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AU SEIN DES AUTRES (Critique Fiction Unitaire) Du côté de la vie…

SYNOPSIS : Nour est avocate, quadra battante, une vie bien construite. Fabrice est désinvolte, la trentaine, taiseux, une vie sans prise. Ils ne se seraient jamais rencontrés, jusqu’au jour où tous les deux apprennent qu’ils ont un cancer du sein. Dans la salle de chimiothérapie d’un hôpital de Lille, quelque chose d’inattendu va naître entre eux. Une histoire d’amitié, née là où ils pensaient tout perdre.

Le cancer est un sujet délicat à traiter en fiction. Parce que la réalité de la maladie est suffisamment violente pour qu’il soit inutile d’en rajouter. Parce que l’émotion peut rapidement devenir un objectif plutôt qu’une conséquence du récit. Et parce qu’à trop vouloir raconter des malades, on finit parfois par oublier de raconter des êtres humains. Au sein des autres évite précisément ces écueils et trouve, presque immédiatement, le ton juste.

Réalisé par Vania Leturcq et écrit par Valérie Magis et Johanne Rigoulot, d’après une histoire et une idée originale de Valérie Magis, cet unitaire porté notamment par Sofia Essaïdi et Yoann Zimmer aborde le cancer du sein à travers des parcours différents, dont celui, beaucoup plus rarement représenté à l’écran, d’un homme confronté à une maladie encore très largement associée aux femmes.

Une particularité qui permet au scénario d’interroger sans grands discours les préjugés liés au genre et à la maladie, mais aussi le regard que l’on pose sur ceux qui la traversent. Car Au sein des autres parle évidemment du cancer, des traitements, de leurs conséquences et de la peur qui les accompagne. Mais il parle surtout de ce que devient une vie lorsqu’une maladie vient soudainement s’y installer.

Il y a le corps, bien sûr. Celui que l’on connaissait et que l’on voit changer. Celui qui ne répond plus toujours comme avant. Il y a la fatigue, la douleur et les effets des traitements. Mais il y a aussi tout ce qui continue autour : le travail, l’argent, les démarches administratives, le couple, les enfants, les parents, les amis. Autant de choses que la maladie ne suspend pas miraculeusement.

C’est même l’une des grandes qualités de cette fiction : montrer combien on peut être entouré et se sentir pourtant profondément seul face à ce qui arrive. Les proches veulent aider, rassurer, protéger. Ils peuvent aussi se montrer maladroits, ne pas comprendre, avoir peur eux-mêmes ou simplement ne pas savoir quoi dire. Et certaines formes de compassion peuvent finir par devenir presque aussi difficiles à supporter que le silence.

Au sein des autres pose alors une question simple : comment continuer à être regardé comme la même personne lorsque tout le monde sait que vous êtes malade ? La réponse passe notamment par l’humour, omniprésent et formidablement bien utilisé. Un humour parfois tendre, parfois cru, souvent très drôle, qui pourrait facilement sembler déplacé dans un récit consacré au cancer. C’est exactement l’inverse.

On ne rit pas pour atténuer artificiellement la gravité de la maladie. On rit parce qu’être malade ne signifie pas être déjà du côté de la mort. On continue à plaisanter, à se moquer les uns des autres, à dire des conneries, à s’énerver et à rire de situations dont on pourrait croire qu’elles interdisent précisément le rire.

Cet humour dit quelque chose de profondément humain : les personnages ne veulent pas être réduits à ce qui leur arrive. Ils ne demandent pas qu’on s’apitoie constamment sur eux. Ils veulent aussi pouvoir être regardés normalement, quitte à ce qu’on plaisante avec eux sur ce qu’ils traversent.

Cette justesse doit beaucoup à des dialogues particulièrement réussis. Ils sonnent rarement comme des phrases écrites pour expliquer au spectateur ce qu’il doit comprendre. L’écriture fait confiance aux situations, aux silences, aux regards et aux personnages. Elle peut ainsi aborder des questions médicales, sociales ou familiales sans prendre la forme d’une démonstration pédagogique.

Sofia Essaïdi trouve un rôle particulièrement fort dans cette confrontation entre la volonté de garder le contrôle et un corps qui finit nécessairement par imposer ses propres règles. Elle peut passer de la détermination à la colère, de l’humour à une fragilité beaucoup plus profonde sans jamais donner le sentiment de chercher l’effet.

Face à elle, Yoann Zimmer apporte énormément à un personnage confronté non seulement à la maladie, mais également à ce qu’elle provoque dans son rapport aux autres et à lui-même. Leur complémentarité constitue l’une des grandes forces de l’ensemble. Leur relation est écrite avec une délicatesse suffisamment rare pour être soulignée, sans jamais chercher à lui faire emprunter artificiellement des chemins dont elle n’a pas besoin.

Vania Leturcq accompagne cette matière avec une mise en scène qui sait rester au plus près des personnages sans surligner leurs émotions. La douleur est là, parfois frontalement, mais la réalisation ne cherche jamais à transformer chaque épreuve en grand moment lacrymal. Cette retenue contribue beaucoup à la puissance de certaines séquences.

Au sein des autres sait ainsi être extrêmement émouvant. Certains passages sont même particulièrement difficiles. Mais jamais l’émotion ne semble fabriquée. La fiction ne demande pas au spectateur de pleurer. Elle raconte suffisamment bien ses personnages pour que l’émotion arrive seule. C’est probablement ce qui explique aussi la fluidité étonnante de l’ensemble. Malgré un sujet lourd, les presque quatre-vingt-dix minutes ne paraissent jamais pesantes. Le récit circule constamment entre l’intime, le quotidien, la douleur et l’humour. L’œuvre ne cherche peut-être pas à réinventer la fiction autour de la maladie. Sa réussite est ailleurs, dans une forme de justesse et de simplicité qui lui permettent de toucher sans forcer.

Au sein des autres est poignant, parfois très drôle, souvent bouleversant, mais surtout plein de force et de vie. Parce qu’au fond, il ne raconte jamais seulement comment on vit avec un cancer. Il rappelle que, même malade, on continue avant tout à vivre.

Crédits : France TV

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