Critiques Cinéma

MOULIN (Critique)

SYNOPSIS : Juin 1943, Jean Moulin, chef de la Résistance, est arrêté alors qu’il tente de réunifier les forces de l’Armée Secrète. Interrogé par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, Moulin est entraîné dans une confrontation implacable. Son ultime combat face à la manipulation et la brutalité commence.  Le destin de la France libre en dépend. 

« On ne voulait pas faire un biopic traditionnel, mais un long-métrage sur l’idée de la résistance au sens large« , nous apprend le producteur Alain Goldman au sujet de Moulin. Quatrième long métrage du cinéaste hongrois László Nemes, de qui on se rappelle particulièrement Le fils de Saul en 2015, où l’innommable était montré sur un mode saisissant et lui avait valu le grand prix du Jury au Festival de Cannes 2015. Moulin, a été tourné quasi exclusivement en huis clos, il s’agira essentiellement de filmer au plus près la détermination de Moulin face à Barbie. La présence de Gilles Lellouche dans le rôle-titre vient électriser les folles attentes autour du long-métrage en compétition à Cannes en cette année 2026. Son aspiration était de s’effacer derrière cet immense homme et prêter son corps à son histoire. Le résultat est un choc. Moulin est un film fascinant. On est tout de suite comme aimantés, on tremble à chaque seconde. C’est un face à face vie contre mort. C’est inoubliable cinématographiquement et indispensable historiquement.

On est avec Moulin tout le temps. On a peur pour lui à chaque seconde, et comme il est de tous les plans, notre angoisse est totale. Ce film est comme une angoisse constante, car même avant d’être fait prisonnier, nous sommes puissamment tourmentés. Car Moulin sait qu’à tout moment il peut être arrêté. Alors, il se méfie tout le temps de tout le monde. Le cinéaste filme alors l’homme de la rue comme un potentiel danger permanent. Puis vient le premier face à face avec Barbie, quand il s’agit encore d’une forme de bienséance d’apparence. Un duel déjà déroutant, captivant. On est tout de suite en totale apnée. Notamment car Barbie découvre alors toute l’intelligence redoutable de Moulin. Moulin n’est en effet pas directement un agent de terrain, et il aura d’ailleurs tellement peur d’être torturé car convaincu qu’il ne tiendra pas et donnera des informations, dont pourrait dépendre l’issue de la guerre. L’enjeu n’est pas qu’existentiel, il est historique. Alors qu’au final, il est aussi entré dans la légende pour son courage car il mourra en martyr, ce qui rendra fou Barbie, tant c’est ce qu’il voulait éviter. Une tension qui nous est magistralement communiquée par l’ensemble du dispositif de Moulin. La narration, le rythme, l’image, le son, les acteurs. Tout nous fait urgence dans Moulin. Les émotions du spectateur sont à l’épreuve, et nous entrons dans un véritable vertige de cinéma.

Tourné en 35 mm et en format scope, la mise en scène de Moulin est dingue. Car elle est massive avec des plans d’une pure splendeur, dans la façon de filmer les espaces, qu’il soit dans les grands salons, bureaux ou pièces du siège de la gestapo avec des symétries, des salles amples et le mode resserré ou gravitent les personnages. Comme des entrailles de ces mêmes locaux, bien plus restreints, où on massacre et on torture, mais avec toujours ces plans serrés sur les hommes. Au casting, à l’écriture de ces lignes, nous n’en savons rien mais comment ne pas récompenser Gilles Lellouche, qu’il s’agisse de Cannes ou dans d’autres cérémonies à venir. Car disons-le, depuis quelques films, une forme de cabotinage s’installait pour l’acteur. Aussi lié à l’écriture des personnages qu’il incarnait. Mais là…

C’est d’abord un jeu toute en sobriété. Et dans le même temps, il donne son corps, son âme et son cœur au personnage. Il le décrit lui-même comme « une expérience épuisante, éprouvante, qui reste et qui s’imprime dans la mémoire« . Cette interprétation, c’est une massivité, une densité. Gilles Lellouche est Moulin. Il porte le film avec une immense puissance, et c’est d’autant plus remarquable tant il était attendu. Face à lui, Lars Eidinger est un Barbie lui aussi complètement incarné. La dégueulasserie, le sadisme, la perversion prennent le visage de l’acteur. Il fait pleinement passer sa colère montante face à celui qui ne cédera pas. Impressionnant lui aussi. Louise Bourgoin qu’on voit peu, mais toujours avec cette présence sublime et magnétique. Au final, Moulin pourrait recevoir bien des récompenses. Tant pour sa portée historique que pour l’immense film de cinéma qu’il est. Parions qu’il va énormément en rester, une fois passée l’euphorie cannoise. Il est profondément marquant. C’est un choc.

Titre Original: MOULIN

Réalisé par: László Nemes

Casting : Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Louise Bourgoin…

Genre: Drame, Historique

Sortie le: 28 octobre 2026

Distribué par: Studio TF1

CHEF-D’ŒUVRE

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