Critiques Cinéma

CRY WOLF (Critique Mini-Série) Un sujet brillamment exploré malgré des ficelles un peu voyantes….

SYNOPSIS: Holly, 14 ans, accuse son beau-père de graves violences envers elle. Qu’en est-il vraiment ? Un assistant social atypique, Lars Madsen, est chargé de démêler l’affaire…

Arte a toujours été une tribune de choix doublée d’une jolie vitrine pour les séries nordiques. Nous en avons d’ailleurs chroniqué plusieurs, de différents genres, ce qui nous permet à chaque fois d’appréhender un savoir-faire différent et nous amène une petite dose de fraîcheur dans nos visionnages. Cette semaine il s’agit de Cry Wolf, mini-série danoise qui entame sa seconde semaine de diffusion. Aucune crainte pour les curieux, la série sera accessible jusqu’au 26 mars sur arte.tv. Ici nous ne marchons pas sur les traces d’un ou plusieurs tueurs en série (c’est souvent le cas chez nos amis du nord) mais le sujet n’est pas particulièrement réjouissant pour autant puisque les violences familiales forment le noyau du programme en question. Le postulat est le suivant : Holly (Flora Ofelia Hofman Lindahl) 14 ans, accuse son beau-père Simon (Peter Plaugborg) de maltraitance suite à des rédactions scolaires préoccupantes détectées par des enseignants. C’est alors que deux mondes s’effondrent : celui des parents et celui des enfants. Car précisons que Holly a un petit frère, qui ne semble pas partager les accusations proférées à l’encontre de Simon. Les enfants sont placés temporairement dans une famille d’accueil le temps que toute la lumière soit faite sur cette affaire. A la tête des investigations des services sociaux, Lars (Bjarne Henriksen) plus ou moins traumatisé par une ancienne affaire où il est intervenu trop tardivement avant que drame ne s’en suive. L’intelligence primaire de cette fiction est donc de créer le même doute chez les téléspectateurs que celui qui anime chacun des personnages (même si on le verra plus tard, c’est aussi sa faiblesse) : qui ment ?

Entre Lars qui ne semble pas très objectif malgré ses années d’expérience, Holly qui semble bouleversée et convaincue par sa démarche (Flora Ofelia Hofman Lindahl est d’ailleurs totalement magnétique dans ce rôle), tous les autres qui disent le contraire de ce que dit Holly, dont Simon le protagoniste accusé de violence, qui s’il a la « gueule de l’emploi » est largement nuancé et montré sous des jours plus flatteurs que ceux mis en lumière par Holly…la route semble longue. Difficile de prime abord de savoir vers où va aller la série et huit épisodes (de presque une heure) paraissent même un peu long pour développer tout ça. On met d’ailleurs un peu de temps à rentrer dedans mais on finit par se prendre au jeu.

L’intérêt majeur de la série, notamment par le biais de Lars (qui demeure parfois assez borderline et campé sur ses positions) c’est de ne pas forcément émettre de jugement. Peu importe les victimes et les coupables, le but c’est d’aider la famille dans son intégralité. Et ce même si une forme d’immoralité gangrène l’ensemble. Lars n’est donc pas un messie, et même s’il a tendance à oublier qu’il est là pour aider tout le monde, cette enquête aura au moins le mérite de le lui rappeler. Chaque personnage et chaque relation sont alors minutieusement décortiqués pour que le puzzle finisse par prendre forme. Sachant qu’il s’agit d’une famille recomposée, ce qui dilue un peu plus les pistes envisagées sur l’origine du problème : Holly ne parle plus à son père biologique, Simon n’est que son beau-père mais le frère d’Holly est bel et bien son fils biologique. Quant au couple que Simon forme avec sa femme Dea (Christine Albeck Børge), il semble extrêmement épanoui et fusionnel.

Bien sûr il ne s’agit pas d’un banal cluedo émotionnel par nature, du moins dans l’esprit, mais c’est pourtant dans cela que va parfois nous emmener la série de par sa structure, en nous montrant bien évidemment lorsqu’elle le souhaite, tel ou tel élément. Logique nous direz-vous, c’est le principe même d’une série. Le seul souci est que cela nuit souvent au déroulé des événements. On sent bien que c’est la structure du show qui interfère directement sur le déroulé de tel ou tel agissement d’un personnage, quitte à tuer dans l’œuf une certaine forme de naturel et de fluidité. Passé les premiers épisodes on comprend d’ailleurs assez rapidement vers où Cry Wolf souhaite nous emmener. Bien qu’elle véhicule des valeurs pertinentes, mette en scène des personnages intéressants d’ailleurs incarnés par un casting sans fausse note, et explore un sujet de fond de façon très complète, nous ne pourrons que nous désoler de quelques « timing » beaucoup trop guidés par la trame scénaristique. Comme ce dernier épisode, qui comme vous vous en doutez décide de lever le voile sur le pourquoi du comment afin que chacun accède enfin au même niveau d’information. Le souci est que l’on sent bien que la déferlante est présente parce que c’est le dernier épisode, davantage que par pure logique. Alors bien sûr les événements qui mènent à la conclusion n’ont rien d’invraisemblables en tant que tels mais on se dit quand même que c’est assez commode que cela se déroule comme cela et pas autrement à ces moments précis. D’autant plus que la timeline de la série est assez linéaire. C’est aussi valable pour certaines réactions d’Holly qu’on a parfois du mal à comprendre et sur lesquelles on réfléchit souvent en se demandant si Holly cache quelque chose, si elle a du mal à s’exprimer ou si c’est juste plus pratique pour les scénaristes de la faire agir ainsi pour tenir les huit épisodes.

Malgré cette petite déception, Cry Wolf réussit néanmoins brillamment à explorer son sujet de départ. La parole d’un enfant est-elle sacro-sainte ? (de nombreux cas judiciaires nous ont bien sûr appris que non). Comment se battre contre celle des adultes lorsqu’on n’a pas les armes pour ? Autant de dilemmes moraux largement analysés qui arrivent en dépit des défauts énumérés à nous tenir en haleine. Pour celles et ceux qui ont déjà regardé la semaine dernière, la conclusion c’est ce soir. Pour les autres, rendez-vous sur arte.tv

Crédits: Arte

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s