Critiques Cinéma

GENTLE MONSTER (Critique)

SYNOPSIS : Lucy et Philip sont heureux, ils viennent d’emménager avec leur fils dans une maison de campagne près de Munich. Un matin, leur vie bascule lorsque la police se présente à leur domicile pour arrêter Philip et saisir ses ordinateurs. Bouleversée, Lucy cherche la vérité sur son mari. Qui est-il réellement ? Doit-elle l’éloigner de son fils ?

Ce n’est à peu près rien de dire à quel point ce Gentle Monster est attendu sur la croisette en cette année 2026. En effet, c’est d’abord l’histoire d’un retour, celui de Marie Kreutzer, dont le précédent film, Corsage, n’avais pas laissé indifférent en 2022. La géniale Vicky Krieps avait d’ailleurs obtenu le prix de la meilleure performance dans la section Un Certain Regard. C’est ensuite l’histoire d’une première, celle de voir réunies à l’écran deux icônes de deux époques, Catherine Deneuve et Léa Seydoux. Un évènement en soit ! Le synopsis promet également sa part de mystère et de terribles questionnements. Autant dire que le résultat à l’écran est saisissant car c’est une véritable immersion dans la psyché d’une femme qui doute. On est avec Lucy tout le temps, et on a mal pour elle et pire encore avec elle. C’est la vertigineuse question pleinement existentielle de connait-on réellement l’autre. Et quand cet autre est l’être aimé, et que l’on pressent le pire, c’est terrible.

C’est alors toute une série d’émotions contradictoires qui l’assaillent, et elle ne peut que composer, souffrir, pleurer, hurler. Elle dit à un moment, « il n’y a pas de touche off pour cesser d’aimer« . Elle ne peut pas, même informée du pire, rayer Philip de son logiciel interne. Alors tout se bouscule, et elle fait vivre l’assertion qui rapproche tant l’amour de la haine. Sans déflorer quoi que ce soit car on l’apprend très vite dans Gentle Monster, il est question de pédophilie présumée pour Philip, l’innommable, l’abject. Confronté à l’amour d’une femme, l’amour d’une mère, le cheminement psychoaffectif de Lucy va être disséqué, mais toujours avec subtilité. C’est ici la grande force de Gentle Monster. Malgré la lourdeur de l’accusation et donc du sujet si important, jamais de cliché ou de pathos, mais dans la mise en scène c’est beaucoup de nuances, jamais de jugement, et tout passe par le corps et l’âme de Lucy. Immensément de justesse dans le propos.

Forcément on s’attache à ce couple, à cette famille, à ce trio, comme des témoins de la descente aux enfers qui va suivre. Mais jamais trop n’en est fait dans l’installation pour susciter notre empathie pour ensuite nous saisir. Ce qui eut été une facilité scénaristique. Non, très vite et exactement en même temps que Lucy, nous allons savoir mais sans être sûr, en apprendre potentiellement de plus en plus, ne pas vouloir y croire, tenter d’espérer, et c’est la terrifiante ombre du doute qui va nous accompagner avec elle. D’autant que Philip est tout sauf un monstre domestique, et c’est bien tout le sujet de ce « monstre doux », qui en soit fait déjà empathie car point de manichéisme, mais une inscription dans le réel qui fatalement fait froid dans le dos. Parfois le récit se dilue un peu, notamment dans la parallèle de l’histoire d’Elsa, la jeune flic chargée de l’enquête. Tout n’y est pas inintéressant, mais ça nous perd un peu et n’apporte pas grand-chose à l’histoire. En fait, dès qu’on se détache de l’intériorité de Lucy, le film perd de sa force, mais ce sont de rares moments. Car la mise en scène malgré ces légères ruptures de narration, demeure très soutenue et rebondit avec les chemins qu’empruntera Lucy et un épilogue difficile à oublier.

Et que dire de la prestation de Léa Seydoux dans le rôle de Lucy. C’est comme si ses peurs, ses pleurs, sa rage étaient la nôtre. Elle est criante d’authenticité et on devine la force de son engagement, de son attachement à ce personnage de femme torturée. La compétition cannoise sera rude sur le prix d’interprétation féminine, dont nous ignorons le résultat à l’écriture de ces lignes. En tout cas, le résultat est spectaculaire, tant Léa Seydoux ne fait qu’un avec son personnage et donne ici un visage à toutes celles qui sont passé par cette insupportable réalité. Au final, Gentle Monster en épousant le point de vue de cette femme qui perd tant et presque tout en quelques secondes, est un film qui montre la complexité, n’entend pas donner de réponses car il ne peut pas en y avoir, mais pose des questions essentielles, et c’est aussi un des rôles du cinéma.

Titre original : GENTLE MONSTER

Réalisé par: Marie Kreutzer

Casting: Léa Seydoux, Jella Haase, Laurence Rupp …

Genre: Drame

Sortie le : Prochainement

Distribué par : Ad Vitam

TRÈS BIEN

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