Critiques

PARIS POLICE 1905 (Critique) Esthétique, efficace et prenante…

SYNOPSIS: Noël 1904. « Pas de prostituées dans les rues de Paris lors de la nuit sainte » : sous pression politique et médiatique, le préfet est contraint d’organiser une rafle. Il confie la sale besogne à la police des mœurs. Un mort non identifié est découvert au Bois de Boulogne. Suicide… ou meurtre ? Cette enquête entraîne l’inspecteur Antoine Jouin dans un territoire clandestin et secret, où le tout Paris vient assouvir ses pulsions. Jouin va devoir quitter les sentiers battus… à ses risques et périls, pour entrer dans un tourbillon de vice, de corruption et de chantage.

En février 2021 nous avions eu la chance de vous faire part de notre enthousiasme au sujet de Paris Police 1900, proposition ambitieuse de Canal+ qui tissait ingénieusement et de façon dense et documentée les fondations d’un spectacle policier d’époque largement saupoudré d’historique politique. Félix Faure venait de s’éteindre durant un rapport sexuel, l’affaire Dreyfus sonnait le glas de la tranquillité des uns et des autres et une femme était retrouvée morte flottant dans une valise. Le programme s’annonçait touffu et il fut à la hauteur de son teasing. Parfois même trop. Voilà qu’avant la fin de l’année nous débarque presque sans crier gare (pourtant la saison 2 était effectivement en projet depuis bien avant la diffusion de la première) Paris Police 1905. S’il était permis de se questionner sur sa nature (véritable suite ou anthologie ?), les premières minutes balaient toute méprise : nous voilà bel et bien de retour au sein du même univers avec une partie des personnages de la saison précédente. Cinq ans se sont écoulés depuis les huit épisodes précédents et la série ne compte pas reprendre banalement là où elle s’était arrêtée. Durant six épisodes (donc moins que pour la première) qui prennent place en plein hiver enneigé, les personnages ont changé et le parti pris de la série aussi : exit l’ambition presque démesurée de la première et focus sur une narration plus resserrée. Nous voici de retour à la répugnante Belle Époque.

C’est donc noël, le préfet Lépine organise sous la contrainte la rafle de prostituées afin de nettoyer les rues de Paris. La police des mœurs s’en occupe, non sans un certain zèle qui mènera directement et très rapidement à un premier drame. En parallèle un homme est retrouvé criblé de balles en plein bois de Boulogne : suicide ou meurtre ? La saison 2 décide d’axer son histoire, peut-être davantage que la première, sur les vices de ses personnages. Les maîtres mots de cette année 1905 : syphilis, cervelet, bois, pédéraste et Bagatelle. Toujours aussi noire, toujours aussi sale, la série explore non sans humour (elle regorge de moments succulents), et toujours avec son petit côté The Knick, les corps et les âmes. Au centre de tout cela : ses personnages. Contrairement à Paris Police 1900 où ils semblaient plus passifs car largement dépendants des manigances politiques et du nombre de protagonistes qui parfois les étouffaient, ici ils peuvent mieux s’exprimer et exister. De retour en Antoine Jouin (un personnage qui nous avait laissé de marbre), Jérémie Laheurte peut enfin jouer autre chose. Loin de la naïveté et des multiples déboires du début, Antoine Jouin s’est endurcit, marié et ne compte plus se laisser marcher sur les pieds. Un vrai bonheur que d’apprendre enfin à suivre et apprécier ce personnage. Le cœur de la saison, le plus succulent, restera toutefois la relation entre Marguerite Steinheil (Evelyne Brochu) et son mari Adolphe (François Raison est juste exemplaire, quelle joie de chaque instant de le voir jouer). Dans cette saison, Adolphe, qui semble préalablement complètement au fond du trou, finit par se rebeller. Malade, à la limite de la folie, le voilà pourtant qui reprend du poil de la bête pour enfin s’imposer auprès de sa femme au cours de plusieurs moments de « bravoure » (on appelle ça comme ça mais vous comprendrez bien que le terme est galvaudé pour Adolphe, qui nous a dans tous les cas bien régalés), à commencer par la magnifique gifle sur belle-maman. Toxique, malsaine, composée exclusivement de concessions sous la contrainte et de coups bas, la relation du couple est absolument savoureuse. Thibaut Evrard quant à lui, toujours fidèle au poste (mais pas de police puisqu’il a jadis été renvoyé) dans le rôle de Joseph Fiersi, fait le travail impeccablement : naturellement charismatique, avoir son personnage contre soi n’est jamais rassurant, même si nous aurions aimé voir Joseph avoir le temps d’évoluer davantage cette saison. Enfin comment ne pas évoquer l’incroyable Marc Barbé, toujours dans le rôle du préfet Lépine ? Si nous le gardions pour la fin c’est parce qu’il est très largement en retrait par rapport à la saison précédente. Las, rongé par le remords et les états d’âme, Lépine songe à démissionner. Un angle d’attaque très intéressant qui accordera, malgré une place réduite au sein du scénario, l’espace suffisant au préfet pour parfaire sa mutation.

Du côté de l’intrigue policière, elle est directement liée aux personnages, via la syphilis qui semble gangréner la ville ou encore via des accusations liées à des pratiques homosexuelles dans les bois (les deux allant souvent de pair). Facile à suivre, l’enquête vise surtout à illustrer ce que souhaitait déjà dessiner la première saison : une société répressive, étouffée par la corruption, la honte et le chantage. Adolphe le résumera d’ailleurs très bien en scandant que la liberté ne se trouve pas en ville mais uniquement dans les bois. Le show en profite d’ailleurs pour proposer avec brio de nombreux moments presque horrifiques, comme l’escapade très prenante d’Antoine Jouin dans les bois ou encore le final au sein d’un certain château. Esthétique, efficace et prenante, la série n’en conserve pas moins une certaine lenteur qui pourra en rebuter certaines et certains. 

Ce que la série perd en densité et en complexité, elle le gagne indubitablement en accessibilité et en humanité du fait de son caractère plus digeste. Toujours incroyable, le casting a l’occasion de s’illustrer dans des moments mixant horreur, violence, folie, absurdité et comédie noire avec un plaisir certain. Plusieurs moments restent en mémoire à la suite du visionnage, notamment les délicieux échanges (pour nous mais pas pour eux) entre Adolphe et sa femme Marguerite, ainsi qu’un fameux suicide dans un cabinet. Paris Police 1905 conserve d’ailleurs son exigence ainsi qu’un ton tout à fait similaire à celui de son année 1900, la politique en moins (ce qui n’est pas un mal). Le show en profite aussi pour introduire des idées (parfois un peu bizarrement en termes de placement, mais toujours bien exécutées) liées au contexte : dans Paris Police 1900 nous avions l’introduction du téléphone dans les postes de police, ici on nous tease l’arrivée des ronds-points. Le résultat est réussi même si nous ne pouvons nous empêcher de penser à l’issue de l’aventure que l’évolution de certains personnages aurait mérité un ou deux épisodes supplémentaires pour en faire un véritable évènement.

Crédits: Canal+

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