Critiques Cinéma

FATHERLAND (Critique)

SYNOPSIS : En 1949, Thomas Mann, lauréat du prix Nobel de littérature, retourne pour la première fois en Allemagne depuis la fin de la guerre, accompagné de sa fille Erika, actrice, écrivain et pilote de rallye. Au volant d’une Buick noire, ils entreprennent un voyage éprouvant dans un pays qu’ils ont fui, seize ans plus tôt, lors de la prise de pouvoir du parti nazi. De Francfort, sous domination américaine, jusqu’à Weimar, contrôlée par les Soviétiques, père et fille traversent une Allemagne en ruines, coupée en deux par la guerre froide.

Prix de la mise en scène en 2018 avec Cold War, Pawel Pawlikowski revient sur la croisette en 2026 avec 1949. Film aussi titréFatherland avec du lourd et car en noir et blanc comme son illustre pair, avec la présence toujours magnétique, et très porte-bonheur à Cannes de Sandar Hüller. Il a également fait appel comme chef opérateur à Lukasz Zal, qui avait subjugué Cannes et ensuite le monde entier avec sa photographie et l’art majeur de l’image dans The zone Of Interest de Jonathan Glazer en 2023. On devine aussi à la lecture du synopsis à quel point l’intime va venir se mêler à la grande histoire, toujours celle de l’après-guerre, et du voyage, de la confrontation avec l’histoire, que sait tant filmer le cinéaste. Et que dire autrement qu’il se dégage une absolue splendeur formelle de Fatherland.

C’est implacable, majeur et impressionnant à quel point les émotions passent par ce grain de noir et blanc, par des successions d’images prenantes, tout autant de peintures bouleversantes, mais aussi par le son et surtout par les silences, qui résonnent ici comme jamais. L’épure est totale, la forme souvent symétrique. On est agités nerveusement car c’est comme une œuvre d’art en perpétuel mouvement. Pawel Pawlikowski confirme un statut de maître, de génie, possiblement à nul autre pareil. Exilé aux Etats-Unis depuis 1933, Thomas Mann, prix Nobel de littérature revient donc dans son pays natal pour recevoir le prestigieux Prix Goethe. Véritable road movie au cœur de l’histoire du monde qui va aussi s’inscrire dans le drame de l’intime. La barbarie mondiale et la tyrannie familiale. Thomas Mann et sa fille apprennent le suicide de Klaus, le frère d’Erika et le fils de Thomas au cœur de la cérémonie. Gloire et déchéance. Famille en ruines, pays en ruines. Tout le film est dans ce miroir.

Quelques scènes fortes et qui nous ancrent. Dans un même mouvement, Erika administrera une gifle magistrale si bien sentie à son ex, qui vient gratter des fonds de tiroir d’un héroïsme que pour le moins il n’a pas fait vivre dans des temps si troublés. C’est toute la salle de cinéma qui donne la gifle. Et son père, Thomas face aux deux petits-fils de Wagner qui viennent flatter et quémander pour le Festival de Bayreuth qui les crucifie sur place : « Hitler aussi aimait beaucoup Wagner. Quoi que vous fassiez, la musique de Wagner vivra, mais en attendant, il faudra juger votre mère, et raser Bayreuth« . C’est toute la salle de cinéma qui aurait aimé trouver une telle répartie. Radicalité autant sur le fond que la forme. Pour autant, l’ensemble fort conceptuel n’est pas toujours pleinement accessible, et si c’est une œuvre parfaite pour le Festival de Cannes, la question de comment il vivra en dehors de la bulle se pose. Sa durée de 1H18 permet de ne jamais trop décrocher, mais l’exigence d’un tel cinéma pose toujours question par sa complexité. Reste cette émotion qui nous saisit tant l’intensité passe par une forme d’immatériel, et c’est bien cette raison qui érigera Fatherland au rang d’art, c’est incontestable.

Hanns Zischler dans le rôle de Thomas Mann fait pleinement revivre l’écrivain, et rend grâce à la tension et l’ironie qui l’animaient, qui plus est dans ce moment de son existence. Sobriété dans l’interprétation, c’était de toute façon indispensable. Sandra Hüller dans le rôle d’Erika elle aussi donne fidélité totale à son personnage, actrice, écrivain et pilote de rallye. Fantasque à sa façon, mais traversée par le drame de l’intime face à ce père monument, auprès duquel il est fatalement comme un impossible de trouver une place. Elle est toujours désarmante, même en faisant peu, et elle nous entraîne partout, comme pour la gifle. Au final, Fatherland est bien sûr une œuvre majeure, complexe et d’une densité absolue. C’est aussi comme un latent et permanent désespoir, même si bien sûr à la fin une ouverture semble possible. Un film qui forcément remue et qui toujours comptera.

Titre original : FATHERLAND

Réalisé par: Pawel Pawlikowski

Casting: Hanns Zischler, Sandra Hüller, August Diehl …

Genre: Drame

Sortie le: Prochainement

Distribué par : Pathé Films

TRÈS BIEN

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