

SYNOPSIS : Lorsqu’un convoi pénitentiaire est pris d’assaut sur une route isolée, Amber Todd, agente chargée du transfert, se retrouve prise au piège avec Tibor Stone – ancien tueur d’élite devenu témoin clé contre Pegasus, le réseau criminel qu’il a autrefois servi. Pourchassés par ce puissant conglomérat du crime et par des autorités corrompues, Amber et Tibor, deux inconnus que tout oppose, sont forcés de fuir ensemble…
Canal+ continue d’étoffer son catalogue de créations originales avec Prisoner, une série britannique coproduite avec le groupe Sky et présentée comme un nouvel événement estival. Le diffuseur met d’ailleurs largement en avant son créateur, Matt Charman, scénariste notamment du Pont des Espions de Steven Spielberg, coécrit avec les frères Coen, un CV qui pouvait légitimement susciter la curiosité. Composée de six épisodes, la série débute ce 13 juillet avec la diffusion de ses deux premiers chapitres, avant d’adopter un rythme hebdomadaire. En ce qui nous concerne, nous nous arrêterons précisément à l’issue de ces deux épisodes. Et pour cause, Prisoner nous a donné le sentiment d’être une série complètement obsolète. Une proposition qui semble arriver avec vingt-cinq ans de retard et qui aurait probablement déjà semblé datée il y a vingt-cinq ans, à une époque où 24 heures chrono révolutionnait justement ce type de thriller politique.

Le premier problème de Prisoner saute immédiatement aux yeux : la série est franchement laide. Sa photographie manque de personnalité, sa réalisation ne propose jamais le moindre souffle et certains effets spéciaux sont tout simplement indignes d’une production de cette envergure. L’explosion du fourgon, censée constituer un moment spectaculaire, prête davantage à sourire qu’à retenir son souffle tant les CGI paraissent douteux. Si ces défauts techniques avaient été compensés par une intrigue solide, ils auraient pu être relégués au second plan. Malheureusement, la série s’effondre également dès qu’il est question de son écriture. Tous les clichés du thriller d’espionnage défilent les uns après les autres sans qu’aucun ne soit réinventé. On nous explique très rapidement que le personnage incarné par Tahar Rahim possède un quotient intellectuel de 145, comme si cette simple information suffisait à convaincre le spectateur de son génie. N’est-il pourtant pas plus intéressant de montrer l’intelligence d’un personnage que de la réciter bêtement ? Ici, la série choisit systématiquement la facilité, au point que ces scènes censées mettre en valeur Tibor (Tahar Rahim) deviennent rapidement sans intérêt. Les tentatives de retournements de situation ne valent guère mieux. La découverte potentielle d’une taupe illustre parfaitement les limites du scénario. Là où une série comme 24 heures chrono savait construire une paranoïa permanente et manipuler son spectateur avec une redoutable efficacité, Prisoner préfère les déclarations publiques improbables et les rebondissements traités avec une telle lourdeur qu’ils finissent par provoquer davantage de gêne que de suspense. N’est pas 24 qui veut.

La série ne parvient malheureusement jamais à se rattraper grâce à ses personnages. L’intrigue imaginée autour d’Amber, incarnée par Izuka Hoyle, en est probablement le meilleur exemple. Au gré de péripéties qui s’étirent bien au-delà du raisonnable, elle se retrouve attachée à Tibor alors qu’ils sont poursuivis de toutes parts. Sur le papier, l’idée pouvait promettre un huis clos agrémenté d’une cavale sous tension. À l’écran, elle donne surtout naissance à une succession de situations absurdes où les décisions des personnages semblent uniquement dictées par les besoins du scénario. Cette impression est renforcée par des dialogues d’une pauvreté assez sidérante. Les personnages passent leur temps à verbaliser ce que le spectateur a déjà compris ou à prendre des décisions qui défient toute logique. La galerie de seconds rôles censée coordonner les opérations à distance est d’ailleurs particulièrement caricaturale. Les héros sont envoyés dans la gueule du loup avec une escorte ridicule, pendant que ceux chargés de superviser la mission semblent accumuler les erreurs les plus grossières sans que personne ne s’en étonne réellement. Le rythme, qui cherche constamment à donner l’impression d’une urgence permanente, produit finalement l’effet inverse. Tout paraît artificiel. Les scènes d’action manquent de tension, les poursuites s’étirent inutilement et chaque nouvelle séquence donne l’impression de repousser une conclusion qui ne vient jamais.

Même le générique participe à cette impression de production sans identité. Il donne d’emblée le ton d’une série qui paraît triste, impersonnelle et incapable de proposer la moindre idée de mise en scène un tant soit peu mémorable. Il y a un peu moins de deux ans, nous avions regardé dans son intégralité La Chute de Paris (Paris Has Fallen), autre série qui rêvait ouvertement de marcher sur les traces de 24 heures chrono sans jamais réellement y parvenir. Nous pensions difficile de faire pire même si la série n’était pas non plus catastrophique. Prisoner y arrive pourtant sans difficulté, et de loin. Ces deux premiers épisodes nous ont laissés un sentiment de profond gâchis. Avec un créateur aussi expérimenté, un casting porté par Tahar Rahim et une coproduction entre Canal+ et Sky, tous les ingrédients semblaient réunis pour proposer un thriller d’espionnage nerveux et moderne. Au lieu de cela, Prisoner accumule les maladresses. La réalisation est datée, les effets spéciaux sont souvent ratés, les dialogues paraissent écrits sans la moindre subtilité et les personnages prennent des décisions si absurdes (sans parler de leur talent à tous de savoir verbaliser spontanément des constats au ras des pâquerettes) qu’il devient difficile de s’investir dans leur sort. Chaque tentative de créer du suspense tombe à plat et rappelle surtout combien certaines références du genre maîtrisaient déjà ces mécaniques… il y a plus de vingt ans. Nous nous arrêterons donc après ces deux premiers épisodes. Ce qui devait être une nouvelle série originale ambitieuse se révèle finalement n’être qu’une interminable démonstration de tout ce qu’un thriller d’espionnage moderne devrait justement éviter.
Crédits : Canal+









































































































































