

SYNOPSIS : Le porte-avions Charles de Gaulle vient d’appareiller pour une mission stratégique en Méditerranée orientale, où la situation est explosive. Mais peu après le départ, une femme de l’équipage est retrouvée morte et une autre portée disparue. Malgré le danger, l’opération se poursuit et un enquêteur militaire est dépêché en urgence à bord. Quand une nouvelle victime est découverte, le « Charles », véritable ville flottante de 1800 hommes et 240 femmes, devient un piège où un tueur, les tensions et les événements vont mettre en péril l’équipage et peut-être même le pays.

Avec Le Charles, Julien Despaux signe une série qui impressionne immédiatement par son ampleur, sa maîtrise formelle et la qualité exceptionnelle de sa distribution. Derrière le spectaculaire, ce thriller en huis clos prend surtout le temps d’installer son univers et ses personnages, sans jamais sacrifier la tension. Après deux épisodes, difficile de ne pas avoir furieusement envie de connaître la suite.

Un porte-avions nucléaire français, près de deux mille membres d’équipage, une mission dans une zone internationale sous haute tension et, au milieu de cette véritable ville flottante, une enquête qui vient progressivement gripper une mécanique militaire supposée parfaitement huilée. Sur le papier, Le Charles possède déjà un formidable terrain de jeu. Encore fallait-il parvenir à lui donner une existence à l’écran et ne pas réduire le Charles de Gaulle à un simple décor spectaculaire. C’est sans doute la première grande réussite de la série créée par Henri Debeurme, Mathilde Arnaud et Yoann Legave et réalisée par Julien Despaux : le porte-avions devient immédiatement un personnage à part entière.

Dès le premier épisode, l’impression d’ampleur est saisissante. Elle n’est d’ailleurs pas uniquement visuelle. Bien sûr, les avions, le pont d’envol et certaines séquences de décollage ou d’appontage offrent des images particulièrement impressionnantes. Mais Julien Despaux ne se contente jamais d’aligner les plans destinés à montrer que la production possède des moyens. Sa mise en scène permet surtout de comprendre progressivement la géographie du bâtiment, son organisation et la multitude de personnes nécessaires à son fonctionnement.

Les coursives, les postes de commandement, les lieux de vie, les cuisines ou les espaces techniques composent un univers que l’on découvre progressivement sans jamais s’y perdre. Plus étonnant encore, les entrailles du Charles de Gaulle ne provoquent pratiquement jamais de sensation de claustrophobie. Despaux réussit à conserver une impression d’espace et de mouvement jusque dans les endroits les plus confinés. Le bâtiment paraît gigantesque sur son pont comme à l’intérieur.

Cette maîtrise passe également par le rythme. Le Charles prend son temps. Son premier épisode consacre une large partie de sa durée à présenter l’équipage, les fonctions de chacun, les règles qui régissent la vie à bord et les rapports hiérarchiques avant que l’enquête ne prenne véritablement toute sa place. Pourtant, rien ne paraît lent. La série possède une fluidité remarquable, précisément parce qu’elle ne cherche jamais à fabriquer artificiellement de l’énergie. Pas de caméra secouée dans tous les sens, pas de montage hystérique ou d’accumulation de cuts destinés à donner l’illusion de l’urgence. La réalisation est au contraire posée, ample, très léchée et laisse respirer les espaces comme les personnages.

Le jargon militaire aurait également pu constituer une barrière. Il est présent, forcément, notamment lorsque le porte-avions doit manœuvrer ou que les pilotes entrent en action. Mais il reste suffisamment intégré à la mise en scène pour que le téléspectateur comprenne toujours l’essentiel de ce qui se joue. On ne maîtrise peut-être pas chaque terme employé, mais on n’est jamais perdu. C’est une qualité essentielle pour une fiction qui cherche manifestement autant l’immersion que l’efficacité du thriller.

Car Le Charles reste avant tout un thriller. Sa mécanique n’a rien de révolutionnaire : un espace fermé, une communauté soumise à ses propres règles, des secrets, des soupçons et un enquêteur qui doit comprendre ce qui se passe sans pouvoir véritablement s’extraire de son terrain d’investigation. Mais l’environnement militaire renouvelle suffisamment le dispositif pour lui donner une identité forte. On pense parfois, toutes proportions gardées, à la puissance de feu du Chant du loup. Non parce que les deux œuvres racontent la même chose, mais parce qu’elles partagent cette volonté de faire du spectaculaire militaire français une véritable oeuvre de genre, crédible et ambitieuse.

Cette ambition se retrouve également dans une distribution particulièrement impressionnante. Élodie Yung, Alban Lenoir, Patrick Mille, Jacques Gamblin, Constance Labbé, Hubert Delattre, Bruno Sanches, Pablo Pauly, Saabo Baldé… La série donne cette sensation assez frappante de reconnaître un comédien qu’on connaît quasiment à chaque détour de coursive. Et cette richesse ne ressemble jamais à une collection de noms posés sur une affiche : elle contribue à donner une véritable densité humaine au bâtiment.

Élodie Yung trouve ici un rôle à la hauteur de son retour au premier plan dans une production française. Cela faisait surtout près de seize ans qu’elle n’avait plus tenu de rôle dans une série française. Depuis Les Bleus : premiers pas dans la police, la comédienne avait développé sa carrière à l’international, de Daredevil et The Defenders à The Cleaning Lady, dont elle fut l’héroïne durant quatre saisons. La retrouver au premier plan d’une production hexagonale constitue donc en soi un petit événement, d’autant que Le Charles, par son envergure, fait parfaitement le lien entre les deux versants de sa carrière.

Alban Lenoir, lui, entre dans la série avec une sobriété bienvenue. Son enquêteur possède ce regard de professionnel aguerri qui observe constamment son environnement et ceux qui l’entourent. La série évite pour l’instant de lui imposer une caractérisation excessive et préfère le laisser exister par son comportement, ses observations et sa manière de circuler au milieu d’une communauté dont il doit progressivement comprendre les règles.

Mais Jacques Gamblin mérite une mention particulière. Cela faisait plaisir de le retrouver dans un rôle aussi important au sein d’un programme français de cette envergure. Son commandant aurait facilement pu n’être qu’une figure d’autorité, chargé d’incarner la discipline et les impératifs militaires. Gamblin lui apporte immédiatement beaucoup plus. Une autorité naturelle, évidemment, mais également cette humanité qui traverse une grande partie de sa filmographie. Une façon de jouer les silences, les inquiétudes ou les responsabilités sans les souligner. En quelques scènes, il parvient à donner à son personnage une épaisseur considérable. Il rappelle surtout, s’il en était besoin, quel formidable acteur il est.

La musique de Thomas Couzinier participe elle aussi à cette montée en puissance sans venir écraser les images, tandis que le travail sur les décors et l’ensemble de la direction artistique renforcent continuellement la crédibilité du dispositif. Tout concourt finalement à faire oublier la fabrication pour installer le spectateur au cœur du bâtiment.

Après deux épisodes, il serait évidemment prématuré de juger la totalité d’une mini-série de six épisodes. Il reste encore beaucoup de choses à résoudre et un thriller de ce genre se juge aussi à la manière dont il tient ses promesses jusqu’au bout. Mais ces deux premiers chapitres réussissent quelque chose d’essentiel : ils donnent immédiatement envie de poursuivre.

Le Charles impressionne par ses moyens, mais davantage encore par la manière dont Julien Despaux les met au service de son récit. Spectaculaire sans être démonstratif, posé sans être lent, techniquement crédible sans devenir hermétique, ce début de série combine une véritable puissance de production à une mise en scène d’une remarquable fluidité. Un excellent démarrage et, surtout, une très grosse envie de remonter à bord.

Crédits : M6

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