Critiques Cinéma

MÉMOIRE DE FILLE (Critique)

SYNOPSIS : Annie Ernaux est sollicitée pour une signature de son dernier ouvrage dans la ville de son enfance, Rouen. Alors qu’elle s’y rend, elle est prise d’un vertige et replonge dans le souvenir de l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme. Nuit dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur le reste de son existence.

La comédienne et réalisatrice, Judith Godrèche, devenue l’une des porte-parole du mouvement MeToo, adapte à l’écran le récit d’Annie Ernaux, avec l’enjeu selon la cinéaste de ne pas trahir l’écrivaine dans cette narration traumatique de l’entrée dans la sexualité, tel que le décrit dans l’ouvrage éponyme l’autrice en 2016. Présenté en sélection officielle dans la catégorie Un certain regard pour ce 79ème Festival de Cannes, c’est comme si le corps de l’autrice devenait hors d’elle-même, étranger, car au-delà d’une expérience sexuelle, il est question ici davantage d’une véritable profanation. Annie Ernaux dit que le film aura permis pour elle de faire disparaître les vrais visages des salauds de l’époque, mais elle voit maintenant ceux des acteurs du film de Judith Godrèche. Le meilleur des hommages possibles.

Judith Godrèche filme ici au plus près les tourments d’Annie, les premiers émois, les blessures profondes et traumatiques, qui viendront emprisonner pour toute une vie. Quand Annie débarque comme monitrice de la colo, en quittant pour la première fois la maison familiale, elle ne connaît finalement que le monde des livres, n’a peut-être même jamais pris une douche ou bain, car là d’où elle vient, on se lavait à l’ancienne. Alors qu’elle va être confrontée ici aux autres, à une forme de dépravation inhérente, ou pas, à la jeunesse, entre alcool, sexe, et orgies de l’autre à n’en plus finir. Mémoire de fille, c’est une innocence qui se brise. Annie c’est la parfaite candide, la pure ingénue, et la proie totale, facile et idéale pour notamment un moniteur qui sous couvert d’une forme de relation ne va pas commettre autre chose qu’un viol. Comme livrée malgré elle en pâture. Cette absence de consentement, ce moment où on ne dit ni oui ni non. C’est ce moment où Annie n’a le temps de rien. Un regard jamais érotisant, avec une caméra en immersion, qui ne lâche jamais le personnage d’Annie. Simplement, on voit ce qu’elle voit, une ampoule, une robe par terre, le visage de l’homme qui est au-dessus. Comme une dissociation. Violence infinie, qui plus est à l’âge de 17 ans ½ où l’on cherche une place, autre que celui d’enfant de son parent, et encore plus en tant que femme, encore plus en tant qu’Annie, consciente de son atypisme, une singularité qui font d’elle cette artiste de la pensée, des mots. Une force, mais une différence donc possiblement une souffrance. Un vrai récit d’initiation mais dans une folle douleur. Son âme, son cœur et sont corps sont en révolution. Et c’est finalement à l’éclosion de l’écrivaine qu’elle va devenir à laquelle nous assistons.

Au lycée, elle apprendra que le destin des femmes n’est pas de continuer à être soumise en tant que femme, et qu’il faudra ainsi apprendre à ne jamais abdiquer. Dans sa valise, un peu plus tard, on verra subrepticement Le deuxième sexe paru en 1949, de Simone De Beauvoir. Combien de femmes peuvent avoir le choix d’avoir une vocation se questionnera-t-elle légitimement. Elle fera tout pour sortir des carcans, pour cette pure et folle aspiration à la liberté. Elle voudra donner du sens aux moments de vie quand on les vit.

Au casting, Tess Barthélemy dans le rôle d’Annie est sacrément impressionnante. D’à peu près tous les plans, l’immersion est totale, mais toujours évidemment dans la pudeur. On la voit dans toutes les émotions, et elle les fait vivre dans un lâché-prise qui en dit long sur les talents de l’actrice. Elle porte le film avec elle, sur elle, en elle. A suivre de près, car oui vraiment elle impressionne. On retiendra également Victor Bonnel, dans le rôle de ce salaud de moniteur chef. Pétri de certitudes et immonde dans ses pensées, propos et mouvements, le jeune acteur est au diapason de sa collègue, tant il donne corps à ce personnage détestable. A suivre vraiment aussi car plus on le voit, plus on a envie de le voir. Au final, Mémoire de fille, malgré parfois quelques petites facilités de mise en scène, est un vrai film de cinéma, de ceux qui comptent, et qui contribuent, souhaitons-le à des inversions de paradigme. Le cinéma doit en prendre toute sa part !

Titre original : MÉMOIRE DE FILLE

Réalisé par: Judith Godrèche

Casting: Tess Barthélemy, Valérie Dréville, Maïwène Barthèlemy …

Genre: Drame

Sortie le : 30 septembre 2026

Distribué par : Jour2fête

TRÈS BIEN

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