

SYNOPSIS : À bientôt 40 ans, David Zimmerman est photographe mais personne ne le sait. Alors qu’il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête insensée. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard, la suit… Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de l’inconnue.
L’inconnue est une adaptation du roman graphique Le cas David Zimmerman de Lucas et Arthur Harari. Ce dernier ayant donc porté à l’écran cette intrigue mystérieuse très nocturne sur fond de body-swap (échange de corps). Arthur Harari avait déjà marqué les esprits avec son Onoda qui raflera le César du meilleur scénario original en 2021, film de 2H45 un peu fou, mais quel talent, quelle puissance romanesque, quelle façon de faire du cinéma. Arthur Harari également co-scénariste de rien de moins que la palme dOr 2023 de Justine Triet avec Anatomie d’une chute. La force créatrice du cinéaste n’est plus à démontrer, et il met en scène ici sa propre production, autant dire que l’impatience est très puissante avec ce récit forcément un peu science-fiction dans son genre, mais totalement contemporain dans sa narration. Au casting, Léa Seydoux et c’est à chaque fois un événement !!

Alors, ce n’est rien de dire que L’inconnue est un film labyrinthique, à multiples tiroirs où Harari nous paume complètement. Pour être honnête, tout n’est pas hyper compréhensible, mais en fait ce n’est pas top grave, car il existe une grâce, une gravité et une telle intensité qu’on arrive complètement à s’ancrer dans cette histoire. On est typiquement dans une forme d’art où vraiment la subjectivité et la sensibilité vont primer car c’est une question d’être ou pas touché par une démarche artistique. C’est ce qu’est L’inconnue. C’est vertigineux, palpitant, souvent dur à suivre, mais qu’on aimerait pour toutes ces raisons être dans la tête du réalisateur. C’est aussi un pur geste de cinéaste. Il émane en effet de L’inconnue une profonde mélancolie, une tragédie interne pour les personnages et un questionnement identitaire, existentiel qui vient interroger tout un chacun. Des questions sur le corps, sur qui nous sommes, qui nous pourrions être et comment alors nous nous comporterions. Nos corps et nos esprits sont-ils intimement liés ? C’est le modeste traité anthropologique convoqué par L’inconnue.

Cette agonie psycho-affective est comme majorée par des effets troublants de mise en scène. Une torpeur puissante avec des déambulations lentes et longues façon Gus Van Sant dans Elephant (2003). Un grain de l’image comme démodé, abimé, presque une photo trouble. Des créations sonores et musicales enivrantes, parfois saturées. C’est une alchimie d’images et de sons. C’est envoûtant. C’est un cinéma très personnel mais aussi très communicatif du spleen d’une époque. Puis L’inconnue joue aussi avec le spectateur. Jeu dangereux car au risque de nous perdre, mais c’est assumé car est-ce l’essentiel de se rappeler qui est qui dans quel corps et l’image que ça renvoie aux autres. C’est même plaisant de se faire directement et délicieusement piégé par l’imaginaire d’un cinéaste.

Au casting, l’exigence du réalisateur est aussi omniprésente, tant on devine l’engagement total de ses acteurs. A commencer par Niels Schneider, clairement méconnaissable, qui a même troublé sa propre famille en dehors de la caméra, qui est enlaidit et au visage christique. Surement effet voulu, car corps d’homme avec une identité de femme. Peut-être un Adam et Eve façon Yel, en tout les cas un immense numéro, tant l’acteur nous communique une douleur, une souffrance, une urgence. Il est beau comme c’est pas permis ! Léa Seydoux est également totalement troublante. Presque masculinisé car comme son comparse, elle joue un autre dans son corps. Un corps qu’elle rejette avec force et violence. Leur duo devient comme surréaliste et en même temps terriblement bouleversant. Au final, L’inconnue est un profond geste artistique dans la mesure où il nous touche sans que de prime abord on en comprenne la teneur, le mécanisme. On pourra crier au génie, à l’ennui ou à l’imposture, mais purement formellement, L’inconnue sera difficile à oublier, c’est une véritable expérience de cinéma !

Titre original : L’INCONNUE
Réalisé par: Arthur Harari
Casting: Léa Seydoux, Niels Schneider, Victoire Du Bois …
Genre: Drame, Thriller
Sortie le: 26 août 2026
Distribué par : Pathé Films

EXCELLENT
Catégories :Critiques Cinéma









































































































































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