ENTRETIENS

TABLE RONDE AVEC JEAN-FRANCOIS RICHET POUR MAYDAY : « J’ai voulu faire un film de tripes… »

Alors que Mayday atterrit ce mercredi 25 janvier dans les salles françaises, nous avons pu participer avec deux autres médias à une Table Ronde autour du réalisateur du film. Entretien avec le français Jean-François Richet !

Photo William François



Votre film s’appelle Mayday en français et Plane aux Etats-Unis. Avez-vous eu une incidence sur le choix de ces titres ?

Je ne rentre pas là-dedans, en revanche je peux mettre mon véto si je n’aime pas un des titres. J’aime bien les deux, à vrai dire. Plane m’a fait bizarre au début, mais maintenant les réseaux sociaux le trouvent génial. Ça s’est retourné, ils trouvaient ça ridicule et maintenant ils trouvent ça génial parce qu’il n’y a pas de gras, comme dans le film. Et puis Mayday est un peu une évidence. L’origine du mot Mayday est d’ailleurs française, les américains ne comprenaient pas les « M’aider » dans les messages de SOS français. J’aime assez les deux titres finalement.

Mayday se déroule aux Philippines qui est plutôt associé aux vacances. Pourquoi avoir placé cette histoire de terrorisme là-bas ?

Parce que c’est vrai. Parce qu’il y a une bande qui terrorise l’île de Jolo. Évidemment tout est fictionnalisé dans le film, mais ça part d’un fait réel. On n’a juste pas voulu mettre de dimension religieuse dans notre histoire, parce que ce n’était pas le sujet de faire de la politique.

Le film a été tourné en Amérique du Sud.

Oui, on a tourné à Porto Rico pour plusieurs raisons. D’abord, une forêt tropicale ressemble à une forêt tropicale. Et puis là-bas, on est dans un territoire américain, donc il était facile d’importer du matériel. Par exemple, on a utilisé un Gimbal, une grosse machine sous vérins où on peut poser l’avion pour simuler les turbulences. Sur une île aux Philippines, je ne suis pas sûr qu’on en aurait eu un.

L’idée du film vient de l’écrivain Charles Cumming, qui avait imaginé le détournement d’un avion dans une zone terroriste. Comment êtes-vous arrivé à l’idée du crash, et pourquoi l’avoir mis autant en avant dans le film ?

Quand on m’a proposé le scénario, il était déjà écrit. J’ai changé pas mal de choses, mais la structure était déjà là. J’ai remis un principe de réalité, parce que ça faisait un peu trop « super-héros ». La production a accepté, et je voulais que la scène du crash au début soit comme si on filmait une scène de fin. Je donne de l’adrénaline tout de suite, mais après il faut tenir le rythme. Je voulais qu’on passe du temps avec les personnages, qu’on soit dans l’action. J’ai remarqué que dans les autres films, les séquences de crash ou de turbulences dans des avions ne durent pas longtemps. Même dans Seul au Monde, ça dure de mémoire 1 ou 2 minutes ! Et donc je voulais étirer la scène pour être à l’intérieur et le plus proche possible de la réalité, même si ça reste un film.

Vous voulez qu’on ne prenne plus l’avion ?

Ça serait une bonne récompense, pour l’écologie. Mais en même temps, les gens ont aussi vu Top Gun Maverick, donc ça va contrebalancer ! Par contre, lui, il a brûlé du kérozène (rires)

Comment avez-vous géré la balance entre les effets plateaux et les effets numériques sur le film ?

Tout ce qui est à l’intérieur de l’avion est réel. Les seuls plans à effets spéciaux sont ceux qui montrent l’avion dans son environnement. A chaque fois que j’ai pu faire du réel, j’ai fait du réel. C’était la seule façon d’être avec les personnages. Les effets spéciaux, ce n’est pas mon truc.

Comment vous mesurez la violence dans vos séquences d’action ?

Déjà, je ne veux pas faire du gore. Mais en même temps, il y a le principe de réalité. Donc, c’est des discussions qu’on peut avoir avec les producteurs et le studio pour savoir si je mets le curseur trop loin, mais ils n’ont jamais essayé de me contenir. On a fait des essais, notamment pour les impacts de balle, et on voyait ce qui satisfaisait les deux partis. Il faut trouver l’équilibre entre un spectacle réaliste et la profusion. Il faut faire confiance aux gens qui vous conseillent sur ce dosage. J’avais un studio incroyable qui essayait tout le temps de comprendre.

Gerard Butler est la tête d’affiche et le producteur du film. Son personnage est un peu un anti-héros, comment est née cette idée ?

C’était amené dès le départ. Mais je pense surtout que c’est un vrai héros. C’est un homme ordinaire qui fait des choses extraordinaires sans avoir non plus les capacités d’un mercenaire, comme par exemple le personnage de Mike Colter. Le personnage a des éléments un peu over, mais reste toujours crédible. Ce qui m’intéresse, c’est les Working Class Heroes. Les gens lambda, de la classe ouvrière, auxquels on peut s’identifier. Je vais peut-être passer pour un old school, mais j’aime bien Stallone dans Rocky. C’est un mec qui se lève, qui n’a pas de thunes, qui sait qu’il va se faire défoncer, qui boit ses œufs avant d’aller courir… J’aime les personnages comme ça. Les gens qui vont voir ce genre de film, c’est des gens comme nous ! Ils bossent au McDo, à l’usine, ils vendent des bagnoles… Devant ces films, ils s’éclatent. Ils ne se disent pas que c’est un plaisir coupable d’aimer, ils ne sont pas dans l’intellectualisme. Ils sont dans un truc viscéral. Ma fille est aussi comme ça. Elle a 5 ans et elle adore la danse classique. Elle est émerveillée par le Lac des Cygnes ! Elle ne voit pas le travail, elle voit la grâce, la fluidité, l’histoire… J’ai aussi essayé de l’ouvrir à la danse contemporaine, et elle s’est ennuyée ! Elle ne se pose pas la question, elle dit juste « j’aime » ou « j’aime pas « . Et je trouve qu’on a un peu perdu ça dans le cinéma. Peut-être plus en France, d’ailleurs. Je suis pareil, je peux aimer un Desplechin, un film de Butler, un Rocky, un Podalydès, et parfois je n’aime pas un film et je me casse. J’ai voulu faire un film de tripes. Pour l’instant il marche bien, mais on verra comment il va être reçu en France.

Et Gérard Butler était le choix initial ?

Il était avant moi sur le projet ! Gerard et la production ont vu les Mesrine et L’Empereur de Paris, et ils m’ont choisi.

Et ils savaient que vous aviez envie de faire ce genre de projet ?

Ah non, je n’avais pas envie (rires) ! J’ai toujours dit non aux studios hollywoodiens. J’ai fait deux films américains, mais avec des petites structures. J’ai lu le scénario, et ça a eu un écho en moi. Ça m’amuse, et je trouve que les films aujourd’hui sont très orientés « bien-pensants ». J’avais envie de faire un film, un truc de plaisir. Je prends juste l’éclate, les meilleurs acteurs que je peux et je raconte une histoire viscérale en espérant qu’ils passent un bon moment. C’est peut-être pour ça que c’est aussi un film de résistance. J’en ai marre que les acteurs et les réalisateurs me disent comment penser, qu’ils nous fassent la morale. Si nous, en tant qu’artiste, on n’arrive pas à réunir les gens, c’est quoi notre métier ? Raconter un film que pour les gens qui pensent comme toi ? Moi je m’en fous, les gens font ce qu’ils veulent de leur vie, tant qu’ils ne font pas de mal aux autres. Je veux que le plus de gens possible voient le film en espérant que ça plaise à un maximum. Mon acte de résistance il est là, ce n’est pas d’être plus intelligent que mon sujet. Quand on m’a proposé ça, j’ai vu un espace de liberté dans un cadre hollywoodien. Tu ne peux pas casser les murs, mais en revanche tu peux les pousser à ta guise tant qu’ils sont contents. D’ailleurs, c’est mon montage, c’est ma Director’s Cut qu’ils ont testé en salle et qui a plu ! Une fois que tu acceptes le genre, tu es libre. Le film n’est pas là pour te dire quoi penser. Il y a un processus d’identification sur un personnage, on lui met des conflits à résoudre, et à la fin il se retrouve transformé. C’est ça la dramaturgie. Et puis maintenant, on fait comme s’il fallait revenir sur tous les archétypes…

Il y a un plan-séquence au milieu du film, Gerard Butler essaye de passer un coup de fil avant d’être attaqué. Comment le choix du plan-séquence s’est fait, et comment la scène s’est tournée ?

Il y a eu beaucoup d’entraînement. On m’a proposé des chorégraphies, parfois trop techniques. Je voulais ce principe d’identification à ce personnage. Donc je n’ai pas besoin de sur-découper et de faire des trucs de fou. Je voulais qu’on souffre avec ce personnage. Il a de la force, mais c’est un mec comme nous qui va « tuer pour survivre ». Quand tu fais des découpages, les inserts et les plans de dos ne sont pas tournés avec les acteurs. Et moi, je voulais le faire avec Gerry (ndlr : Gerard Butler). Mais ça n’est pas évident à faire ! En tant que metteur en scène, je me demande ce que je peux amener auquel d’autres metteurs en scène ne penseraient pas, tout en restant juste. Et puis, on remarque que les films américains sont tous très découpés. Même des très bons films, comme les James Bond avec des chorégraphies incroyables. Et donc, je me suis demandé ce que je pouvais apporter en tant qu’européen qui aime Cassavetes, Godard, Truffaut... Donc je me suis dit que j’allais l’amener avec un plan-séquence, parce que moins tu coupes, plus tu es avec le personnage. Et j’ai eu la chance d’avoir un acteur qui me suit et qui me fait confiance. Il ne faut jamais réaliser un film en tant que metteur en scène si vous avez l’impression que vous ne faites pas le même film que l’acteur. Parce que sinon, vous êtes mort. Et Gerard voulait ça, une histoire où il était moins héroïque, où il souffrait plus, où il réagit lorsqu’il tue quelqu’un pour la première fois, où il prend son temps dans l’avion avant d’appeler sa fille parce qu’il n’est pas en état… Sans l’acteur, je n’aurais pas pu le faire.

Mike Colter semble en retrait derrière Gerard Butler. C’était voulu ?

C’était dans le scénario, et c’est surtout un personnage qu’on découvre au fur et à mesure. On le prend d’abord pour le bad guy, avant qu’il se révèle dans l’action. Et j’aime aussi qu’il évite les questions, qu’il parle très peu. Moins il en fait, plus ça lui donne de la contenance. Après, c’est le second rôle. Mais il reste assez présent pour que les gens ressentent un manque et veulent une suite avec lui (rires).

On ne voit pas réellement de fin pour lui !

Oui, c’est fait exprès (rires).

Est-ce qu’il y a des scènes que vous avez tournées et qui n’ont pas été utilisées dans le montage final ?

Oui, une. Une scène dans la tour à Manille, à l’extérieur de l’avion. On montrait qu’ils perdaient l’avion et qu’ils ne s’entendaient pas. J’ai tout de suite dit à mon monteur de commencer à monter le film sans cette scène. Les producteurs voulaient essayer, pour donner la « Big View ». Mais moi, je ne veux pas la « Big View « ! Je ne veux pas que ce soit comme dans un film américain normal. C’est une des rares fois de ma carrière où je ne monte pas une scène que j’ai tournée.

Le film se balade beaucoup entre les différents personnages et les passagers de l’avion. Est-ce que vous vous êtes questionné sur la place de certains d’entre eux au moment du montage ?

Non, je savais déjà comment j’allais monter le film quand je le tournais. Tu as toujours des surprises, mais globalement le montage était déjà dans ma tête.

Vous avez fait trois films américains (en comptant Mayday). Est-ce que vous avez senti plus ou moins de contraintes sur celui-là ?

Il y a toujours des contraintes financières. Et idéalement, j’aurais aimé avoir des répétitions plus poussées pour tout ce qui est déplacement des voitures, des fusillades… Notamment sur la scène finale. Tout était carré, mais on était sur un filet. Et les protocoles Covid ont été des contraintes assez lourdes.

Combien de temps a duré le tournage ?

8 semaines et demi, je crois. Comme un film français. Et je n’avais pas de seconde équipe. Ce n’est pas différent de tourner un film en France et aux Etats-Unis. Ton travail de metteur en scène reste le même.

Propos recueillis par William François

Merci à Zvi David Fajol et Molka Mhéni de Mensh Agency qui ont permis à cette interview de se faire

Merci aux deux autres médias présents à cette table ronde: Paris Normandie et Slidemovies

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s