

SYNOPSIS : New York. Leonard hésite entre suivre son destin et épouser Sandra, la femme que ses parents lui ont choisie ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, Michelle, belle et volage, dont il est tombé éperdument amoureux. Entre la raison et l’instinct, il va devoir faire le plus difficile des choix…
Après Little Odessa (1994), The Yards (2000) et La Nuit nous appartient (2007), James Gray met de côté sa passion pour les histoires de mafieux, un véritable thème de prédilection, au cœur de tous ses précédents films, pour conter ici une histoire d’amour, donc forcément une contrariété. C’est toujours une histoire de fatalité finalement avec le cinéaste. Il s’inspire alors des Nuits Blanches, une nouvelle de Dostoïevski publié en 1848, sur cet homme qui développe un amour platonique et une véritable obsession pour une femme qu’il rencontre dans la rue. Présenté au Festival de Cannes en 2008 en compétition, Two Lovers sort des sentiers battus du classicisme des films amoureux tant les complexités de l’amour sont ici filmées presque comme une inextricable pathologie pour un homme en pleine crise existentielle. Par extrapolation, ce tiraillement nous implique tous et c’est bien cette universalité qui parfois presque sur un mode subliminal et très élégant va venir toucher en plein cœur le spectateur.

Tout de suite, Michelle va fasciner Léonard. Elle dégage ce mystère, cette part d’impossible et le magnétise sur place. En face, la rencontre avec Sandra est tout à fait charmante mais aussi terriblement conventionnelle. Une part de rationalité qui est comme majorée et banalisée par le trouble que Michelle provoque chez Léonard. Très vite, on comprend que c’est un peu l’histoire de la vie qui se déploie, dans cette confrontation sempiternelle entre l’incontrôlable et indéfinissable instinct, ce qui ne s’explique pas mais se vit en toute intensité et les chemins davantage balisés qui semblent s’ouvrir à nous comme une évidence. L’exaltation de l’insécurité face à la crainte d’une asphyxiante prédestination. D’emblée on comprend également que la sophistication que James Gray instille dans sa mise en scène et qui permettait déjà à ses œuvres précédentes de parfois nous hypnotiser, va ici offrir un romantisme autant décalé que bouleversant dans un New-York universel, et aussi un peu jaunâtre, voire pisseux, mais qui permet encore davantage de réchauffer les cœurs. Une lumière comme crépusculaire que l’on doit au chef-opérateur Joaquin Baca-Asay.

L’intensité est dans chaque seconde, et c’est une puissante mélancolie que le cinéaste sait tant filmer qui gagne progressivement le spectateur. Nos émotions sont comme décuplées devant Two Lovers. Un film comme une exaltation, qui en tout cas vient convoquer nos affects dans cette constante dichotomie entre le caractère insensé et souvent sans retour des amours passionnés et le paradoxe de la modération nécessaire du sentiment amoureux, qui rationnellement doit surtout être une construction. Impossible de construire avec Michelle et son inconstance, sa folie douce de chaque instant, c’est le vertige permanent. Comme une parallèle inversée, Sandra incarne la certitude mais aussi la crainte de l’ennui et de l’assignation, alors que pourtant son charme est total. Mais Michelle est comme cette forteresse imprenable face à la chaleur du foyer de Sandra qui pourtant réelle paraît comme injustement terne. C’est aussi car Sandra est charmante et semble profondément généreuse que le film ne verse pas dans la facilité du choix binaire, mais vient nous dire la complexité de l’amour et du monde. Si dans la passion il n’y a jamais de raison, la raison peut parfois se nourrir de légères passions éphémères.

Two lovers est à classer justement dans les inclassables car trop sombre et grave pour une comédie romantique, mais aussi trop intérieur et empathique pour un thriller, il est en fait plus et mieux que tout ça. Comme une élégance du désespoir, une constante complainte. L’opéra o lola ch’ai di latti la cammisa entendu dans Two Lovers vient appuyer le trait, comme l’ensemble de la bande originale qui contribue à l’atmosphère si prenante et intense du film. Le casting est à l’image de l’ensemble de l’œuvre, magnétique. Joaquin Phoenix nous amène partout avec lui. L’atypisme de Léonard, sa tourmente, ses hésitations sont véritablement incarnées et l’acteur frôle la perfection dans une inoubliable interprétation, qui font de Léonard un des personnages romantiques les plus absolu du cinéma. Vinessa Shaw joue dans ce trio le rôle possiblement le plus difficile, car son personnage vient comme dépassionner l’ensemble. Pour autant, elle y est tout aussi incroyable que ses camarades de jeu, qui prennent pourtant tant d’espace. Elle est celle qui souffre moins bruyamment, celle qui sait, qui comprend et refuse pourtant de se résigner. Et puis c’est l’incandescence totale avec Gwyneth Paltrow. Complètement désarmante, on est un peu tous des Léonard. Le moindre de ses battements de cils retourne le monde. Elle est insupportable, complètement autocentrée, souvent barge, mais elle incarne avec une infinie justesse celle qu’on aime juste car elle respire. Elle est cette injustice. Inoubliable elle aussi. Two lovers est un très grand film de cinéma. Des scènes d’un romantisme délirant qui nous fascinent et font de l’œuvre un indispensable objet pour quiconque aimant la vie, l’amour et le cinéma !

Titre Original: TWO LOVERS
Réalisé par: James Gray
Casting: Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Shaw …
Genre: Drame, Romance
Sortie le: 19 novembre 2008
Distribué par: WILD BUNCH DISTRIBUTION

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Catégories :Critiques Cinéma, Les années 2000








































































































































