

SYNOPSIS : Deux flics intergalactiques, la nouvelle recrue John Stewart et le légendaire Hal Jordan, sont confrontés à un sombre mystère sur Terre alors qu’ils enquêtent sur un meurtre au fin fond de l’Amérique.
Il fallait peut-être commencer par oublier Green Lantern pour réussir enfin Green Lantern. Quinze ans après le film de Martin Campbell avec Ryan Reynolds, devenu l’un des accidents industriels les plus célèbres de l’histoire récente du cinéma de super-héros, DC remet l’ouvrage sur le métier. Mais plutôt que de chercher à réparer le passé en proposant une nouvelle débauche d’effets numériques et d’aventures cosmiques, Lanterns prend le problème exactement à l’envers. Son premier épisode ressemble davantage à un polar HBO qu’à une série de super-héros. Et c’est précisément ce qui fait sa force.
Créée par Chris Mundy, Damon Lindelof et Tom King, Lanterns constitue une pièce importante du nouvel univers DC chapeauté par James Gunn et Peter Safran. Le pedigree de ses créateurs donne déjà quelques indications sur l’ambition du projet. Mundy a notamment été le showrunner d’Ozark, tandis que Lindelof avait brillamment dynamité les conventions de l’adaptation de comics avec Watchmen. Quant à Tom King, il apporte évidemment sa connaissance intime de l’univers DC.
Pour les néophytes, Green Lantern n’est pas un héros unique mais appartient à un corps de protecteurs intergalactiques chargés de veiller sur différents secteurs de l’univers. Leurs anneaux leur confèrent des pouvoirs considérables, intimement liés à la volonté et à la capacité de surmonter la peur. Une mythologie foisonnante que le cinéma avait tenté de porter à l’écran en 2011. Avec un budget colossal, le Green Lantern avec Ryan Reynolds avait été fraîchement accueilli par la critique et avait enterré les ambitions de franchise qui l’accompagnaient. Lanterns choisit une tout autre voie.
Le pilote réalisé par James Hawes organise la rencontre entre deux imaginaires presque opposés. D’un côté, le polar américain réaliste, rugueux, parfois poisseux, avec ses petites villes, ses commissariats, ses bars et son enquête criminelle. De l’autre, une mythologie de science-fiction peuplée d’extraterrestres, de gardiens intergalactiques et d’anneaux capables de matérialiser à peu près n’importe quoi.
La référence à True Detective vient rapidement à l’esprit. On pourrait également regarder du côté de The Dark Knight et, derrière lui, de certains polars de Michael Mann dans cette volonté de confronter une mythologie extraordinaire à un environnement extrêmement concret. Lanterns n’imite pourtant jamais servilement ses modèles. Elle utilise les codes du polar pour donner une nouvelle texture à son univers super-héroïque. Et cette collision fonctionne remarquablement bien.
Elle passe d’abord par Hal Jordan et John Stewart. Kyle Chandler incarne le premier comme un vétéran qui en a vu beaucoup, peut-être trop. Expérimenté, provocateur, cabotin, formidablement sûr de lui, il devient aussi le principal vecteur humoristique de ce premier épisode. Chandler possède exactement le mélange de décontraction et d’autorité nécessaire au personnage. Il peut faire sourire quelques secondes avant de retrouver immédiatement une présence beaucoup plus imposante.
Face à lui, Aaron Pierre compose un John Stewart plus jeune, encore en apprentissage. La dynamique vétéran/rookie pourrait sembler terriblement classique, mais l’écriture et surtout la complicité entre les deux acteurs lui donnent immédiatement du relief. Hal provoque, John observe. Hal fonctionne à l’instinct, John cherche encore ses repères. Derrière leurs échanges parfois franchement drôles se construit progressivement une relation de mentor à élève beaucoup moins simple qu’elle n’en a l’air.
La peur constitue d’ailleurs l’un des fils rouges les plus intéressants de ce pilote. Qu’est-ce que ne pas avoir peur signifie réellement ? Est-ce du courage, de l’inconscience, une force ou quelque chose que l’on apprend à dissimuler ? Sans asséner son propos, l’épisode installe cette question dès ses premières minutes et la laisse ensuite irriguer la relation entre ses deux personnages principaux.
Kelly Macdonald complète parfaitement le dispositif. Dans le rôle de la shérif locale, elle impose immédiatement une personnalité suffisamment forte pour ne jamais être réduite au rang de spectatrice des exploits des deux Lanterns. Son pragmatisme terrien se heurte délicieusement à la conception beaucoup plus banale que Hal peut avoir de l’existence extraterrestre. Certaines de leurs joutes verbales comptent parmi les moments les plus savoureux de l’épisode.
Lanterns a également l’intelligence de ne pas exhiber constamment ses pouvoirs. L’anneau est là, ses possibilités également, mais James Hawes les utilise avec parcimonie. Un pouvoir cosmique peut ainsi servir à quelque chose de totalement trivial avant de retrouver quelques scènes plus tard toute sa puissance. Cette retenue évite au pilote de se transformer en démonstration permanente d’effets visuels et permet surtout aux personnages d’exister avant le spectacle.
Ce qui n’empêche nullement l’épisode d’être généreux. Il y a de l’action, de l’humour, une enquête, de la science-fiction et plusieurs changements de registre parfaitement maîtrisés. Surtout, ça avance. Le pilote est dense, rythmé, ne s’ennuie jamais à expliquer interminablement son univers et réussit à rester accessible sans donner l’impression de simplifier sa mythologie. C’est peut-être là sa plus belle réussite : Lanterns ressemble véritablement à une série HBO avant de ressembler à un produit destiné à alimenter un univers partagé.
Après des années durant lesquelles le genre super-héroïque a parfois semblé prisonnier de ses propres recettes, ce premier épisode propose quelque chose de beaucoup plus stimulant : utiliser les codes d’un autre genre pour retrouver ce qui pouvait rendre ces personnages intéressants. Polar noir, buddy movie, science-fiction et mythologie comics se télescopent sans jamais donner l’impression de participer à quatre séries différentes. Un seul épisode ne suffit évidemment pas à savoir si Lanterns tiendra toutes ses promesses. Mais ce pilote en formule déjà beaucoup et, surtout, donne immédiatement envie de connaître la suite. Pour Green Lantern, après le rendez-vous manqué du cinéma, la lumière semble enfin s’être rallumée.
Crédits : HBO Max
Catégories :Critiques Cinéma









































































































































