Critiques Cinéma

THE MAN I LOVE (Critique)

SYNOPSIS : New York, à la fin des années 1980. L’artiste Jimmy George est confronté à la maladie et à la mort pourtant il rencontre un dernier amour.

Avec ce The Man I Love, en course dans la sélection officielle au Festival de Cannes de cette année 2026 et trois ans après Passages, Ira Sachs est de retour sur la croisette avec un drame musical pour son dixième long-métrage. Vu de l’extérieur et avant que la lumière ne s’éteigne, au-delà su synopsis qui déjà suscite un évident attrait, on pourrait se dire que c’est au moins un double événement. A savoir que Jacques Audiard avec Emilia Perez en 2024 a en effet récemment prouvé si besoin était encore, que le genre musical avait toute sa place dans l’exigence du cinéma cannois. Mais aussi l’attente de retrouver Rami Malek dans un film musical après avoir raflé en 2019 l’Oscar du meilleur acteur pour Bohémian Rapsody (2018) dans son inoubliable interprétation de Freddie Mercury. Sauf que tout le monde n’est pas Jacques Audiard. Il est aussi bon de rappeler que malgré bien sûr quelques fondamentaux autour d’un scénario, d’une mise en scène, la critique est une affaire de sensibilité, de rencontre ou non avec une œuvre. Ce ne fut aucunement le cas ici.

D’abord car il a été comme impossible d’entrer en résonance avec le personnage de Jimmy. Tout malade ou mourant qu’il est, il existe dans The man i love comme un auto-centrage permanent autour de Jimmy, qui est éreintant. Tout le monde parle de lui, le cherche, ce n’est plus où est Charlie, mais où est Jimmy ? Un premier auto-centrage mais qui est une mise en abime d’un autre, plus embêtant encore. Celui où les artistes passent leur temps à se contempler dans ce groupe théâtral expérimental new-yorkais de la fin des années 1980. Et il en émane comme un insupportable nombrilisme, une prétention mal placée, un entre-soi désincarné. Aucun humanisme et goût de de l’autre, en dehors de ce cercle, peu de radicalité et surtout zéro empathie malgré en effet le caractère bouleversant de la situation de Jimmy. Peut-être est-ce dû au surjeu permanent de Rami Malek, qui dès qu’il a ressenti se sent obligé d’en faire trois tonnes pour nous convaincre. Il a peur, il nous le montre et puis faut être sûr qu’on comprenne. Il est content, c’est la même. Il a faim, c’est pareil. On se croirait à la MJC du village avant la représentation de fin d’année des élèves de CM2. L’acteur se veut solaire, il est en fait celui qui éteint la lumière au fond de la salle. Bien sûr, le propos du film est difficile et évoque en creux le sida et donc la mort, qui s’abattait bien trop souvent sur nombre d’artistes gays de cette époque, avec tant de souffrances à la clé Le film l’évoque en sous-jacent, en ellipse, et c’est un parti pris intéressant, pour ne pas sombrer dans le dégoulinant pathos. Mais de là à se tenir à ce point à distance de la psyché de ses personnages, comme en surplomb, même à l’approche de l’inéluctable, peut-être que c’est une affaire de cœur sec, mais aucune émotion palpable. Peut-être la dernière fois où Jimmy tente de monter sur scène peut arracher en cherchant bien, un brin d’empathie.

Sinon, oui la mort c’est dur et la vie c’est mieux. Mais en fait on le savait avant The man i love. Et puis ce qui pose également une grande difficulté, et qu’il demeure une impression gênante que le rôle a été construit sur mesure autour de la célébrité qui l’incarne pour aller chercher des récompenses. Alors, ne tombons pas trop de l’arbre, ça arrive et ça arrivera encore, mais ici, ça se voit quand même beaucoup. Comme si on voulait créer une icône. Là aussi c’est le cinéma qui se regarde filmer, et à nouveau ça éloigne le spectateur, mais rapproche sans doute les groupies. Pourtant cette thématique de l’imminence de la mort, qui peut donner envie toujours plus d’aimer mieux, fort, sans limite pouvait subjuguer d’émotion. Y compris dans le foisonnement artistique de cette époque. Mais la mise en scène assez lambda et déjà vue ne permet pas de ressortir une image, un moment, une scène un tant soit peu marquante. Alors si un peu, quand on passe de l’appartement aux couleurs feutrés à l’ambiance du monde la nuit. Ombre et lumière. Il semble que dans Police Academy 7 (1994), il existe aussi du contraste, ainsi que dans les films de vacances de Mamie Lucette en cet été 1988.

Au casting, l’affaire est réglée plus haut, mais très certainement que d’autres et ils en ont bien le droit, parleront pour Rami Malek du rôle d’une vie, d’un sillon qui inlassablement se creuse et patin couffin. Il nous tarde surtout de voir l’acteur sur le registre d’une plus grande sobriété pour mesurer l’ampleur d’un talent qui par ailleurs existe très certainement. Au final, The man i love présente un intérêt limité. C’est souvent inégal et tourne beaucoup sur soi-même. Il est sûrement possible d’y adhérer car de toute façon, oui c’est toujours une affaire de sensibilité et de rencontre et parfois cette dernière ne se fait jamais !

Titre Original: THE MAN I LOVE

Réalisé par: Ira Sachs

Casting : Rami Malek, Rebecca Hall, Ebon Moss-Bachrach…

Genre: Comédie musicale, Fantastique, Romance

Sortie le : Prochainement

Distribué par: Memento

PAS GENIAL

Catégories :Critiques Cinéma

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