Critiques Cinéma

COWARD (Critique)

SYNOPSIS : Pendant la Première Guerre mondiale, le jeune soldat Pierre veut faire ses preuves au front. Derrière les lignes, il rencontre Francis, qui a pour mission de trouver un moyen de remonter le moral des troupes.

Pour son troisième long métrage, Lukas Dhont dit de Coward qu’il s’inspire de photos de soldats de la Première Guerre mondiale montant des petits spectacles. « Une pépite de couleurs« , promet-il pour un film dont l’aspiration est de montrer la lumière dans le noir. Présenté en compétition officielle lors de ce 79ème festival de Cannes, Coward suit Girl primé avec la Caméra d’or en 2018 puis le Grand prix pour Close en 2022. A ces deux occasions, le jeune réalisateur de bientôt 35 ans a précisément réussi à trouver cette lumière dans des récits à chaque fois bouleversants. Cette fois-ci, il s’échappe dans un genre où on le connait moins, dans un film en costumes en quelque sorte. Il raconte la guerre avec le prisme quasi du divertissement où on réinvente la notion de l’héroïsme et où l’amour va être l’arme principal en temps de guerre. Et c’est exactement ça, avec un film à cœur ouvert à tout point de vue. C’est l’amour sur la mort. C’est aussi l’art pendant la guerre. Mais qui vaudra à Pierre d’entendre ‘Tu danses et nous on crève ». Ou quand faire œuvre de sensibilité, qu’elle soit artistique ou amoureuse est forcement synonyme de faiblesse, de lâcheté. Alors que l’on rêve de l’amour qui ferait taire les bombes. Comme disait Brel « Quand on a que l’amour pour parler aux canons, et rien qu’une chanson pour convaincre un tambour« .

Mais ce n’est pas pour autant que les horribles mutilations de guerre nous sont épargnées, ce qui aurait été une aberration scénaristique de toute façon. Même derrière les lignes, pour tenter de préserver le moral des troupes, on voit les monceaux de corps et de cadavres que l’on croise quasi constamment. La mort est partout, alors comment ne pas penser à l’amour. Pour survivre. Nombreux sont les plans serrés sur tous ces hommes, sur la camaraderie, avec ces blagues de caserne des petits hommes de caverne, mais attachants quand même. Lukas Dhont est un grand filmeur des corps, des yeux, des cœurs. Avec toujours cette sensualité et ce rapport charnel au cinéma, que même au cœur de l’horreur absolue, il arrive à nous communiquer. Dès que Francis pose les yeux sur Pierre, on devine à quel point il le trouve beau comme un dieu. Et il l’est !! Alchimie et magie d’une première rencontre, qui parle au cœur de tous et réveille des souvenirs universels. Sauf que bien sûr cet amour ne peut qu’être caché, tant il serait condamné. Viennent alors quelques scènes assez sublimes, comme celle du chant de Francis pour les soldats pendant que Pierre fait tomber des copeaux de bois. Moment suspendu, on le sait tant la salle retient son souffle. Silence de cinéma qui fait du bruit.

La caméra toute en émotion filme dans Coward les sentiments sans complexe, avec des plans sans doute un peu appuyés pour convoquer l’esthétisme. Mais le résultat y est, on est touchés en plein cœur de toute façon. Certaines images sont sublimes. Marque de fabrique d’un metteur en scène. Au casting, c’est un grand duo car c’est une grande histoire d’amour. Une alchimie lumineuse. Dans le rôle de Pierre, Emmanuel Macchia est troublant de sensualité. Il est tout en sensibilité et en émotions. Lukas Dhont en fait une muse d’un charisme fou. Troublé au début, il est résolu à faire vivre son amour ensuite. L’acteur porte avec grâce et puissance cette composition.Pour jouer Francis, Valentin Campagne réalise lui aussi un sacré numéro. Très volubile au début, artiste des lignes-arrières, c’est une vraie diva et ce qu’il propose sur scène aux soldats, blessés et autres acteurs de l’horreur est une immense farandole. Il fanfaronne beaucoup au début et donne une sacrée couleur de sentiments ensuite. Au final, Coward est un film qui vous prend en direct aux tripes et au cœur. C’est du Lukas Dhont dans le texte et cette approche romantique de son art fait juste du bien au cinéma !

Titre original : COWARD

Réalisé par: Lukas Dhont

Casting: Emmanuel Macchia, Valentin Campagne, Jonas Wertz …

Genre: Drame, Historique, Romance

Sortie le: Prochainement

Distribué par : Diaphana Distribution

EXCELLENT

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