

SYNOPSIS : Yuri, architecte divorcée, rend visite à son ancienne belle-sœur Yoriko, sculptrice installée dans le village de Nagi. Ce séjour, d’abord envisagé comme une simple parenthèse, prend une tournure inattendue lorsque Yuri accepte de poser pour elle. Au fil des séances, les silences se peuplent de souvenirs, et un lien profond, longtemps enfoui, ressurgit entre les deux femmes. Loin de l’agitation de Tokyo, Yuri se laisse gagner par la douceur du quotidien rural et la vie des habitants. Les jours passent comme si quelque chose, ici, l’invitait à rester.
Kôji Fukada fait souvent allusion à Eric Rohmer quand il s’agit d’évoquer des sources d’inspiration. La question du hasard et donc du destin fascine le cinéaste japonais. Ses œuvres précédentes en témoignent, autant la fresque amoureuse en deux parties, sortie en 2022, Suis-moi je te fuis et donc Fuis-moi je te suis que Love Life en 2023. Quelques jours à Nagi est lui tiré de la pièce Tōkyō Notes d’Oriza Hirata, elle-même inspirée par le film Voyage à Tokyo (1953). Cinéaste des sentiments, Kōji Fukada compte désormais parmi les fidèles du Festival de Cannes, et ce, depuis sa première venue en 2016 pour Harmonium, un thriller psychologique qui était reparti avec le Prix du Jury Un Certain Regard. Après Love on Trial, présenté en 2025 à Cannes Première, le japonais revient en Sélection officielle pour la deuxième année consécutive, avec Quelques jours à Nagi (Nagi Notes), une chronique rurale hors du temps, présenté en compétition et qui se veut tout autant tendre que contemplative.

Le problème du contemplatif est que c’est aussi une affaire de dosage. Et dans Quelques jours à Nagi, on contemple quand même énormément. Une torpeur évidemment savamment entretenue, qui est aussi un gage d’esthétisme et de grande épure. Quelques véritables élans littéraires en revanche. La parole est parfois abondante dans Quelques jours à Nagi, et il est largement possible d’en extraire quelques pépites : « Quand on est tristes, on est tristes partout ». « Elle m’a éconduite alors je l’aimais encore plus » qui ne sont que des morceaux choisis mais qui disent quand même beaucoup de l’intelligence littéraire de l’œuvre. Et qui viennent en anatomie du désespoir que chacun porte à un moment et sur les impossibles à s’en défaire. Mais impossibles temporaires, car comme Yuri, on se relève d’abord, et on se réinvente ensuite. C’est doux et jamais moralisateur. C’est aussi une grande affaire de nuances et de contrastes. Les sculptures en bois de camphrier de Yoriko qui représentent autant les morts que les vivants nous interpellent avec une certaine force. Le creusement de leurs yeux notamment et les nombreux plans qui les illustrent leur donne une allure vivante toute singulière. Comme si elles témoignaient et c’est assez troublant. Elles font comme partie de la distribution et s’ancrent en nous.

Mais c’est aussi les bruits au loin, qui eux viennent briser la langueur monotone et la mélancolie de l’écume des jours à Nagi. Des explosions d’un site militaire non loin, comme un rappel que l’apaisement dans la vie des femmes et des hommes n’est jamais vraiment possible. Si Quelques jours à Nagi se manifeste singulièrement par sa douceur, son élégance et sa délicatesse, force est de constater que trop d’ellipses finit par tuer l’ellipse. Le risque de filmer l’ennui est de nous le communiquer. Le récit devient froid à force de se regarder et les personnages n’arrivent plus à nous communiquer l’urgence de leurs drames intimes.

Au casting, Shizuka Ishibashi, dans le rôle de Yuri affiche une mélancolie qui progressivement s’estompe avec une évidente grâce. En face, Takako Matsu dans le rôle de Yoriko lui apporte une réplique tout aussi complète sur la complexité des émotions. Au final, Quelques jours à Nagi est une belle expérience visuelle, mais la quiétude des jours qui passent finit quand même par nous atteindre et il ne faut pas un siège de cinéma trop confortable au risque de s’envoler un peu trop loin !

Titre Original: NAGI NOTES
Réalisé par: Kôji Fukada
Casting : Takako Matsu, Shizuka Ishibashi, Kenichi Matsuyama …
Genre: Drame
Sortie le: 07 octobre 2026
Distribué par: Art House

MOYEN
Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2020








































































































































