Critiques Cinéma

SI TU PENSES BIEN (Critique)

SYNOPSIS : A Dubaï, Gil rencontre Jacques. Leur coup de foudre débouche sur un mariage précipité qui révèle vite une fracture profonde : Gil ne partage pas la foi dévorante de son mari. Jacques tente de la soumettre à sa vision du monde avec un mantra aux allures de menace.

Pour son quatrième long métrage présenté à Cannes Première au Festival de Cannes 2026, Géraldine Nakache nous parle cette fois-ci de l’intime avec le poids de la religion sous l’angle de la soumission. La dichotomie entre l’histoire passionnelle originelle et la réalité d’une vie non à deux mais à trois avec la religion suscite beaucoup d’intérêt sur le papier. Niels Schneider et Monia Chokri dans les rôles principaux et notre curiosité devient alors intense. Mais disons le d’emblée, elle ne va pas être pleinement rassasiée. Car au jeu de la petite formule réductrice, Si tu penses bien, c’est L’amour et les forêts (2023) mais en moins bien. A savoir qu’on y voit pleinement le mécanisme de l’emprise, dans ses phases les plus délétères : l’isolement, la culpabilisation, le retournement de la situation, mais en moins poussé sur le fond et trop court sur la forme.

C’est toute la question du découpage même du film et du montage. En effet pendant plus d’une heure, si on perçoit un début de toxicité de plus en plus latent chez Jacques, c’est comme si seule la toute dernière partie allait dans son cœur de sujet. Soit on rééquilibre, soit on construit un film de trois heures, et pourquoi pas, mais clairement la question se pose. Ce qui est regrettable car précisément, la folie de Jacques aurait alors été davantage déployée et ses conséquences traumatiques sur Gil, leur fille, sa famille, bref ce qui fait le sel du projet. Preuve en est, la construction un peu bizarre des repères spatio-temporels du film, avec des flashbacks qui ne viennent pas réellement servir la narration du moment d’aujourd’hui, où du moins dont on ne perçoit pas l’intérêt vu qu’ils sont plus longs que la période censée être actuelle. Étrange, et qui vient questionner la structuration même du film.

Si on excepte cet obstacle, néanmoins assez majeur, l’ensemble demeure cohérent, car le film déplie le fonctionnement archétypal du pervers narcissique et fatalement c’est œuvre utile. C’est aussi plutôt habile la vue des caméras planquées dans la maison qui viennent régenter la vie de Gil, et la façon dont Jacques va le justifier, convaincu et sur de son fait. C’est assez glaçant en effet. Également sur notamment donc la dernière partie, la façon au bas mot détestable dont il organise la suffocation, comme une impossibilité à la riposte. L’emprise comme un mur. Ou quand le bourreau est convaincu de son droit quand il tient la hache. Et pourtant Gil l’aime et c’est terrible pour elle. Au sommet de son vice et de sa pathologie, Jacques lui dira qu’elle ne partira pas avant qu’elle ait 45 ans pour être sûr qu’elle ne fasse pas d’enfant ailleurs. Tout est dit. Il exècre tout ce qui peut avoir une prise sur Gil, tout ce qu’elle pourrait aimer et qui pourrait lui rendre : Il ne supporte pas sa famille, ses amis, son travail. Dès qu’elle est libre, alors elle lui échappe et c’est insupportable pour lui.

Même si comme expliqué plus haut au sujet du déséquilibre, dans toute la première partie, on voit en effet comment Jacques installe les bases de son emprise et de sa conviction ou plutôt de ses croyances infondées qui vont monter crescendo en folie aveugle. Notamment quand il explique qu’il a littéralement sauvé Gil après un malaise lors de leur rencontre, une réécriture déjà inquiétante de l’histoire, tant il souhaite ici déjà être indispensable. De nombreux autres reds flags vont ainsi être déployés, se servant de la religion et de son interprétation nauséabonde pour enfermer là où normalement il y a don de soi et ouverture à l’autre. Un autre moment assez puissant et sans trop le déflorer sera quand même le rabbin qui va en dire quelque chose à Gil, cheminant lui-même sur ce qui est en train de se jouer. Le casting est impeccable mais souffre lui aussi de la gestion de la temporalité du film, pour pouvoir déplier une palette complète. Monia Chokri fait le job, on la voit de plus en plus paniquer à l’intérieur, mais surtout lutter car le drame de ses situations est qu’elle a toujours envie d’y croire, tant elle est comme paralysée par l’impensable et la dégueulasserie de l’autre. Elle exprime avec force toute ces contradictions jusqu’à une scène de fin qu’évidement nous tairons qui permet l’espoir et envoie le seul et l’unique recours. Niels Schneider est un très bon salaud ! De ceux qui font flipper, qui crie, qui ne frappe pas, mais c’est presque pire. Il frappe à l’intérieur. On savait depuis d’Argent et de sang (2023) qu’il pouvait porter le vice. Il le fait ici avec beaucoup de talent. Au final, le sujet est tellement ancré dans nos sociétés qu’il mérite en effet un traitement cinématographique pour déconstruire, démonter, dénoncer et surement même venir en aide. C’est de toute façon la vocation première de Si tu penses bien, et de ce point de vue, clairement ça fonctionne.

Titre Original: SI TU PENSES BIEN

Réalisé par: Géraldine Nakache

Casting : Niels Schneider, Monia Chokri, Clémentine Célarié .…

Genre: Drame

Sortie le : 16 septembre 2026

Distribué par: Pan distribution

BIEN

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