Critiques Cinéma

GARANCE (Critique)

SYNOPSIS : Garance est une jeune actrice alcoolique. Huit ans d’un parcours fait de déménagements, de travail, de rencontres, de fêtes et d’angoisses, de joies et de coups durs… Mais aussi une révolution intime, amicale et sexuelle, un chaos aux allures de « grande récré » où se mêlent autant d’amour que de destruction.

Jeanne Herry, la réalisatrice de Garance connaît une forme de grâce dans toutes ses approches des différents sujets qu’elle a mis en scène. Aussi bien dans Pupille (2018) que Je verrai toujours vos visages (2023), Un sens de la vérité, une puissance dans la transmission des messages, une authenticité dans la narration, une direction d’acteurs qui leur offre un total lâcher prise. Et l’on a alors devant nous une des cinéastes les plus passionnante de ces dernières années dotée de cette force de l’immersion qui caractérise Jeanne Herry, insatiable anthropologue de la vérité avec son sens inné de l’autre, qui porte le fol espoir de la croyance réfléchie et non béate en l’humanité. La cinéaste nous dit à propos de Garance dans cette envie de filmer l’individu plus que le collectif : « C’est le portrait d’une actrice qui boit trop. Et à travers elle, le portrait d’un métier. Car Garance n’est pas une actrice vedette. Elle est au fond la comédienne que j’aurais pu être si j’avais été plus douée et si, à force de ne pas travailler, je n’avais pas choisi une autre voie. »

En sélection officielle à Cannes en cette année 2026, l’attente est folle, avec au casting celle que l’on arrête encore dans la rue suite à Je verrai toujours vos visages, qui lui a valu un César, Adèle Exarchopoulos, icône de justesse, qui plus est quand c’est cette cinéaste qui la fait jouer. Garance, Dieu du cinéma que c’est beau. Dieu du cinéma que c’est triste. Dieu du cinéma que c’est drôle. C’est lumineux, terriblement humain, si doux mais dur quand même. Adèle y est brulante et sur le toit du monde.

Dans Garance, les dialogues sont dingues, on entend des pépites en passant comme ça l’air de rien. « Ça vaut de l’or la sensibilité et la fragilité ». Comme une réhabilitation des rêveurs, dans des temps de vertige consumérisme, ça fait du bien, c’est du velours. Ou encore « Le tribunal des trucs qui vont peut-être arriver« , pour apprendre à dédramatiser, et surtout pour ce message d’humanité que chacun fait bien comme il peut. A propos de son alcoolisme : « Mais c’est ça le truc, les angoisses et la gueule de bois, c’est comme les courbatures après le sport, ben on va pas arrêter le sport« . Garance, c’est une écriture, une signature, un geste tendre de cinéma.

Garance, c’est bien sûr un portrait de femme, d’actrice mais surtout de galérienne. Aussi un portrait immersif d’un alcoolisme. Pas un plan sans Adèle, pas Adèle sans un verre. Garance est alcoolique depuis 15 ans, à raison de deux litres de vin par jour depuis 4 ans. Elle ne boit pas des verres mais des vases. L’alcool devient son boulot à plein temps. Elle sait que boire c’est mourir, elle pense qu’arrêter de boire c’est mourir. Garance, ce sont des scènes. A couper le souffle. On rit et on pleure dans la même minute. Les crises d’angoisse de Garance, une en particulier pour quiconque sait ce que c’est pour de vrai, sont d’une authenticité renversante. Tiens, le retour du cinéma vérité de Jeanne Herry. Le dialogue avec sa sœur sur son lit d’hôpital, sans en dire trop est juste déchirant.

Garance, c’est une liberté. C’est de l’amour dans sa plus parfaite expression, passionnel au début, puis rattrapé par la raison, mais toujours aussi puissant quand même. Car l’amour c’est la durée, la solidité. Et le couple formé par Garance et Pauline est une grande histoire d’amour du cinéma. Qui nous en rappellerait presque une autre, tout palmée d’or à Cannes en 2013. Avec déjà Adèle. Sauf qu’ici les fondations sont en béton armé. Pauline a très bien compris qui était Garance, et l’aime inconditionnellement. Réciprocité totale de Garance. On est dans leur histoire, on aimerait être leur histoire. Beau et fort.

Comme tout fait splendeur de cinéma dans Garance, le casting est incandescent lui aussi. Adèle Exarchopoulos est indispensable au cinéma. Elle est Garance de toutes ses forces. Garance est vivante car Adèle est une génie du lâcher-prise, de la vérité. Elle est bouleversante car tellement vraie, si authentique. Les compétitions seront rudes pour le prix d’interprétation féminine et les César l’an prochain, car quel immense rôle pour une immense actrice. Elle nous est si familière, une chaleur, un souffle, une grâce infinie. Elle est tout ça et la caméra de Jeanne Herry la sublime encore plus, dans des plans à tomber. Sara Giraudeau est une extraordinaire et géniale amoureuse. Leur couple est si proche de nous, l’histoire existe tant. Comme si c’était nos amies, nos voisines. Sara Giraudeau est l’aimante ultime, celle prête à tout pour être avec Garance, pour l’aimer coûte que coûte, sans vouloir la changer, juste l’accompagner, être sa compagne. Elles sont amies, amantes, complices. Elles se savent, se sentent, se vivent. Ce couple est une fusion et que c’est grand et beau. Garance vient confirmer le talent inouï et infini de sa cinéaste Jeanne Herry. Elle filme l’individu avec la même élégance, justesse, intelligence et sensibilité que le collectif. Garance est déjà indispensable au cinéma français, à voir et revoir tant c’est subtil et fort. Garance, c’est pas que du cinéma. Garance, c’est à voir d’urgence.

Titre Original: GARANCE

Réalisé par: Jeanne Herry

Casting : Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud…

Genre: Drame

Sortie le: 23 septembre 2026

Distribué par: StudioCanal

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