Critiques

LES COMBATTANTES (Critique Mini-Série Épisodes 1×01 – 1×02) De la télévision à grand spectacle, populaire, vivante et incarnée…

SYNOPSIS: Septembre 1914. Depuis quelques semaines, les combats font rage. Dans un petit village de l’est de la France, à quelques kilomètres de la zone allemande, quatre femmes se retrouvent projetées au cœur de l’horreur : Marguerite, prostituée parisienne aussi mystérieuse que flamboyante que l’on soupçonne d’être une espionne ; Caroline, épouse de Victor Dewitt, propriétaire d’une usine de voitures, parti au front. Elle se voit propulsée à la tête de l’entreprise familiale, défi colossal et inédit pour une femme du début du siècle ; Agnès, mère supérieure d’un couvent réquisitionné et transformé en hôpital militaire. Dépassée par l’afflux de blessés, Agnès est de plus tourmentée et questionne ses choix de vie ; et Suzanne, jeune infirmière féministe en cavale depuis un avortement qui a mal tourné…

La série historique a longtemps été le maître étalon d’une fiction française qui bâtissait sur son patrimoine des œuvres populaires à même de parler à tous. Des séries de prestige comme Le Comte de Monte Cristo, Balzac, Les Misérables, Napoléon ou la collection autour de l’œuvre de Guy de Maupassant étaient estampillées de ce cachet traditionnel et leur distribution autant que leur budget leur conféraient une dimension encore plus importante. Après une période de disette, c’est un genre qui a fait à nouveau les belles heures de la télévision, de Versailles à Un village français en passant par la fiction autour de Victor Hugo, le prochain Marie-Antoinette ou Le bazar de la charité. Il y a deux, cette dernière avait fait l’évènement autant par son casting prestigieux que par la qualité de son récit et de sa mise en images. Profitant de l’adage « on ne change pas une équipe qui gagne », TF1 remet le couvert en reprenant trois des héroïnes du Bazar (Julie De Bona, Camille Lou, Audrey Fleurot), en leur adjoignant Sofia Essaïdi et d’autres têtes d’affiche (Sandrine Bonnaire, Tchéky Karyo, Grégoire Colin, Tom Leeb, Laurent Gerra, Yannick Choirat, Florence Loiret-Caille, Eden Ducourant...) qui achèvent d’en faire une série ambitieuse et attendue. Le réalisateur Alexandre Laurent repasse derrière la caméra pour un sujet qui cette fois prend place lors de la première Guerre mondiale et qui va à nouveau ausculter la place des femmes dans leur époque.

On aurait pu craindre en voyant le projet se monter sous la houlette de la même productrice (Iris Bucher) la mise en place d’une recette pouvant se dupliquer à l’envie, mais si Le bazar de la charité et Les Combattantes semblent partager un même ADN, une même philosophie, elle ne sont absolument pas des clones l’une de l’autre. On change de scénaristes (la série est écrite par Cécile Lorne et Camille Treiner) et on est happé dès les premières minutes dans une guerre qui va laisser derrière elle terreur et désolation. Sachant d’emblée mêler la petite et la grande histoire et mener de front un récit choral sans que l’on soit perdu ou noyé par le flot de personnages qui interagissent, Les combattantes impose immédiatement son ton et surtout sa fluidité narrative. A la réalisation, Alexandre Laurent continue de proposer un travail de mise en scène impeccable, aussi à l’aise dans les scènes spectaculaires que dans les séquences intimistes et sachant alterner l’émotion, l’action ou la tragédie, avec brio. Si la plongée dans l’époque est à ce point immersive, c’est aussi que tous les postes des costumes aux décors permettent cette sensation d’être au cœur même de cette tragédie mondiale. Par ailleurs, la puissance de la musique signée François Lietout apporte un souffle romanesque qui colle parfaitement aux situations. Les mouvements de caméra ne sont jamais superflus et l’ensemble concoure à donner du souffle à une histoire qui n’en manque déjà pas. Les péripéties se succèdent sans que le récit ne soit échevelé. L’action ne dicte pas le rythme et les plans sont réellement soignés, les cadres précieusement composés. C’est beau et prenant le minimum que l’on puisse demander à une série de prestige de cet acabit. On pense ainsi par moments au film d’Albert Dupontel, Au revoir là-haut et ce n’est pas pour nous un mince compliment.

Et puis bien sûr il y a les interprètes dont au centre quatre magnifiques personnages féminins qui racontent autant la condition des femmes de l’époque que les différentes manières de s’émanciper. Audrey Fleurot toujours impeccable, Camille Lou qui n’en finit plus d’étonner, Sofia Essaïdi la moins démonstrative à ce stade et une Julie De Bona surprenante sont magnifiquement servies. Cette dernière notamment qu’on n’aurait pas imaginé en bonne sœur de prime abord réussit à tordre notre circonspection en quelques scènes et démontre qu’elle possède un ADN de tragédienne qu’elle déploie avec mesure sans jamais atteindre la ligne de crête et en restant toujours d’une belle sobriété. Attendons de voir ce que les prochains épisodes leur réservent mais si l’intensité de leur jeu et la puissance de leur prestation se confirment, on peut s’attendre à des sommets d’émotion dramatique. Parmi le reste de la distribution, on ressortira du lot le toujours formidable Yannick Choirat avec un personnage trouble au possible sorte de Joffrey de Peyrac assez dégueulasse que l’acteur semble se délecter à interpréter. On sera moins convaincu par Laurent Gerra mais rien ne dit  que son personnage ne va pas dévoiler de nouvelles facettes par la suite. Au bout de ces deux premiers épisodes, Les Combattantes ne manque donc pas d’atouts et on attend la suite avec impatience.

De l’art de faire de la télévision à grand spectacle, populaire, vivante et incarnée. Un casting de haut vol porté par quatre héroïnes magnétiques qui chacune dans leur genre laissent éclater leur talent. Autour d’elles se crée une mosaïque de visages et de personnages qui forment le cœur d’un récit spectaculaire que la mise en scène d’Alexandre Laurent transcende par sa virtuosité et sa manière de mêler l’intime à la grande histoire.


Crédits: TF1 / Quad Drama

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