

SYNOPSIS : Septembre 1940. Henri Marre débarque seul à Vichy. Sans connaissances, il aspire à se faire une place dans le nouveau régime. Dans sa valise, son manuscrit politique autodidacte Notre salut qu’il entend faire publier. Henri veut aider à sauver la France de la débâcle, mais peut-être et surtout se sauver de sa propre débâcle…
En 2021, le réalisateur de Notre Salut, Emmanuel Marre se faisait déjà grandement remarquer au Festival de Cannes où il présentait à la Semaine de la Critique son premier long métrage, co-réalisé avec Julie Lecoustre, Rien à foutre, avec la divine Adèle Exarchopoulos. Cette fois-ci, il revient en compétition officielle, avec un sujet forcément audacieux, tant la collaboration est à peu près 80 fois moins montrée au cinéma que la résistance ! Lacombe Lucien (1974) et tout récemment Les rayons et les ombres (2026) sont des notables exceptions. Avec beaucoup de clinquant en moins, une lumière presque terne et beaucoup de décalage. Presque étrange et très attirant sur le papier. A noter que Notre salut est inspiré par la famille du réalisateur lui-même, et notamment par son grand-père qui était fonctionnaire à Vichy.

Ajoutons au casting le toujours excellent de justesse Swann Arlaud, et la curiosité et l’attente sont à leur maximum. A l’écran, le résultat est troublant. On est quasi dans le documentaire avec un grain de l’image si particulier. Une sorte de mi-chemin qui sur la forme pourrait faire penser à un certain C’est arrivé près de chez vous (1992). Évidemment, ici le propos est tout autre. On est comme en immersion avec la lâcheté même, c’est à cet endroit que le trouble est majeur. Dans l’association du spectateur à la disgrâce généralisée. C’est une ambition folle, dévorante, cynique et un brin dégueulasse qui est ici disséquée. Henri Marre dira bien à un moment que le pouvoir, « c’est prendre l’ascendant sur les esprits des autres ». Évidemment il est question d’ambiguïté. Au bas mot. Impossible en effet de ne pas penser au tout récent Les rayons et les ombres de Xavier Giannoli. Mais une comparaison qui s’arrête là du fait tout particulièrement de la singularité du geste de cinéaste de Notre salut. Henri Marre semble tout de même très convaincu du Pétainisme et donne le sentiment de ne pas tant que ça aimer l’idéologie hitlérienne. Mais comme sa vorace ambition est massive, toujours à un moment, la conviction s’efface.

Autre procédé étonnant et percutant de mise en scène, c’est la voix off de son épouse dans la première partie du film, tantôt profondément amoureuse et à d’autres moments repoussant avec une infinie violence, moquant sa médiocrité et prenant un malin plaisir à le tourner en ridicule. Sauf que plus il gravira les échelons, plus elle semble en capacité d’en être amoureuse. Les signes qu’elle lui fait pour qu’il soit en bonne place sur une photo font sombrer les deux dans un pathétisme duquel le spectateur est délicieusement pris à témoin. On est au cœur de la machine Vichyste, dans ses rouages administratifs les plus glauques, que dans une méticulosité qui confine à la folie bureaucratique et ses obsessions lunaires. Ou comment plier un confetti en quatre dans le postérieur d’un pachyderme. Puis, il y a un moment de grâce, de pure folie. En soirée chez le préfet, la femme de ce dernier s’ennuie et veut danser. Nous est alors proposé une chorégraphie complètement lunaire sur le morceau PopCorn (1972) de Hot Butter (une reprise, et c’est sûr que si le titre ne vous dit rien, vous connaissez l’air). Évidemment complètement hors sol car pas la même époque. La chorégraphie est exactement la même que dans le clip de départ. Et autant dire le ridicule de la situation car c’est une danse qui ferait penser à un mix entre le Papa pingouin et La danse des canards !! Le tout au cœur de la préfecture par des collaborationnistes. Un décalage qui fait rire la salle et il y a de quoi, mais qui vient autant souligner le pathétique de la situation de ces collabos trop ordinaires, que le génie d’un metteur en scène. C’est une scène dingue et inoubliable.

Notre Salut est un véritable geste d’auteur on ne le dira jamais assez. Et comme toute création artistique de cette ampleur, il peut souffrir de quelques étrangetés et longueurs qui peuvent freiner une totale adhésion. Au casting, Swann Arlaud, totalement magistral et qui écrase tout. Sa simplicité et son total lâcher prise semble comme sur mesure pour incarner ce qui n’est pas autre chose que la médiocrité ordinaire d’un homme. Parfois décalé, maladroit, souvent ridicule, l’acteur fouille tous les registres de son personnage, c’est impressionnant. Un vrai candidat à bien des prix d’interprétation. Sandrine Blancke, dans le rôle de l’épouse d’Henri est assez tourbillonnante dans une forme d’oscillation entre excentricité imprévisible et la triste ambition qu’elle partage avec son mari. L’actrice nous emporte à tous les coups. Un certain nombre crie déjà au génie, tant l’originalité est totale, et tant il existe comme un fourmillement constant aussi bien sur la forme que le propos. Notre salut est en tous les cas une véritable expérience de cinéma, qu’il convient de pouvoir tenter !

Titre original : NOTRE SALUT
Réalisé par: Emmanuel Marre
Casting: Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Mathieu Perotto …
Genre: Drame, Historique
Sortie le : 30 septembre 2026
Distribué par : Condor Distribution

TRÈS BIEN
Catégories :Critiques Cinéma, Festival de Cannes 2026, Les années 2020








































































































































