Critiques Cinéma

LE PETIT PRINCE A DIT (Critique)

SYNOPSIS : Violette, une fillette débordant de vitalité et élevée par sa grand-mère, voit ses parents divorcés, Adam et Mélanie, un week-end sur deux. Se plaignant de douleurs à la tête, elle passe des examens médicaux. Son père médecin apprend alors que sa fille a une tumeur cérébrale et qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre. Il l’enlève et part avec elle sur les routes, découvrant à ses côtés des valeurs oubliées.

Christine Pascal, la réalisatrice du Petit prince a dit, était d’abord une actrice. Elle fut repérée par Bertrand Tavernier, et jouera 5 films sous sa direction. Le petit prince a dit, 4ème long métrage de celle qui passe à la réalisation sera nommé 4 fois aux César 1993, et remportera le prix Louis Delluc en 1992. En1996, alors en soins psychiatrique, la cinéaste se donnera la mort. Elle avait 42 ans. Lundi matin, l’empereur, sa femme et le p’tit prince, sont venus chez moi, pour me serreR la pince… Mais la pince va serrer un peu trop fort… Bon dieu, qui m’a donné une fille aussi empotée demande Adam (Richard Berry) ? Réponse de Violette (Marie Kleiber) : C’est maman, ben oui, ça peut pas être toi… Ça fuse… On les voit enfin tous les trois et la triangulation tourne à plein régime. Violette regarde ses deux parents avec le classique souhait comme un stigmate si apparent, que les parents rempilent pour bien plus qu’un an. Au-delà du couple brisé, la femme Anémone et l’homme Berry sont parents à vie de cette virevoltante Violette, qui lit et pacifie le couple parental que l’on devine et sait encore très uni.

Dans la même minute, entre Adam et Mélanie (Anémone), ça s’engueule fort, ça s’englue dru et dur. Puis apaisement, et complicité, on se fend la poire. On devine les souffrances passées, le sentiment parfois d’exaspération de l’autre, les colères actuelles et la nostalgie des anciens amoureux fous, éperdus, en un et deux mots. Une radio, des clichés, et c’est la vie qui s’en va… Perdre son enfant, l’immonde déchirure, l’ultime injustice, la béance extrême. Dans cette irrationalité d’un moment, quand la vie bascule, chaque seconde, chaque instant devient comme un arrêt sur image, comme si maintenant tout allait compter. Tout doit devenir une éternité car tout, très vite va s’éteindre. Le film de Christine Pascal ne tombe jamais dans le pathos, ne vire jamais dans le mélo, malgré la tragédie. Ce qui est déjà un remarquable exploit d’un pur point de vue filmique. Pour nous aussi, chaque scène devient inoubliable, on veut vivre avec eux, on veut juste que Violette vive tout le temps. Le petit prince a dit est une œuvre bouleversante qui va se connecter à la vie. Face au drame latent, toutes les névroses s’exacerbent, touts les ambiguïtés émergent. Comme toute la force de cette triangulation œdipienne déjà là. Mais telle la tumeur dans la tête de Violette, leur indicible lien s’amplifie inexorablement, et de trois, ils ne feront qu’un.

C’est tout ça que nous raconte Le petite prince à dit. Peut-être après tout, qu’il faut vivre comme si demain, il n’y avait plus rien. L’enfant, c’est le prolongement en mieux, c’est la réussite, là où le couple a échoué. Si l’enfant meurt, alors le monde meurt. C’est un film profondément poétique, tellement vivant justement. C’est gracieux et n’a pas prit une ride car l’émotion y est universelle et inamovible. Tiens, la fameuse théorie des cadavres. Pour qui on aiderait à le cacher sans poser une question, et qui le ferait pour nous. Questionnement douloureux, mais qui permet de faire le tri. Hasardez-vous toujours. Ça aussi, c’est très universel. C’est aussi une mise en scène qui saisit. Pureté d’image, pureté de son, pureté de la musique de Bruno Coulais. Le film est un poème, une rencontre, un croisement des arts. Une musique enivrante qui apporte la touche finale à l’étincelante grâce de l’œuvre. Tout le temps, le film nous imprime, mais jamais vraiment il nous déprime finalement. C’est toute sa puissance. Il nous montre que quand l’enfant arrive, on redécouvre ce qu’on pensait savoir. On sait qu’on ne savait rien de l’amour, on pleure de bonheur toutes les heures à l’intérieur. L’enfant est le père de l’homme, mais quand l’enfant part avant l’homme, c’est la violence de l’injustice dans sa pire laideur, c’est le chaos tournoyant, c’est l’enfer sur terre.

Evidemment, ils vont récupérer un chien errant, on récupère toujours un chien errant. Le trio est magistral, leurs rituels, leurs habitudes, leurs folies à trois, la sacralisation du bonheur que l’on sait éphémère et ici plus que jamais. Leur amour est juste à pleurer, l’empathie est folle. La froideur magnétique de Berry opère comme si souvent ici plus que d’habitude encore. Sa rage est belle, son amour est fou. La petite est sidérante de justesse. Marie Kleiber est finalement une enfant qui joue. Là, elle joue pleinement et follement. Marie joue tellement qu’elle est Violette et juste c’est beau. Elle est l’enfant, elle tous les enfants. Ce qui sera son seul rôle au cinéma, mais c’est pour l’éternité. Anémone est grande, belle et forte, tout ce qu’elle fait dans ce film est bouleversant. C’est quand même tellement moins bien la vie sans elle. Le petit prince a dit, à revoir en nostalgie des un-e-s, découvrir la beauté de l’inconnu pour les autres, et au final, sortez les mouchoirs et vibrez, vibrez fort… Lundi matin, l’empereur, sa femme et le p’tit prince…

Titre Original: LE PETIT PRINCE A DIT

Réalisé par: Christine Pascal

Casting : Anémone, Richard Berry, Marie Kleiber

Genre: Science Fiction

Sortie le: 25 Novembre 1992

Distribué par: Gaumont

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