Critiques Cinéma

MOONAGE DAYDREAM (Critique)

SYNOPSIS: MOONAGE DAYDREAM de Brett Morgen est une immersion dans l’art visuel et musical de David Bowie. Considéré comme l’un des plus grands artistes de notre époque, David Bowie influence la culture depuis plus de 50 ans. MOONAGE DAYDREAM est le premier film à avoir bénéficié du soutien et de la complicité de la famille et des collaborateurs de Bowie, offrant à Brett Morgen un accès inédit à leur collection. À travers des images kaleidoscopiques d’archives personnelles et inédites et des propres musiques et paroles de David Bowie, MOONAGE DAYDREAM invite les spectateurs à une immersion dans le monde unique de Bowie. En 2017, les héritiers de David Bowie ont donné accès à Brett Morgen à plus de 5 millions d’archives, dont de rares dessins, enregistrements et carnets. Brett Morgen a travaillé pendant quatre ans sur le film, puis dix-huit mois sur le son, l’animation et la couleur. 

Comment résumer le mythe Bowie en un film ? L’artiste anglais qui nous a quittés le 10 janvier 2016 des suites d’un cancer, avait derrière lui une carrière prolifique : 50 ans de carrière, dans la musique, le cinéma, la télévision… et même, plus discrètement, dans la peinture et la sculpture. Pluri-disciplinaire, il prenait aussi un malin plaisir à changer de personnage pour chaque ère de sa musique : Ziggy Stardust, Aladdin Sane, The Thin White Duke, pour ne citer qu’eux. Un renouveau permanent pour un homme que l’on ne pouvait ranger dans aucune case, à bien des niveaux… Cela, le réalisateur Brett Morgen l’a bien compris : si le titre de son titanesque documentaire est Moonage Daydream, superbe titre dans la période de Ziggy Stardust, il va s’efforcer pendant 2h10 de couvrir tous les pans de la carrière de David Bowie. Le résultat : un film-somme, sorte d’œuvre définitive sur l’artiste anglais, et approuvé par sa famille qui a offert un accès surprenant aux archives du chanteur. Traitant à peu près tous les angles possibles de la vie de Bowie, Moonage Daydream est un immense patchwork d’images et de sons, un vivier d’expérimentations qui constitue au final la meilleure idée du documentaire. Quasiment monté dans l’ordre chronologique de sa carrière, le docu se veut être une odyssée dans le système et la tête de celui qui avait commencé en étant… David Jones.


Passée une introduction un peu trop consciente de ses effets, le docu alterne des extraits des captations du chanteur, tout en déroulant le fil de son invraisemblable vie. Sa famille, son rapport à la religion, à l’amour, et même à sa bisexualité dans un échange télévisé pénible à regarder pour nous comme à vivre pour lui : Morgen ne s’interdit quasiment rien et propose une alternative intéressante aux documentaires habituels. Peut-être trop hagiographique par moments, évitant tout de même quelques sujets sensibles (Bowie a été un objet de controverse et continuera de l’être pour des raisons compréhensibles), Brett Morgen ne refuse cependant pas de lier les différents changements de lieu, de look et d’état d’esprit de Bowie à l’actualité et les changements sociétaux du monde entier. Sa phrase controversée sur le fait que “La Grande-Bretagne était prête à accueillir un régime fasciste”, si elle reste dérangeante, montre surtout à quel point, malgré le fait qu’il ait été visionnaire sur certains aspects (la représentation de la musique noire, le rôle d’Internet dans nos vies), il ne pouvait certainement pas prévoir ce qui allait se passer depuis certaines décennies.



L’une des dimensions les plus sensibles du documentaire reste qu’il s’agit d’un objet de toute évidence intime pour Brett Morgen. On comprend très rapidement ce qui intéresse le plus le documentariste. Certains films aux thématiques qui se rejoignent (ici, Les Prédateurs et L’Homme qui Venait d’Ailleurs, où le physique de Bowie est un enjeu à part entière des récits), ses connexions avec le monde artistique – notamment Basquiat, dont les toiles sont montrées à plusieurs reprises dans le montage. Et dans cette manière de montrer la solitude de Bowie, ses angoisses artistiques, cette peur de la schizophrénie dont son frère était atteint (donnant à Furyo une dimension encore plus poignante). Morgen n’en oublie évidemment pas la musique, traitant autant les sommets (la trilogie berlinoise et sa collaboration avec Brian Eno) que l’introspection du chanteur et les périodes plus douteuses, notamment avec la période Let’s Dance et ses multiples partenariats avec des marques de soda – on avait connu Bowie plus inspiré, et moins prompt aux stéréotypes.



Entre deux extraits de concert, on prend une fascination certaine à entrer dans son intimité via des vidéos le captant seul, se promenant dans d’autres pays, pour s’imprégner de leur ambiance. Des images qui contrastent nettement avec le vacarme des fans et de la musique, comme pour montrer que sa vie reposait avant tout sur un équilibre, qu’il a fini par trouver à l’aube des années 2000 avec Iman. Et si l’on regrette que Morgen n’ait pas fouillé davantage la période des années 2000 pourtant plus riche et intéressante qu’on pourrait le croire – marquée hélas, par les soucis de santé de Bowie qui auront raison de lui début 2016, on reste fascinés et captivés par l’entreprise colossale, fruit du travail d’une demi-décennie entamée par le documentariste. Si Moonage Daydream se veut être un objet conçu avant tout par un fan et pour les fans, son approche chronologique et ses montages expérimentaux tout simplement hallucinants en font un objet de cinéma passionnant, sensoriel, rendant hommage à un artiste qui n’a cessé de casser les cases dans lequel on souhaitait le mettre. L’un des meilleurs documentaires de l’année.

Titre Original:  MOONAGE DAYDREAM

Réalisé par: Brett Morgen

Casting: David Bowie …

Genre: Documentaire, Musical

Sortie le: 21 Septembre 2022

Distribué par: Universal Pictures International France

EXCELLENT

1 réponse »

  1. Docu extraordinaire, image, son et surtout il donne toute la puissance de la personnalité de Bowie que j’imaginais déjà dans toutes ses ambiguïtés et néanmoins riches d’une recherche sans fin du meilleur.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s