

SYNOPSIS : Hanté par son passé après une vie de crimes et de violence, Robin des Bois est laissé pour mort à l’issue d’un combat qu’il pensait être le dernier. Recueilli par une femme mystérieuse, il se voit offrir une ultime chance de rédemption…
Certains réalisateurs attirent naturellement la curiosité, non pas parce qu’ils enchaînent les chefs-d’œuvre, mais parce qu’ils semblent suivre un chemin bien à eux. C’est le cas de Michael Sarnoski, dont la filmographie reste encore modeste mais laisse entrevoir une vraie personnalité de mise en scène. Révélé au grand public avec Pig, il avait créé la surprise à une époque où Nicolas Cage, que nous venons tout juste de retrouver dans Spider-Noir, traversait encore sa fameuse période de purgatoire, criblé de dettes et condamné à enchaîner les productions plus ou moins douteuses pour remonter la pente. Au milieu de cette traversée du désert surgissait pourtant Pig, petit ovni qui avait rappelé à tout le monde que Cage restait un grand acteur dès lors qu’on lui confiait un vrai rôle. Depuis, Michael Sarnoski nous avait livré le sympathique mais finalement assez oubliable Sans un bruit: jour 1. Le voilà qui renoue avec un film qui se rapproche davantage de ce qu’il proposait dans Pig. Pour porter cette relecture du célèbre hors-la-loi, le réalisateur s’appuie sur un casting particulièrement séduisant. Hugh Jackman, toujours aussi charismatique mais qui peine décidément à retrouver, en dehors de Wolverine, des rôles à la hauteur de son talent. Jodie Comer, qui après 28 Ans plus tard confirme qu’elle fait des choix de carrière aussi audacieux qu’intéressants. Sans oublier Bill Skarsgård, qui poursuit tranquillement son impressionnant travail de composition, devenant film après film un véritable caméléon. La véritable force du film réside néanmoins ailleurs : son point de départ.

La première qualité du film est ainsi de comprendre qu’il ne sert à rien de raconter une millième fois la même histoire. Alors Michael Sarnoski décide tout simplement… de la déconstruire. Et quelle idée ! Ici, Robin des Bois et son fidèle Petit Jean ne sont pas les héros que l’histoire nous a appris à admirer. Ils ne sont pas ces figures romantiques volant aux riches pour redistribuer leur butin aux pauvres. Ils sont des meurtriers, des hommes violents, des brigands qui ont bâti autour d’eux une légende totalement fantasmée. Robin n’aurait finalement fait qu’une chose durant toute sa vie : raconter de belles histoires à suffisamment d’imbéciles pour qu’ils acceptent de le suivre. Le problème, c’est que les légendes ne font pas disparaître les victimes. Car si les « héros » aiment réécrire leur propre histoire, les descendants de ceux qu’ils ont massacrés, eux, n’ont rien oublié. Les enfants, les petits-enfants, toutes celles et ceux qui portent encore dans leurs veines le souvenir des exactions passées partent les uns après les autres à la poursuite de Robin pour réclamer justice. Et c’est là que le film devient particulièrement cruel : Robin, lui, se souvient à peine de toutes les personnes qu’il a tuées. Toutes ces familles ont construit leur existence autour de la vengeance. Lui ne garde quasiment aucune trace de leurs vies. Comme si le bourreau n’avait gardé aucune trace de crimes qui, eux, continuent de définir les victimes plusieurs décennies plus tard. Le film pousse même cette idée encore plus loin lorsque Petit Jean, devenu Edward, évoque plusieurs souvenirs communs qui, selon Robin, n’ont peut-être jamais existé. Qui dit vrai ? La légende ? Les souvenirs ? Ou un vieil homme dont la mémoire se délite lentement ? Cette confusion permanente entre la fiction et la réalité nourrit tout le récit et donne au personnage principal une épaisseur particulièrement fascinante.

La première moitié du film est d’une brutalité assez remarquable. Les tentatives d’assassinat contre Robin commencent très rapidement et le récit nous plonge immédiatement dans une violence sèche, frontale, sans chercher à la glamouriser. Puis vient Edward, ancien Petit Jean (Bill Skarsgård), lui aussi rattrapé par un karma que personne ne semblait pouvoir éviter. Robin comprend alors qu’il n’a plus réellement de raison de continuer à vivre, il ne cherche même plus à se sauver, il n’attend finalement qu’une chose : une mort juste. Mais cette vieille carne est increvable. Par la force des choses, le voilà grièvement blessé, recueilli sur une île où Sœur Brigid, interprétée par une excellente Jodie Comer, prend soin de lui en compagnie de Margaret, la fille de Petit Jean, incarnée avec beaucoup de justesse par Faith Delaney. À partir de cet instant, le film change complètement de visage. La violence laisse progressivement place à quelque chose de beaucoup plus contemplatif. Robin se retrouve confronté à une possibilité qu’il n’avait jamais envisagée, pas celle d’oublier, pas celle d’être pardonné, simplement celle de continuer à vivre. Une éventuelle rédemption qu’il refuse pourtant presque systématiquement, convaincu qu’une mort équitable constitue sans doute la seule conclusion acceptable à son existence. Cette seconde partie est probablement celle qui divisera le plus. Le rythme ralentit énormément. Certains diront que le film est long, d’autres qu’il est spécial ; à la sortie de la salle, les commentaires entendus autour de nous allaient d’ailleurs largement dans ce sens. Et il faut reconnaître que On l’appelait Robin des Bois ne fédérera certainement pas les foules venues chercher un Robin des Bois conventionnel. Nous avons pourtant énormément aimé le parti pris, parce qu’il est cohérent, du début à la fin. Le film prend alors son temps sans jamais donner le sentiment de tricher avec ses personnages. Certaines scènes sont même d’une réelle beauté, comme le passage final. Pourtant quelque chose nous a constamment empêchés de basculer totalement avec le film. Les émotions semblent toujours rester à quelques mètres de nous, comme si nous assistions à un documentaire retraçant les derniers jours d’une légende plutôt qu’à un véritable drame capable de nous bouleverser ; c’est une sensation assez difficile à expliquer. Tout est bien écrit, le casting est excellent, la mise en scène est solide, le propos est passionnant, et pourtant, malgré cette haie d’honneur que le film semblait dresser pour nous transmettre ses émotions, celles-ci ne sont jamais véritablement arrivées jusqu’à nous.

On l’appelait Robin des Bois est exactement le genre de film que nous avons envie de défendre, non pas parce qu’il est parfait, mais parce qu’il ose. Il ose prendre un mythe universel pour le retourner complètement, il ose faire de Robin un homme qui a peut-être menti toute sa vie, il ose raconter que les héros sont parfois les méchants de l’histoire des autres, et surtout il ose préférer la culpabilité, le poids des souvenirs, la vieillesse et la quête impossible d’une mort juste à une nouvelle succession de flèches décochées dans les bois de Sherwood. Simplement, nous aurions aimé qu’il nous serre un peu plus le cœur. Car derrière toutes ses qualités, le film nous a souvent laissés dans une étrange position d’observateurs. Fascinés par ce qui se déroulait sous nos yeux, admiratifs devant cette réinvention aussi radicale que maîtrisée, mais sans jamais ressentir pleinement cette décharge émotionnelle qui transforme un très bon film en une œuvre inoubliable. Et finalement, c’est peut-être là le seul véritable regret.

Titre Original: THE DEATH OF ROBIN HOOD
Réalisé par: Michael Sarnoski
Casting : Hugh Jackman, Jodie Comer, Bill Skarsgård …
Genre: Action, Aventure, Thriller
Sortie le : 1er juillet 2026
Distribué par : Metropolitan FilmExport

BIEN
Catégories :Critiques Cinéma









































































































































