ENTRETIENS

Entretien avec Héloïse Pelloquet pour La Passagère : « J’avais à cœur de faire un film sur des gens qui s’aiment et qui se respectent et qui cherchent à se comprendre… »

Après trois courts métrages très remarqués, Héloïse Pelloquet se lance dans l’aventure du long avec La Passagère où elle réunit Cécile de France et Félix Lefebvre. Rencontre avec une réalisatrice délicate mais qui n’a pas froid aux yeux.

Vous avez fait 3 courts métrages couverts de prix avant de passer au long. Comment est née La Passagère ?

Ils ne sont pas très courts mes courts c’est un peu des moyens, j’ai du mal à écrire des trucs bien bouclés en vingt minutes, j’aime tellement les personnages et les comédiens que j’ai toujours un peu envie de pouvoir développer puis j’aime bien les films où les personnages secondaires ont vraiment de l’importance et pour ça il faut un peu du temps quand même pour donner vraiment de la chair aux personnages secondaires et pouvoir déployer une histoire. Je fantasmais pas mal la forme longue quand même et j’avais cette idée de La Passagère qui est peu un prolongement de mon dernier court métrage sur certains aspects. C’est une histoire d’adultère La Passagère et je trouvais que l’adultère féminin était surtout représenté en littérature ou représenté au cinéma dans des milieux assez bourgeois comme dans Madame Bovary ou  L’amant de Lady Chaterley. Et ça m’intéressait de voir un film sur une travailleuse, sur quelqu’un qui n’a pas le temps en fait de s’imaginer même un amant et ça lui tombe dessus d’un coup, l’aventure, le plaisir, la jouissance et qu’est-ce qu’elle va en faire. Ça m’intriguait et comme j’aime beaucoup traiter la question du sentiment amoureux au cinéma, j’adore les films d’amour et je trouve qu’il y a tellement de cas particuliers, qu’il y a autant de films que d’histoires d’amour. Forcément qui dit film d’amour dit question sexuelle, la question de l’érotisme, du désir et du plaisir surtout… J’avais vraiment envie que les scènes d’amour fassent beaucoup avancer leur relation.

Vous avez co-écrit le film avec Rémi Brachet. Comme s’est passé l’écriture ?

On a écrit mes trois courts-métrages ensemble avec Rémi et par ailleurs je suis monteuse pour les siens et on vit ensemble et c’est le père de mon enfant donc tout ça est très lié. Il y a quelque chose de très familial dans ma façon de travailler. Comme je viens du montage, avec Rémi je crois qu’on travaillait un peu comme on peut travailler en montage. On discute ensemble, on se raconte l’histoire, on parle de la structure et après souvent j’ai besoin qu’il écrive. En scénario, il écrit, je lis et je réagis, je réécris par-dessus. C’est un peu comme quand je réagis des rushes. Il peut écrire des dialogues et je les modifie. C’est un peu une logique de ping-pong.

L’écart d’âge entre le couple Chiara et Maxence ce n’est pas si courant que ça au cinéma ? Vous aviez envie de quelque chose d’un peu subversif ou dans votre esprit c’était dès le départ seulement une vraie et belle histoire d’amour ?

Complètement, je voulais vraiment raconter une belle et vraie histoire d’amour, je n’avais pas envie de faire de la provoc et j’avais l’impression d’avoir pas mal d’exemples autour de moi et peu d’exemples au cinéma, notamment dans cette catégorie socio-professionnelle-là… L’idée d’une femme forte et d’un homme doux, c’était important pour moi, mais je crois que c’est un film qui est très bienveillant avec ses personnages. J’avais à cœur de faire un film sur des gens qui s’aiment et qui se respectent et qui cherchent à se comprendre.

Pour quelles raisons avez-vous décidé d’ancrer votre histoire dans le milieu de la pêche ?

J’ai en partie grandi sur l’ile de Noirmoutier donc ça m’est très familier et je trouve ça très cinématographique. Je voulais qu’il y ait à la fois un mélange de naturalisme et de romanesque. Pour moi la mer c’est le motif romantique par excellence mais en même temps c’est du concret, c’est du travail.

Diriez-vous que ces scènes-là confèrent à La passagère un côté réaliste et l’ancre sociologiquement ?

Ce qui me touche c’est quand il y a de la poésie, du romantisme dans quelque chose qui est très banal et quotidien. Cécile dit quelque chose qui m’amuse beaucoup, que ce qui lui plait dans le personnage  c’est que c’est une femme dont on va tomber amoureuse alors qu’elle porte tout le temps une tenue qui sent le poisson. (Rires)

Vous avez écrit spécifiquement pour Cécile de France ?

Je n’ai pas écrit pour elle, mais elle fait partie des actrices que je citais très souvent en exemple pendant l’écriture du scénario, pour dire ça pourrait être un genre de Cécile de France. Ça nous aidait pour l’imaginer et dès que la question de à qui on l’envoie, à qui on le propose s’est posée, j’avais mis Cécile tout en haut de ma liste donc elle l’a reçu très vite et elle l’a accepté très vite aussi.

Félix Lefebvre est arrivé plus tard sur le film par contre ?

Déjà je voulais d’abord la trouver elle car c’est le rôle principal et pour moi, qui allait jouer le mari, qui allait jouer l’amant, dépendait de qui allait jouer Chiara et Félix en fait on a fait un casting où j’ai vu beaucoup de comédiens de la jeune génération mais j’ai vu aussi des non comédiens car on ne sait jamais. On a vu du monde, mais Félix je n’avais pas forcément envie de le voir, je ne l’imaginais pas dans ce type de rôle alors que la directrice de casting insistait pour que je le rencontre. Je trouvais qu’il n’avait pas l’aplomb qu’il fallait, j’imaginais quelqu’un qui a une grande maturité et qui roule aussi des mécaniques et vraiment je ne l’imaginais pas du tout dans le rôle mais heureusement elle a voulu le voir quand même. A son âge -il avait 21 ans quand on a tourné le film- je n’imaginais pas qu’il puisse à ce point être caméléon. Finalement j’ai vu les essais de Félix en vidéo et là je me suis retrouvée devant le fait accompli et j’ai dit « Mais je veux le voir » et trois jours après je l’ai vu et le casting qui durait depuis trois mois était terminé. Il a complètement pulvérisé le casting Félix.

Grégoire Monsaingeon qui joue Antoine le mari de Chiara s’inscrit parfaitement entre Cécile de France et Félix Lefebre par une vraie présence et une sorte de bienveillance constante. Comment l’avez-vous choisi ?

Grégoire est une personnalité assez douce et c’était très important pour moi que le mari dégage ça. C’était important pour moi que le film ne sous-entende jamais qu’il y ait du désamour entre eux, qu’elle n’aime plus son mari… Je voulais un beau mec, qui soit beau et charismatique, c’est aussi pour ça qu’on en a fait un délégué syndical. Je voulais quelqu’un qui dégage à la fois de la douceur et du charisme et Grégoire ça marchait très bien. Il a aussi une forme de virilité du coup ça le rend aussi crédible comme quelqu’un qui travaille en mer depuis 25 ans.

Votre film est très sensuel, que ce soit par les éléments ou par la tempête qui secoue les cœurs. Comment avez-vous appréhendé les scènes d’amour ?

Ce que je redoutais c’était davantage leur embarras et je ne l’avais jamais fait en court-métrage. Il était pour moi hors de question d’arriver sur le plateau avec deux lignes écrites et de leur demander d’improviser d’autant que de la même manière qu’un dialogue, ça les raconte. J’avais à cœur d’être très précise, qu’il n’y ait pas d’arnaque. Quand j’envoie mon scénario à des comédiens, je n’écris pas « Ils font l’amour. », j’écris de manière assez détaillée et assez suggestive pour qu’ils n’imaginent pas que ce sera filmé en gros plan, sur le visage. C’était très clair. On allait voir des corps. Le film est sensuel par plein d’aspects. Il y a le rapport au climat, au travail c’est un film vraiment physique et donc les scènes d’amour devaient l’être aussi. C’est un film qui parle aussi d’un corps qui exulte, de jouissance, de plaisir… C’était très important de filmer leurs corps. D’autant que tout au début de cette envie d’histoire, j’avais très envie de cette image d’une femme de cet âge-là dans les bras d’un homme plus jeune, de ces deux corps-là, mélangés. J’avais aussi envie que plusieurs de ces scènes soient très joyeuses, j’avais envie qu’ils rient en faisant l’amour. Comme on en avait beaucoup parlé, comme le scénario était précis et on en avait suffisamment discuté pour qu’il n’y ait pas d’embarras, pas de non-dits pas d’ambiguïté, c’était du travail, on savait pourquoi on le faisait, on savait pourquoi ça avait beaucoup de sens dans le film de le faire.

Avant ces scènes-là vous filmez aussi beaucoup les regards entre eux qui font monter le désir entre eux mais aussi celui du spectateur… C’était aussi pour montrer la progression de cette histoire ?

Pour moi le désir passe beaucoup par des échanges de regards, par tout ce qui n’est pas formulé mais dit par le regard et du coup j’ai envie de me rapprocher des visages et je fais des gros plans pour bien capter ça. Par ailleurs j’ai une actrice avec les yeux les plus beaux du monde donc j’ai envie de les filmer…

Vous avez aussi fait appel à des acteurs non professionnels ? Ça vous intéresse le risque que ça peut engendrer sur le tournage ?

Ça n’engendre pas tant de risque que ça car ils sont choisis très précisément. Il y a vraiment du temps en casting et des essais avant d’être vraiment sure de mes choix. Une fois qu’ils sont castés pour le rôle je sais que ça va le faire. J’aime ce que ça apporte d’imprévus, de naturel… Pour le coup, je ne veux pas qu’ils apprennent le texte, ils lisent une fois le scénario mais une fois que c’est fait, je ne veux pas qu’ils le relisent parce que je ne veux pas qu’ils essayent de préparer leur rôle. Je les ai choisis pour ce qu’ils sont…

A un moment Chiara est agressée par des ados. C’est une scène très violente et difficile. Vous avez voulu dire quoi exactement avec cette séquence ?

Forcément j’avais envie de traiter la réaction de la communauté… Je me disais que c’était important et qu’il fallait le raconter mais ce n’est pas mon sujet, le cœur de mon sujet ça reste elle. Donc si il y a une scène qui parle de ça il fallait qu’elle soit forte et pour moi c’était plus violent si ça venait des enfants et si ils se permettent ça c’est que les adultes doivent énormément parler. Je trouve que ça racontait tout un hors champ et ça ça me plaisait.

Après ce premier long quels sont vos prochains projets ?

Là je suis en montage. Et après j’ai plusieurs films qui enchainent en montage cette année. J’ai hâte que La Passagère sorte car souvent c’est là que vient l’envie du film suivant.

Propos recueillis par Fred Teper

Un grand merci à Marie Queysanne et Samuel qui ont permis à cette interview de se faire.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s