
Faire un bilan, résonner le clap de fin de 12 jours hors réalité, d’une parenthèse enchantée, d’une bulle hors du temps, est aussi une façon de soi même essayer d’en sortir. Eviter le léger vertige de ce que j’ai beaucoup entendu ces derniers jours « un retour à la réalité ». Sauf que Cannes, ce n’est pas une réalité parallèle ou alternative, c’est juste une autre réalité. Il y a le visible, le clinquant, le médiatique strass et paillettes, mais il y a l’intérieur, le cœur, qui ressemble parfois davantage à stress et palettes.
Cette année 2026, le 79ème festival de Cannes c’est pour ma part 36 films vus, 35 chroniques, une interview, 229 litres de café, 228 de coca, 18 sandwichs triangles, et autant de « taboulé chorizo ». C’est 35 chroniques rédigées, certaines bien avant que le soleil daigne ouvrir l’œil, d’autres dans le média center du Festival (salle de presse) avec du Debussy à fond dans les oreilles.
Et si justement Cannes est bel et bien l’épicentre de la vérité sur une quinzaine du mois de mai tous les ans, c’est bien car y sont exposées des preuves de vie de notre humanité, et des marqueurs signifiants de son évolution. Et en prenant un peu de hauteur, avec des curseurs qui bien sûr se décalent, si on a su avancer sur nombre de sujets, la violence des hommes persiste et semble ne jamais pouvoir se tarir. Les guerres passées, dont il fut beaucoup question cette année font trop écho à d’autres aujourd’hui, larvées ou bien réelles.
C’est aussi pour tout ça que Soudain de Ryūsuke Hamaguchi est une formidable réponse, avec la bienveillance du cœur et l’intelligence du propos en double étendard. Sa double récompense pour Tao Okamoto et Virgine Efira met aussi en lumière la magie d’une rencontre, une vraie œuvre d’art en soit. Soudain, le coup de cœur absolu de votre serviteur.
On peut toujours faire et défaire les palmarès sur des critères de toute façon toujours subjectifs et inhérents aux sensibilités propres, mais incontestablement Fjord de Cristian Mungiu est une très belle Palme d’Or. C’est une immense part d’humanité, de non jugement, qui en ces temps de duperies planétaires et d’une jetable simplification, est comme un acte révolutionnaire. Fjord est utile autant à la vie qu’au cinéma ! Une sacralisation de l’art de la nuance en ces temps d’extrême polarisation.
Et pèle mêle, en vous invitant à lire les chroniques sur le site, Hope est une dinguerie absolument géniale. La vie d’une femme très grand rôle pour une très grande actrice, Léa Drucker. Garance, une pépite absolue, Dieu du cinéma que c’est beau. Dieu du cinéma que c’est triste. Dieu du cinéma que c’est drôle. C’est lumineux, terriblement humain, si doux mais dur quand même. Adèle Exarchopoulos y est brûlante et sur le toit du monde. L’abandon, on en sort sonnés et le cœur déchiré. Quelques mots d’amour, c’est presque du Pagnol à Sarcelles, un doux bonbon d’une infinie tendresse malgré les grands drames des vies de femmes. Paper Tiger, impressionnant. Massif. Du James Gray en mode c’est de la pure, il renoue et nous on jubile. Il creuse avec grâce et justesse la force du lien. Il est insatiable et son œuvre intarissable en la matière. La troisième nuit, on sort de la salle gorge serrée et larmes aux yeux. Moulin, un choc. Fascinant face à face vie contre mort. Coward, à cœur ouvert. C’est l’amour sur la mort. In waves, petite merveille visuelle, un sublime récit poétique et inoubliable.
Et pour peut-être se faire plaisir, car le lapidaire et le sens de formule si c’est fait avec tendresse, on peut toujours s’y essayer et clairement une formule ne résume pas un film, sinon tout ce qui dit plus haut est un mensonge : Quelques jours à Nagi : On contemple quand même énormément. Trop d’ellipses finit par tuer l’ellipse. Le risque de filmer l’ennui est de nous le communiquer.
Sheep in the box : L’épilogue prend la tournure d’une vidéo promotionnelle pour les bisous aux arbres. Le souci majeur est que l’intelligence artificielle devient un peu une émotion artificielle. Au casting, les arbres aussi affichent une belle présence.
The man I love : Ce n’est plus où est Charlie, mais où est Jimmy ? On se croirait à la MJC du village avant la représentation de fin d’année des élèves de CM2. Rami Malek se veut solaire, il est en fait celui qui éteint la lumière au fond de la salle. Une mise en scène sous forme d’ombre et lumière : il semble que dans Police Academy 7 (1994), il existe aussi du contraste, ainsi que dans les films de vacances de Mamie Lucette en cet été 1988.
Après ces moments peu glorieux, viennent aussi le temps précieux des remerciements. Tout d’abord au génialissime Fred Teper, rédac chef des Chroniques de Cliffangher And Co. Généreux et autant passionné que connaisseur de cinéma, il a supporté pour les publier avec une mécanique constance mes saillies écrites mais aussi tous les à coté d’une folie douce qui s’amplifiait jour après jour… L’amie du Sud et bien nommée France, sans qui rien ne serait possible sur place. Ta joie, tes éclats engagés et toujours justes, n’est pas Desproges qui veut. L’acolyte Corinne jamais loin, toujours là pour des analyses profondes sur tout mais aussi de la grosse bouffonnade sur rien. Puis, grâce à Laurianne Escaffre et Yvo Muller, une très belle rencontre avec Jean Charles, un passionné éclairé et engagé du Cinéma. Rendez-vous en Novembre dans les Vosges mon nouvel ami. Et merci à Hélène pour l’ensemble de ton œuvre !!! Il va falloir se désintoxiquer… Écrit celui qui porte le badge d’accréditation autour du cou à l’écriture de cette prose. Une parenthèse est enchantée car elle est parenthèse. Les étoiles dans les yeux passent dans le cœur et se rallumeront dans un an. C’est vite passé. Il paraît…
Catégories :Critiques Cinéma









































































































































